19 juin

Altermodernité

Altermodernisme « Quelle serait la forme actuelle du « moderne » en art aujourd’hui, à l’ère de cette gigantesque remise en question qu’est la globalisation ? (…) un nouveau modernisme, qui se fonderait sur une résistance à l’uniformisation culturelle, serait-il sur le point d’apparaître ? Après celui du 20e siècle, qui aspirait à un langage international – l’abstraction – il s’agit pour les artistes d’aujourd’hui de traduire dans un langage contemporain leurs particularismes culturels, leur singularité sociale, leur différence : une translation, dans le double sens du terme, à la fois un écart et, en anglais, une traduction. On pourrait nommer altermodernisme cette forme mutante de culture créole, cet art de la résistance à l’uniformisation des cultures et à la standardisation de l’économie mondiale. »

Voici ce qui s’écrit pour présenter l’exposition TRANSLATION (certains morceaux de textes ressemblent à s’y méprendre à notre exposition à Phildalphie mais passons). Et on voit bien comment dans ce texte s’articule la question de l’alter, de la même façon que l’altermondialisme apparaît. Car il y a quelques naïvetés dans la question même de cette alterité, comme si en ajoutant à un mot critiqué (la modernité, la mondialisation) mais porteur, dans le passé, d’une utopie on parvenait à avoir un point de vue critique et constructif permettant de sortir de l’autophagie du système. Je m’explique, nous sommes selon certains à une époque où il devient impossible/difficile de critiquer les éléments du prétendu système parce que la critique est intégrée d’avance. D’où l’idée avec la notion d’alter, de ne pas rejeter les éléments du système mais de les intégrer (à leur tour) en les renouvellant. Il s’agit là, pour tout dire, d’un point de vue réformateur. Mais comme il se doit tout ce qui relève de l’alter rejoue la même mise en scène que ce qu’elle croit critiquer. Et le texte de TRANSLATION est en ce sens exemplaire car on voit bien comment: 1- l’art est considéré comme quelque chose d’actuel, excluant l’intempestivité, le contre-temps courant de Nietzsche à Derrida, refoulant que la dite modernité est aussi une forme de privitisme, fut-ce fantasmatiquement. 2- la modernité cache la question de l’identité et la terreur qui va avec. Si la modernité désirait élaborer un langage universel et immédiat c’était pour laisser émerger une nouvelle identité (totalitaire le plus souvent). La relève de l’homme par sa fin, on connaît bien ce thème au XXème siècle. Là l’altermodernité rejoue exactement les mêmes schèmes: rendre compte de son identité, même si celle-ci se nomme à présent particularisme c’est toujours la même terreur et la même structure formelle qui est en jeu. 3- L’altermodernité est une nouvelle forme, c’est-à-dire finalement la même forme renouvellé, de résistance. Encore ce thème naïf, la modernité artistique s’étant présenté souvent comme une résistance à l’en-dehors de l’art. On suppose par là que la standardisation actuelle est uniformisation et que celle-ci va à l’encontre de la singularisation et de l’individuation. Nous avons tenté pour notre part de montrer combien la standardisation technologique est une condition (parmis d’autres) des singularités. 4- Mais plus encore on retrouve le désir de traduire sa particularité et qu’est-ce que la (mauvaise) modernité si ce n’est ce thème mal compris de l’expression comme traduction, sorti hors de soi d’une intériorité exprimée esthétiquement? Traduire une différence dit le texte, la traduction elle-même n’est-elle pas différentielle? Et qu’est-ce alors que cet écart par rapport à mon « propre » écart qui produit cette autre différence, bien moins rassurante que celle énoncée dans ce texte non-critique? L’altermodernisme finalement est de la même naïveté que l’altermondialisme. En mettant en scène l’altérité, le grand Autre utopique d’un avenir non encore réalisé ou d’une origine à venir, il maîtrise la monstruosité de l’avenir et fait de l’autre un animal domestique soumis à des idées relevant plus du sens commun que d’une construction conceptuelle.

One Comment

  1. 1 2 novembre 2007 at 9:59
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    Je me permet de reàgir à votre reflexion rien que se poser des questions sur cette nouveauté philosophique qu’est l’alter-modernité. En effet, je vous accorde l’idée que dans l’alter-modernité, encore en phase germinale, il y a recherche d’un dépassement de la conjoncture actuelle à la fois moderne et post-moderne dans l’art, comme expression

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