Lu ce matin dans le site de Libération: « Voici un site comme le web les aime actuellement, communautaire, participatif et facile à utiliser. (…) surtout intéressant et sans prétention. »
On voit apparaître une série de critères esthétiques qui se définie dans son caractère contemporain, puisqu’il est actuel (principe d’adhésion et de ressemblance du temps à lui-même) et qui reprend les mots d’ordres du web 2.0 (communautaire, participatif) en y ajoutant trois autres éléments. Ces critères sont ici expicitement exprimés, pour une fois.
Tout d’abord la facilité d’accès remplace l’interactivité qui, peut-on penser, permet le caractère intéressant. La facilité d’accès consiste en une certaine navigation où on peut toujours anticiper où on va, où on est jamais perdu, où en peu de clic ça fonctionne, où tout est à portée de main. L’absence de prétention (que veut-on dire par là? L’absence de ligne de fuite? C’est quoi la prétention au juste?) qui semble être un critère de plus en plus important avec l’exigence d’humour et de légereté (tout dépend de quel humour on parle bien sûr, il n’est pas toujours nietzschéen, loin s’en faut).
La critériologie de la critique, fut-ce dans un média de masse, est la répétition d’un mot d’ordre économique: soyez ensemble (nous nous nourirrons de vos existences)! Participez (lecteur devenez aussi contributeur, et qu’est-ce que devient la lecture de la tabula quand cette dernière est inscriptible au même moment? Que signifie pour une industrie de se nourrir de l’existence des consommateurs?)! Nous ne vous demanderons que peu d’efforts en échange tant d’un point de vue manuel (facilité d’utilisation) que cognitif (il n’y a rien à entendre ou si peu que ce qu’on voit est simplement l’écho de la navigation).
Au-delà du fait que le site décrit (http://illustrationfriday.com) remet comme par hasard au goût du jour des formes visuelles pour le moins classique (pour ne pas dire plus), on perçoit derrière les critères ce que le critique détesterait:
- Un site qui vient trop tard ou trop tôt dans ses formes esthétiques, un site inactuel (Seconde considération intempestive, Nietzsche) qui n’adhère pas à « son » temps. Un
- Un site solitaire, sans communication, qui serait le fait d’un seul, d’un anonyme qui pourrait être n’importe qui. Un site dont l’objet principal n’est pas la mise en communication des internautes.
- Un site non-participatif, qui nous retire notre prétention à agir, à proposer, à être l’égal de… Un site non-participatif où le principe d’équivalence généralisée fait défaut.
- Un site difficile à utiliser, où il faut du temps, de l’apprentissage, de la réflexion, de la distanciation. Où il y a donc de la déception, un décalage entre ma volonté et ce que je suis capable de faire. Un site où tout n’est pas à portée de main, où les informations se retirent, s’espacent, se distancient.
- Un site inintéressant, indifférencié, neutre, qui met à blanc nos visées, notre prétention à faire du sens, à combler ce qui est par ce qui doit être.
- Un site prétentieux qui souhaite dire ce qu’il ne parvient pas à prononcer convenablement, un site qui ait un défaut dans l’articulation entre le langage, les moyens du langage et ce qu’il vise.
Voilà le site qu’il faudrait faire à présent pour résister et devenir invisible.

3 Comments
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« Voici un site comme le web les aime actuellement, communautaire, participatif et facile à utiliser. »
C’est « comme le web » les aime. Non pas Ecrans.
Il fallait y voir un petit peu d’ironie.
Comme Ecrans le fait chaque fois qu’il parle du fameux Web 2.0.
Et loin de nous de revendiquer la simplicité et les formes visuelles classiques.
Très loin.
Astrid Girardeau.
PS : Félicitations pour « We not ».
C’est pour lui que je venais sur le site quand je suis tombée sur cette note.
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C’est justement en tant que symptôme du web en général que cette phrase a attiré mon attention. Je pense que vous l’avez compris.
Le travail de défrichage que fait Écrans en France est rare et précieux parce que pop, cela va de soi. On peut parfois s’interroger sur les critères esthétiques mis en avant, simple moyen de faire avancer la réflexion.
Les mots, phrases et textes circulent sur Internet: un site, un article sur un site, un article sur un article sur un site. Un site, un site sur un site (« we not »), etc. La question est ici celle de la référencialité du langage, d’une référencialité démultipliée.
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les ecritures sont illisibles veuillez messieurs regler ce probleme;merci pour ce que vous faites.