Depuis la fin des années 90, un nouveau qualificatif a fait son apparition dans le champ des recherches artistiques liées à l’informatique. Il s’agit du terme “ Software art ???, largement diffusé notamment sur Internet. Il désignerait une nouvelle tendance artistique dans laquelle la programmation fait partie intégrante de l’œuvre. Pointant une question parfois escamotée dans les années 90 par l’aspect “ spectaculaire ??? de certaines œuvres dites “ numériques ??? et par les questions d’interface et de virtuel, s’agirait-il d’une simple “ mise à jour ??? du “ Computer Art ??? des années 1960 – 70 ? Probablement. Mais le contexte technique est radicalement différent. Dans les années 60, travailler sur ordinateur était une activité marginale ; en 2004, elle est devenue banale. Du fait de la standardisation des systèmes d’exploitation, l’ordinateur impose des habitudes pratiques, visuelles et auditives à des millions d’utilisateurs. Là se trouve sans doute la vraie origine du “ Software art ???, dans un désir d’aller contre les formats diffusés par le développement massif de l’informatique et dans le refus de se voir dicter une conduite par la machine et les impératifs économiques d’une industrie. En descendant sous la “ couche logiciel ??? et en renouant avec les langages informatiques, l’artiste peut construire entièrement son propre programme ou détourner des applications existantes Quelle incidence la programmation peut-elle avoir sur la création et la réception par le public des œuvres qui l’intègrent ? L’appellation “ Software art ??? est-elle pertinente ? N’est-ce pas retomber encore dans les contraintes d’une classification technique de l’art, peu adaptée pour décrire l’art actuel ? La pratique de la programmation en art engage une réflexion aux enjeux multiples que le colloque, réunissant des artistes et théoriciens internationaux, tentera d’aborder à travers sept thèmes : — Histoire et critique Écueil hérité en partie de “ l’art numérique ???, le “ Software art ??? tend à être considéré isolément, hors d’une inscription problématique dans le champ de l’histoire de l’art. Dans un contexte polémique quant à la définition de l’œuvre d’art, deux réactions critiques s’opposent : fixer les “ frontières de l’art ??? pour y faire entrer ou non les “ œuvres programmées ??? ou les repousser pour englober des formes jugées jusque-là non artistiques. C’est dans cette tension que s’inscrit le colloque qui cherchera, à partir des œuvres et des réflexions théoriques présentées, à tracer une voie de compréhension de ces objets sur un mode plus “ dialectique ???. La question du jugement est bien au centre du problème car les critères d’appréciation dans les domaines de l’art et de l’informatique ne répondent pas aux mêmes exigences. Une incompatibilité ne résiderait-elle pas fondamentalement entre programmation et art ? Faut-il élaborer de nouveaux outils critiques ? — Programme et langage Le programme, du grec programma qui signifie “ ce qui est écrit à l’avance ???, cet ensemble “ d’énoncés décrivant une action future ??? ou “ d’opérations à effectuer pour obtenir un résultat ???, se distingue en informatique de celui de la politique, du spectacle ou des mathématiques par ses langages. Peut-on créer des langages informatiques spécifiques à l’art ? Peut-on envisager la programmation, en ce cas, comme une forme de notation artistique ou bien, eu égard à la structuration du temps d’exécution défini par le programme, comme la “ partition ??? d’une œuvre ? Quel rapport avec la temporalité du montage cinématographique ? Tous les langages peuvent-ils générer des “ œuvres ??? ? Doit-on considérer comme indissociable le programme et ce qu’il produit ? Comment dès lors estimer le rôle du programmeur ? — Expérience esthétique Dans le cas des jeux vidéo, des logiciels de musique ou pourquoi pas des virus et des économiseurs d’écran, des programmes non désignés comme “ artistiques ??? sont pourtant à l’origine d’expériences esthétiques. Les pratiques liées à l’ordinateur, dont l’acte de programmer, génèrent de nombreuses situations que l’on peut examiner sur le plan esthétique. Un “ basculement vers l’art ??? n’est-il pas alors trop rapidement opéré, fruit d’une confusion entre les notions d’art et d’esthétique, généralisable à la plupart des “ œuvres numériques ??? ? — Réception et interactivité L’art contemporain a l’habitude de confronter le public à des œuvres déroutantes, qui ne se livrent pas d’elles-mêmes. Quel travail doit faire le spectateur pour comprendre les œuvres recourant à la programmation ? Face au “ syndrome ludique ??? du spectateur qui a tendance à adopter une attitude de joueur face à un dispositif interactif, certains artistes essaient de contrer ce phénomène en créant une sorte d’interactivité “ désobéissante ???. Ces cas de “ déprogrammation ??? ne sont-ils pas le signe de la place essentielle du récepteur dans les “ œuvres programmées ??? ? Comme dans la vague de détournement de jeux vidéo par modification de leur programme, des faux bugs ou faux virus, enlever la fonction première d’une application suffit-il à la rendre “ artistiquement appréciable ??? ? — Système, calcul et hasard Sous forme d’algorithmes, l’imitation se trouve au cœur des programmes créés par de nombreux artistes qui s’inspirent de théories physiques, de descriptions biologiques, de recherches en vie et en intelligence artificielles et de nombreux apports issus des sciences dites “ dures ??? pour programmer les mouvements ou les sons produits par leurs oeuvres. Hors du champ de l’art, des laboratoires d’informatique produisent des simulations de vie et de mouvement dont la qualité excède les productions artistiques. Ce qui suppose de discerner le technique et l’artistique à travers une notion de programme qui, étant à même de s’adapter à des finalités tant scientifiques qu’artistiques, montre toute sa plasticité. — Graphisme Nombre “ d’œuvres programmées ??? ont un caractère visuel. Doit-on considérer les images produites pour elles-mêmes ou comme des indicateurs de l’activité du programme ? Certains artistes limitent ainsi volontairement les indices graphiques afin de rendre plus “ apparente ??? cette activité. D’autre part, comment comprendre, de “ l’ASCII art ??? en passant par le film The Matrix, le succès du listing informatique comme “ code ??? visuel ? — Hacktivisme Une partie de la production des “ œuvres programmées ??? est liée à l’attitude du “ hacker ??? informatique qui, mis à part les clichés liés au banditisme, perpétue dans une certaine mesure un esprit de contestation libertaire, notamment envers les mass médias. Nombre d’artistes reprennent à des fins critiques ce principe de détournement de la technologie ou d’exploitation des failles de certains programmes ou systèmes. Le réseau Internet a également donné naissance à de nombreux sites de contestations, d’activisme ou d’analyse des problèmes sociaux beaucoup plus réactifs du fait du support électronique. Quels sont les modes opératoires, l’intérêt artistique et la pertinence de ces attitudes ? David-Olivier Lartigaud
19 mar
By Grégory. Posted 19 mars 2004 at 5:49 . Filed under Conférence, Evénements. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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