
Une exposition de photographies.
Le sentiment. La question.
Que signifie aujourd’hui faire ces images alors que nous sommes entourés de toute part d’autres images, de flux médiatiques, d’informations et de données? Comment exposer ainsi des images dans un espace réservé (une réserve?), une galerie où on sait à quoi s’attendre. S’attendre à des images réservées dans l’espace de l’art. Il y a bien sûr le petit décalage entre la fragilité des images ici et la puissance des images du flux. On peut s’extasier un moment devant cette différence, mais pas la tenir longtemps. Elle s’échappe à son tour. Alors quelles images faire? Quelles images sont à faire dans le flux incessant des informations? Quelles images tiennent encore quand les imaginaires et les perceptions sont hantées par toutes ces autres images? Quelles images ne sont pas seulement des réactions à ces flux?
Puis.
Longue conversation avec d’autres sur l’autonomie de l’oeuvre. Ils disent « une oeuvre ne tient quand dans son autonomie », « une mauvaise oeuvre est celle qui a besoin d’explication », « une oeuvre doit toucher la perception seule ». Comme si quelque chose pouvait être seule. Comme si nous vivions dans un monde où les territoires pouvaient être séparés les uns des autres, d’un côté ceci et de l’autre cela, comme toutes les images ne se mélangeaient pas dans un flux incessant. Comme si la perception pure existait, comme si elle n’était pas toujours déjà hantée par sa propre différance. Comme si un objet pouvait tenir tout seul, planté là. Comme si l’oeuvre existait encore. Comme si nous ne produisions pas seulement des occasions, des situations, rien de plus. Des variations, rien de plus.

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Comme tout cela est au combien vrai. Comme il est difficile de le faire comprendre. Comme il est difficile de faire comprendre à tous les apprentis-sorciers de » l’art numérique », que ce mouvement massif vers cette forme sans consistance autre que des bits fluctuant est loin d’être anodine, qu’elle nécessite peut-être d’inclure dans la pratique et la réalisation une réflexion accrue sur la notion de mémoire et surtout de mémoire du support. Comme il est dur par exemple de faire comprendre que l’art numérique est avant tout aussi une réflexion sur la disparition et que chaque oeuvre doit peut-être s’enraciner dans une réflexion sur la support. Bordel !
Comme il est dur de faire comprendre la nécessité urgente et impérieuse d’une « écologie » des images, que les repères ont changé, que l’intégralité de la stratosphère est recouverte d’images, que le terre est une immense tapisserie baroque d’images. Que certes tout cela est beau, mais encore. Que l’image romantique était belle, schiller, friedrich, hoelderlin et les autres, mais que des images de camp ont transformé à jamais cette « idée ». Qu’il n’est pas tellement besoin d’explications, car on ne peut plus en donner, mais que poser des questions reste une arme. que les images doivent poser des questions pas seulement se poser. Usure de ce travelling toujours le même quand je parcoure panoramiquement la galerie, le musée, et que bien souvent j’oublie l’image précédente, « parce qu’entre temps le monde a continué de tourner ».
Je partage vraiment l’avis énoncé dans cet article et n’ai pas plus de certitude pour autant, et il faut continuer à chercher notre rapport à ce flux, notre position dans ce flux qui commence très tôt, il y a bien longtemps dans des cavernes.
http://www.memes-instantanes.org/2006/05/05/extraction/#comment-2972
Je pense aussi à cette intuition de Jean-Louis Scheffer, dans « du monde et du mouvement des images », à cette métaphore de Edgar Allan Poe dans « Eureka ». Il y a quelque chose à chercher autour de la rotation de la terre, la question du zootrope, la couleur blanche du « bruit » de toutes images qui se mélangent quand on tourne très vite le zootrope, la position polaire ou tout s’annule.