Dans la dialectique qui oppose ceux qui estiment que l’art numérique est singulier et ceux qui croient au contraire que l’art numérique s’intègre sans difficulté dans l’art contemporain et s’y réduit, il y a des erreurs faites des deux côtés. Et malgré l’opposition apparente c’est la même conception de la technique qui prévaut dans les deux cas. En effet, pour les seconds l’art numérique ne viendrait rien changer à l’affaire, et en ce sens la technique ne serait que le moyen de certaines fins, déterminées par l’artiste. Les finalités artistiques ne changeant pas plus qu’ailleurs, l’art numérique serait sans singularité. C’est aussi l’idée que chacun utilise d’une façon ou d’une autre l’ordinateur et qu’il serait donc absurde d’en tirer, de part cette généralisation, quelque singularité que ce soit. Pour les premiers, l’usage de technologies viendraient bouleverser le champ de l’art. Mais c’est aussi là une conception instrumentale de la technique qui prévaut, la volonté étant modifiée par les technologies, les pôles instrumentaux sont préservés même si inversés. Il faudrait pour bien concevoir les choses penser l’individuation technique, c’est-à-dire non pas un état (singulier ou pas) de l’art numérique mais un devenir, une métastabilité prise entre l’intégration dans le champ classique de l’art et un devenir-singulier. On prendrait ainsi mieux en compte les deux composantes. Mais il faudrait encore, ce qui est bien plus difficile, penser hors de la technique conçue selon l’instrumentalité anthropologique léguée par la tradition aristotélicienne. Penser l’art numérique hors de la dialectique matière, forme, intention, artiste. Car que l’on prenne ce schéma dans un sens ou dans l’autre, que l’on soumette la technique à l’intention artistique ou l’inverse, c’est finalement toujours la même polarité qui s’impose. Cette polarité qui ne correspond plus aux événements auxquels nous avons affaire.
20 nov
By Grégory. Posted 20 novembre 2004 at 2:48 . Filed under Esthétique. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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