Pensez à la dignité de ceux qui vivent dans l’oubli. De ceux qu’on croise dans les transports en commun. Un métier souvent absurde soumis à des autorités arbitraires, chaque jour le bruit des rails, le murmure des autres dans les wagons. La vie se construisant au jour le jour, dans le domicile, parfois des enfants, des tensions, des incompréhensions, mais quelque chose se construit, cette chose sera oubliée dans quelques décecennies car rien ne viendra marquer leurs morts. Et ils savent qu’ils vivent déjà leur propre oubli puisque rien ne s’inscrit, rien ne fait « oeuvre ». Dans ce silence de l’ »oeuvre » pourtant une dignité, non pas comme une valeur humaniste (nous en avons fini avec cela, et sans aucune nostalgie), mais simplement la gravité des corps dont parle Beckett, « Compagnie » par exemple, quelque chose se tient, pas obligatoirement debout, peut-être est-ce juste la colonne vertébrale qui se tient dans la surprise suffocante du présent. Ils sentent leur souffle, cette respiration lourde dans les transports. Ils se savent déjà morts, déjà mortels, la certitude de l’incertitude. Ne croyez pas qu’ils ne le savent pas, ils le savent bien. Et ils continuent. Le peuple ne manque pas, seule l’ »oeuvre » fera défaut.
© 2005 Grégory
Dignité
20 juin
This entry was written by Grégory, posted on 20 juin 2005 at 11:26 , filed under Politique. Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post.
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