20 oct

La localisation et la verticalité numériques (France Culture, Paris)

Emission speciale sur la decentralisation culturelle / 15h-18h ……………………….. En conclusion d’une semaine de programmes fortement colorée par cette question de la décentralisation culturelle, un Radio Libre plus long qu’à l’accoutumée, de 15h à 18h, en direct et en public depuis le Théâtre de la Cité Internationale, à Paris, viendra questionner le moment historique que nous sommes en train de vivre. Après être revenu sur les deux premiers moments forts de l’histoire de la décentralisation (Malraux et Lang), nous essaierons de comprendre, enfin, les nouvelles règles du jeu induites en matière culturelle par la réforme engagée par Jean-Pierre Raffarin. Qu’est-ce qui change aujourd’hui, sur le terrain ? Qui a les compétences, qui détient le pouvoir, et qui finance aujourd’hui réellement la culture ? L’Etat s’est-il inscrit dans une politique de désengagement, au profit des régions et des collectivités locales ? Pour mieux comprendre la situation, actuelle et à venir, nous observerons, sur le terrain, les deux grands maillages culturels de notre pays : celui des institutions, des équipements voués à la création et à la diffusion, et le réseau invisible, qui concerne le plus grand nombre, celui des conservatoires, des bibliothèques et du patrimoine. De Poitou-Charentes en Alsace, de Marseille à Reims, nous ausculterons la France de 2004, grâce aux témoignages des acteurs de cette décentralisation, les élus comme les créateurs, les patrons de théâtre comme les bibliothécaires, les spectateurs comme les enseignants. ………………………. 16h25 – 17h05 C. Le maillage culturel, la nouvelle répartition des rôles. Etat/Région/Collectivités locales. 2. Les lieux de production. La création contemporaine. Les artistes au pouvoir ? (40’) – Emmanuel Wallon, Maître de conférences en science politique à l’Université Paris-X, chercheur en politiques culturelles – Emmanuel Demarcy-Mota, metteur en scène, directeur du CDN Reims – Benoît Lambert, metteur en scène – Jean Lambert-Wild, auteur, metteur en scène, patron de compagnie – Jérôme Deschamps, Théâtre de Nîmes – Grégory Chatonsky, artiste multimédia – Odile Duboc, CC Franche-Comté – Olivier Delavallade, universitaire, commissaire d’expo, directeur artistique « Art dans les chapelles » (Morbihan) + nouveau directeur centre d’art de Nantes 1.Les excès de la centralisation et de la décentralisation: . Centralisation: pouvoir hiérarchique, vertical déresponsabilisant les individus et empêchant l’initiative (Beaubourg), cad la nouveauté indispensable dans le champ artistique. . Décentralisation: parfois trop proche des enjeux régionaux et électoralistes, manque de recul critique et tendance identitaire (Fresnoy, CICV, Fontevraud). Il y a une autre forme de décentralisation plus radicale, l’exil, partir à l’étranger. Mondialisation. 2.Internet peut nous permettre de dêmeler les fils de cette dialectique. 3.Ce qu’Internet n’est pas: l’utopie d’un village global (transparent, atopie, etc.). 4.Ce qu’Internet est: un poste d’observation avancé permettant d’intensifier notre réflexion: . Ainsi les oeuvres d’art en réseau questionnent le lieu. Où sont-elles? Elles modifient la relation entre l’espace public et privé en faisant que la création rentre dans le domicile intime des gens sans économie (pas le modèle du collectionneur). Cette intimité est le centre véritable, pour ainsi dire le coeur, de la production et de la diffusion. A qui nous adressons-nous si ce n’est à cette intimité anonyme? Permet de déjouer les logiques identitaires et totalisantes: nous ne nous connaissons pas, notre centre est décentré. . Internet est paradoxal. A-centré mais en même temps très local. Structure horizontale sans hiérarchie (tout est équidistant) mais avec de nouvelles formes de pouvoir et de contrôle qui préfigurent sans doute les questions politiques à venirs (moteur de recherche MSN: accès au centre de l’information, question esthétique et politique par excellence). 5.Avec la création numérique, le lieu de production se rapproche du lieu de diffusion car la machine pour créer (l’ordinateur) est identique à la machine pour recevoir (l’ordinateur). L’autorité culturelle qui était jusqu’alors fondée sur la nette séparation entre production et diffusion est mise en cause, d’où les nombreuses attitudes de défense actuelles. 6.Dans les faits, pour produire une oeuvre numérique on travaille dans beaucoup de lieux différents et on fait appel à beaucoup de partenaires: production en puzzle. Ce n’est pas qu’il n’y a plus de centre, mais les centres se multiplient, se juxtaposent, se coordonnent, deviennent des atomes vivants et chaotiques. La production d’oeuvre fait se rencontrer ces différents lieux aux enjeux parfois contradictoires. Elle peut devenir un révélateur politique du passage entre l’individu et la communauté. 7.L’articulation de ces différents lieux doit se structurer à partir de la notion de contre-pouvoir (Montesquieu), or en France nous avons un véritable problème par rapport à cela. L’art contemporain est sans contre-pouvoir, en particulier la participation des artistes aux processus de décision est quasi-inexistant. L’auto-gestion qui permettrait de responsabiliser les individus est encore émergente (incident.net), même si de nouvelles formes de diffusion sans la médiation classique apparaissent. Certains diront: « on ne peut être juge et parti messieurs les artistes» mais si les artistes sont au coeur de la création, comme les anonymes qui perçoivent les oeuvres, si ce coeur n’est pas politiquement représenté, comment des marges pourraient-elles exister? D’où cette situation très étrange en France, la périphérie de l’art, c’est-à-dire la médiation et la diffusion culturelles sont devenues le centre, une autorité qui n’a pas à se justifier, à dialoguer, à argumenter, quant à la création proprement dites elle est souvent un alibi 8.Pour décentraliser encore faut-il un centre, ce centre c’est la production contemporaine, pas l’institution, et on peut se demander en France si on ne l’a pas perdu. (% du budget du ministère pour la création proprement dite: 1%. Les artistes au sein du ministère de la culture c’est un peu le ministère de la culture au sein du gouvernement). Mais peut-être le fait d’être minoritaire, étranger dans sa propre demeure nous garantit-elle contre le fait de devenir nous-mêmes un autorité arbitraire.

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