Lors de la première exposition « Se toucher toi », et malgré le mo(n)de d’emploi qui servait de cartel, les spectacteurs avaient un doute sur la dite réalité de la connexion au réseau. Ils répétaient qu’en fait l’installation, quand on perdait la main, n’était pas connectée à internet, c’était seulement un « truc » aléatoire, un peu comme si un machinisme derrière l’installation la manipulait et produisait ainsi une causalité cachée. Bref le flux du réseau apparaît encore comme un déterminisme impossible, il n’est pas encore relié au déterminisme technico-mondain alors même qu’il en est concrètement plus qu’une composante, le réseau en est devenu une structure reliante. Le flux du réseau est encore hors-monde alors même qu’il est notre monde. On se souvient que Kant parlant du chant si rare et mélodieux du rouge-gorge, s’interrogeait pour savoir si ce n’était pas en fait un de ces philosophes-scientifiques des Lumières qui derrière un arbre et avec un hapo simulait le chant. C’est le même doute qui saisit aujour’d'hui le public: l’indéterminité du réseau quand on l’intègre à un dispositif. Et à moins de faire des oeuvres pédagogiques, à la manière d’un Boissier, et qui aurait plus sa place à la Cité des Sciences que dans un lieu de monstration artistique, cet indéterminisme risque de durer longtemps. Car il n’est pas réductible à une ignorance sociologique qui avec le temps se réduira, la connaissance technologique augmentant, il s’agit plutôt d’une structure profonde du flux du réseau qui ne s’insère pas dans le réseau instrumental comme le faisait les autres techniques et technologiques. Dans la longue liste des renvois instrumentaux analysée par Heidegger depuis Sein und Zeit, le réseau apparaît comme une faille car la causalité de s’y spatialise pas géographiquement. Toute la territorialité que suppose le discours heideggerien est questionnée par le devenir-réseau de la technique, un mode d’inter-connexions qui ne ressemble pas au déterminisme du réseau instrumental classique. Ce serait une manière de dire là que derrière le sentiment « magique », avec toute l’ambivalence qu’a le public quant à cette magie qui apparaît comme fascinant et en même temps comme un attrape-nigaud, il y a des raisons profondes qui peuvent nous permettre en retour de comprendre plus précisément comme le flux du réseau s’insère à même le monde.
20 juil
By Grégory. Posted 20 juillet 2004 at 3:19 . Filed under Expositions, Travaux. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
Post a comment or leave a trackback.
Browse
Previous: Des marges
Définir les marges de la société. Par exemple, dans un monde réputé visuel, où tout peut être enregistré et visualisé (caméra de surveillance, télévision, etc.), localiser les endroits interdits à l’image. Quelles sont les zones qu’on ne peut enregistrer, c’est-à-dire qu’on ne peut mémoriser? Les zones militaires, les zones frontalières, tout ce qui a à [...]
Edmond Couchot
Ce texte a été originellement publié dans la revue Traverses, n°26, octobre 1982, pp. 56-63
On estime que dans les vingt prochaines années le tiers des images télévisées, sans compter le cinéma et les autres médias, sera créé par des ordinateurs. L’image numérique constitue un champ de recherche particulièrement important d’un point de vue culturel [...]
