20 nov

Paris-art (art et entreprise)

Tu es un artiste multimédia qui a souvent collaboré avec des entreprises…

Oui, j’ai fait des travaux artistiques avec des entreprises qui n’avaient rien à voir avec du mécénat dans la mesure où les œuvres créées n’étaient pas indépendantes de l’entreprise mais liées à sa culture. Je peux citer www. sous-terre.net pour la RATP ; avec www.sur-terre.net pour Arte, l’enjeu était de faire de la fiction sur internet, un travail avec Jean-Paul Civeyrac pour le producteur Blaq Out et le nouveau site internet du Mac Val.

Dans le cadre de ces collaborations, les entreprises te suivent-elles au fur et à mesure de l’avancement du projet ? Ont-elles leur mot à dire ?

Jusqu’à présent nous nous mettons d’accord sur le projet en amont, et en cours de production j’ai carte blanche. Jusqu’à présent les entreprises n’ont jamais été en position de validation ou d’invalidation des projets. Par exemple pour www.sur-terre.net il y a eu collaboration avec la RATP, ils m’ont ouvert leurs archives mais n’ont jamais fixé de règles d’utilisation, il s’agissait plus d’un rapport de confiance que d’un rapport de prestation. Avec Arte à partir du moment où nous étions d’accord sur le projet ils m’ont fait confiance, malgré les difficultés de production et le retard que j’ai pu prendre à cause des soucis techniques. Ils ont fait preuve d’une patience et d’une compréhension hors pair.

Qui est à l’initiative de ces collaborations toi ou les entreprises ?

Pour le projet RATP je suis allé moi-même les voir car je voulais faire un projet sur le métro. Il se trouve que c’est assez bien tombé car en général ils n’ont pas d’argent pour ce genre de projet mais ils fêtaient le centenaire du métro en l’an 2000 et ils avaient dans ce cadre prévu une enveloppe de création d’art contemporain. Concernant www.sur-terre.net, le musée Mac Val ou bien la création sur les films de Jean-paul Civeyrac à chaque fois on m’a contacté pour me proposer la collaboration. Toutefois si ces projets ont été financés par les entreprises ils n’étaient pas des objets de communication, on ne m’a jamais demandé pas de respecter une chartre graphique ou des codes liés à l’identité de la marque. Dans le cadre par exemple de www.sous-terre.net la RATP n’a pas eu de contrôle sur la production et le métro qui y était présenté n’était pas très gai, et il est évident que si ce projet était passé par le moule de la communication classique il n’aurait pas pu voir le jour tel quel. Par exemple le fait de parler des accidents, des agressions dans le métro… Dans le cadre de Sur-terre il y a un partenariat avec la SNCF mais il y beaucoup d’images de crash-tests, une jeune fille se fait agresser dans une gare… Globalement, je pense que si l’art rentre en complicité avec la communication et la publicité d’une entreprise il se fait « laminer ».

A qui appartient l’œuvre au final ?

De toutes façons même si un artiste délivre tous les droits à une entreprise, il conserve le droit moral, le droit de représentation, de conservation de l’intégrité de l’œuvre… En France quand on vend une œuvre, on ne la vend pas vraiment, elle nous appartient encore, c’est un peu paradoxal. Dans le cas d’ARTE et www.sur-terre.net, ils sont producteurs, donc si il y a des bénéfices sur le projet ils seront bénéficiaires. J’ai été payé sur la production et je ne demande plus rien.

As tu vu des projets refusés ?

Oui dans le cadre d’une collaboration avec une grande entreprise d’informatique. Je leur avais proposé au sein de leur nouveau siège social de créer des perturbations. Par exemple des faux appels téléphoniques, l’eau des robinets qui coule bleue ou rouge ; tous les jours il devait se passer quelque chose d’anormal… Nous avions commencé à préparer le projet et ils ont fait machine arrière lorsque j’ai souhaité toucher à la sécurité du réseau informatique. Marithé et François Girbaud m’avaient demandé de concevoir leur défilé de mode en collaboration avec un chorégraphe qui travaille souvent sur l’univers de la mode et du vêtement. Ce n’était pas trop mon univers mais je trouvais cela très drôle. Nous étions au lendemain du 11 septembre et nous avons proposé un projet sur la guerre avec une véritable mise en danger du public, rien de très grave mais du verre éclatait dans la salle par exemple. En fin de compte ce qui est intéressant c’est que Marithé et François Girbaud, les deux propriétaires de l’entreprise ont trouvé le projet super, ils le voulaient. Ce sont les gens du marketing qui ont trouvé le projet trop pessimiste, ils ont appelé une autre artiste qui a proposé de faire un lâcher de papillons pendant le défilé de mode. Les gens du marketing ont préféré ce projet. Finalement le terrain sur lequel travaille la communication et le terrain sur lequel travail l’art contemporain c’est le même terrain mais avec des registres différents. Ils se retrouvent donc en concurrence et il peut y avoir conflit d’intérêt.

Interview réalisée par Fanny Mary, directrice de Melody’s Mercery

http://www.paris-art.com

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