
Frémissements de la ville, sursaut des fenêtres éclairées puis éteintes. Ces anonymes se tenant les uns à côté des autres et essayant de s’oublier. S’oubliant. Un parking. Il se dit que c’est trop tôt pour oublier. Il continue donc son enquête. La photographie d’une femme, toujours dans sa poche. Les appartements dans lesquels il rentre, les salles de bain avec les carreaux blancs, les baignoires anciennes remplies d’un sang rendu presque transparent par la dilution de l’eau, et l’absence des corps. Aucun trace des membres trainés hors des bains.
Ses vêtements sont trop grands ou trop courts. Il ne sait pas s’il en a changé. Il les sent, il sent le frottement du tissu sur sa peau quand il marche, alors il continue à marcher. Il perçoit ses jambes, le frottement de ses jambes et les pieds dans les chaussures, le contact lointain de l’asphalt, l’atmosphère aussi, la proximité des voitures, des fumées et des usines. Il sait que tout cela est proche. Il y a un lieu, puis un autre, chacun se fond dans l’autre parce qu’ils n’ont jamais été différent c’est l’intelligence qui divise en lieux, pas l’espace, simplement le temps à parcourir l’espace qui sépare.
Il s’assoit sur un banc et sort la photographie. L’intérieur est anodin, les murs verts foncés, le bord d’un lit sur lequel elle repose, on voit un peu sa jambe, ses poignets, son visage. Regarde-t-elle l’objectif? On ne sait pas au juste où va son regard. Et qui la photographie? Incertitude de la destination de son regard? Le connaît-elle? L’a-t-il oublié? L’oublie-t-elle? Qui lui a donné cette image?