I’ve heard about… Musée d’Art moderne au Couvent des cordeliers, 15, rue de l’Ecole-de-Médecine, Paris VIe. Jusqu’au 9 octobre. http://new-territories.com

Nostalgique de notre future, nous avions entendu… L’exposition de R&Sie (n) est un étrange objet dont il ne faut pas définir la nature, entre le dispositif esthétique, imaginaire, prototypal. L’incertitude même quant à la nature de cet objet est sa nature car il se place résolument après la modernité architecturale qui supposait un certain pouvoir pyramidal. On pourrait bien sûr reprocher parfois quelques propos politiques et utopiques sur l’autogestion et le rhizome, les coupures de textes entre Heidegger et Wittengstein, ou encore la trop forte référence visuelle à Matrix quant aux têtes qui peignent l’espace et qui je crois restreignent fortement l’incertitude du dispositif, mais l’essentiel n’est pas là.
L’essentiel commence sans doute comme le conte d’une enfant perdue dans les dédales d’un bâtiment où le temps est compté (puisqu’elle est en retard), cette enfant qui est une enfance affirmée du projet lui-même non pas comme le désir de retrouver une naïveté faisant tabula rasa de la modernité, mais comme la terreur même de l’enfance visiblement soumise au pouvoir des adultes (elle doit aller quelque part, elle a peur). La forme transparente disposée à côté se reflète dans son visage qui devient l’écran même du bâtiment. Image intense de Mathieu K. où l’architecture est un écran de visage. Puis une boutique,un centre de réservation (le temps est compté, et c’est le compte même de ce temps dans l’attente du dernier dispositif qui bouclera le parcours) dont la visibilité est progressive et s’efface quand on lui fait face, fin de la frontalité: voir de côté c’est voir en mouvement, dans un passage. Des signes qui sont visibles seulement dans l’écart du déplacement. L’essentiel est peut-être ces prototypes 3d, formes mi-organiques, mi-os, mi-corail, mi-électrique, faites de branchements et de débranchements, d’un blanc qui pourraît être celui d’un écran de projection. Le protocole écrit nous intéresse peu, il est tout au plus une fiction de discours. Mais la singularité de ces petites formes prototypées, fragiles, prêtes à s’effondrer si elles sortaient de leur cadre de plexiglas. D’ailleurs les tables elles-mêmes tiennent à peine, elles ont plusieurs pieds, aucun de ceux-ci ne faisant support mais pris ensemble comme les brins d’herbe de W. Benjamin, elles se soutiennent. Il y a enfin la grosse forme, intelligemment dissimulée, comme une excroissance de ce que nous avions vu. L’attention donnée aux petits livrets qui s’effacent à 16°C pour qu’aucune parole ne soit définitive.
Comme si l’architecture était faites de sable Jabésien et devait dans sa construction même disparaître. L’archicture moderne ne pourrait-elle pas être aperçu comme une relation aux ruines, au devenir-ruine du bâtiment? Et s’il fallait à présent penser autrement notre ruine, non pas comme une fin (au double sens du terme hégelien) mais comme notre devenir même, mi-artificiel, mo-organique, la différence étant à présent impossible à instancier? Et s’il fallait à présent construire de l’effacement?