Le paradoxe de l’usage actuel du Zeitgeist réside dans le fait que si ce concept servait dans le passé à approcher l’esprit d’un temps, à subsumer donc la singularité de chaque esprit sous l’emprise d’une historicité surdéterminante (Hegel), il est maintenant transformé en un outil de l’actualité: les pages de Zeitgeist que l’on trouve sur Internet sont des captures de certaines requêtes faites par les utilisateurs. Elles sont fugaces et en général tirées d’une actualité médiatique (Paris Hilton, le iphone, etc.).
L’évolution du Zeitgeist qui pour la première fois a un usage étendu à la sphère sociale, va donc dans le sens du flux de l’actualité, il ne permet en rien de prendre du recul et de conceptualiser notre historicité. Par contre il est un peu comme le flâneur dérivant dans la ville et entendant, à la manière de Joyce, des brides de discours, des fragments d’échanges.
La production artistiqe saura-t-elle être ce flâneur, dans cette étrange position qui n’est plus la répétition warholienne de la consommation, qui n’est pas non plus une critique se mettant au dehors du flux, mais marchant au côté de tous ces flux, de toutes ces requêtes, de toutes ces idées (dont la fugacité, la superficialité, le manque de singularité ne doit pas nous cacher les désirs se tramant au-dessous), écoutant donc et donnant une voix par cette écoute même à la multiplicité?
One Trackback
[...] La question que je souhaite poser avec le concept de Flußgeist est celle d’un décodage du flux sans repréentation, c’est-à-dire d’un déplacement, d’un devenir transductif du flux. incident.net/users/gregory/wordpress/21-le-zeigeist-et-lesprit-de-notre-temps/ [...]