22 juin

Créer l’interférence (Canal+)

Conçu et organisé par le CICV Pierre Schaeffer, le festival Interférences à réuni un grand nombre d’artistes et de visiteurs pour une longue semaine autour des arts du multimédia. 350 artistes de 41 pays se sont rencontrés pour une compétition internationale dans des genres aussi divers que la performance musicale et chorégraphique, l’installation urbaine ainsi que la création numérique « traditionnelle » (vidéo, cd-rom, Internet). Compte Rendu.

Si l’étonnement des membres du jury a porté sur la qualité incontestable des productions multimédia artistiques sélectionnées, la richesse des débats et la présence d’artistes aussi différents que complémentaires aura été la force majeure de cette 2éme édition. Des rencontres professionnelles, des débats publics souvent positifs, entre théorie et pratique, entre avenir et refus. Les ateliers nomades au détour desquels se dessinaient souvent l’ensemble des questions qui brûlent le milieu de l’art aujourd’hui, des petites révolutions engendrées par la chaîne d’auto-production en DV, à l’auto-financement des œuvres pour les concepteurs de projets de « net-art » par exemple, dont les créations ont retrouvé en ces lieux une légitime reconnaissance au delà de la toile.

Et si ce festival de Belfort s’intégrait dans le cadre des événement annexes de la fameuse manifestation ISEA2000, cela aurait pu être tout à fait l’inverse tellement l’une annulait l’autre. Art 3000 et le forum des images n’assurant qu’une piètre prestation d’un ISEA de petite forme olympique dans une ambiance bureaucratique et sans âme, dénuée d’enjeux réels au sortir des débats. A contrario du battage médiatique d’ISEA, les nombreuses qualités de la programmation d’Interferences ont ravivées les espoirs éteints en permettant de renouer avec une nonchalance propice aux rencontres, à des moments plus humains en présence d’artistes multimédia qui ne se contentent plus de se réfugier derrière leurs travaux. On pouvait notamment découvrir « Square E », étrange déambulation nocturne ornée de projections vidéo d’interventions des habitants. Un peu plus bas, au cœur du parking de l’Astria, on pouvait entendre le ministre Belfortin Pierre Chevénement déclamer avec fougue qu’il y avait « plus de sens qu’à l’habitude » dans les projets présentés, installations d’ailleurs trop souvent réduites à de simples astuces techniques. A ce titre, le travail des « virtualistes » Pascal Schmitt & Christine Treguie se démarque sans conteste du reste des œuvres présentées. Leur installation intitulée « Article 30″ est une sorte de catharsis qui devrait permettre à l’être humain d’analyser ses propres dysfonctionnements, ses incohérences et les corriger dans la mesure du possible. Enfilez donc le casque !

Les projets de CD rom pourtant peu nombreux sont en général très souvent à l’avantage de la création Française, avec notamment le projet « Borderland » de Julien Almaet Laurent Hart au sein duquel l’utilisateur se retrouve en présence de codes sociaux et culturels qui lui sont familiers mais dont l’exagération, l’amalgame, la gratuité, l’incitent à repenser la valeur et l’impact de ses images.

Internet également plus que présent au centre des démos et des débats, souvent seul point de repère permettant de porter haut les couleurs des jeunes artistes émergeant du net : Gregory Chatonsky pour www.sous-terre.net, projet étonnant engagé avec le soutien de la RATP qui n’a exercé aucune censure face à un projet interactif nourri d’images d’archives, dont le regard peut paraître sombre mais fait pourtant naître un projet riche d’allures cinématographiques incitant à l’abandon poétique. A voir également, le site sérieux du lauréat Igor Stromajer, « Mobile Trilogy » qui persiste à croire que « le summum de la beauté de l’art et de la science est atteint lorsque la machine numérique accomplit un geste physique ou mécanique à l’insu de l’être humain ». Inutile de développer les projets des artistes qui suivent car ils parlent d’eux même : Marie-anne, dit « Miss trash » pour un site sans bavures www.insoumise.org, habile et désinvolte Reynald Drouhin pour www.cicv.fr/des_frags, et d’autres folies très intelligemment présentées par le collectif sub-urbain et sous-doué de www.pavu.com…. Tous ces projets et ses œuvres semblent se détacher sans difficulté des référents des années 80. Une ironie lors des présentations, un humour semble nécessaire à l’art en ce début de siècle, comme une respiration indispensable pour échapper à l’étouffement causé par l’aveuglement des institutions sur le constat de nouveaux paradigmes. L’œuvre n’est plus l’objet, mais c’est le processus qui fait œuvre.

Dimanche s’éternisait en discussions houleuses autour des sujets sensibles, notamment celui d’une forme de cinéma naissant de la chaîne d’auto-production DV, qui suscite passion chez certains et colère chez ceux dont le discours se heurte à la réalité d’une chaîne de la création en totale mutation. La présence très remarquée de Bernard Stiegler (Débat « Les arts numériques entre collaboration ou résistance ») qui, accompagné de Pierre Don Giovanni furent les seuls participants combatifs parmi un cercle d’acteurs à moitié endormis face aux enjeux des fusions de groupes de communication et de l’hyperindustrialisation de la culture qui devrait réduire l’indépendance des créations. Tous ces changements et toutes ces évolutions ainsi que la redéfinition même des notions d’art numérique étaient au cœur de cette énergique et brillante manifestation de Belfort, qui n’as pas su cependant trouver son prolongement nocturne avec une programmation musicale très peu représentative des orientations artistiques soulevée au long du festival. Mais avec l’indulgence propre à la jeunesse de l’événement, Interférences pourrait bien néanmoins devenir en quelques années la manifestation internationale de référence en terme de nouveaux médiums artistiques.

Infos et la liste officielle des lauréats : www.interferences.org.

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