22 juin

L’espace sacré de l’art

Je ne serais pas le dernier. Je ne suis pas le premier.

Mais comment accepter comme beaucoup des espaces, donc des fonctions, sans les penser, sans les contextualiser, sans leur donner sens ou non-sens, sans les déconstruire? La galerie? Le musée? Tous ces espaces réservés à l’art sont problématiques. Quel est leur sens à l’époque où les industries culturelles règnent sur la construction du sensible?

On ne saurait accepter la justification de ces lieux fonctionnels par la notion de résistance infime: résister malgré tout, sauver l’honneur, dans le désert croît ce qui sauve, que sais-je encore. Car il y a là une contradiction: ces lieux sont des reliques du passé, un temps où les espaces séparés permettaient de construire de l’absolu (cf Vernant), du délié, du réservé. Et qu’est-ce donc qu’un musée si ce n’est un lieu à part et de ce fait même absolu? Comment dès lors articuler l’argumentation de la « résistance malgré tout » à ces lieux qui sont structurellement comme des églises? Comment justifier la finitude par l’absolu?

Ce n’est certes pas une question nouvelle depuis Duchamp. Mais on tourne autour depuis longtemps comme si la mort des dieux était moins longue que l’ombre de leurs morts. Donc ça continue: les artistes exposent fièrement dans des galeries, mieux encore dans des musées, sans même penser les conséquences d’un tel mode de présentation sur l’organisation du sensible qu’ils proposent. Ils l’acceptent avant toute chose puisque c’est la règle du jeu, puisque c’est le lieu même de l’art, là où il a droit d’être, un lieu neutre ou un lieu dont on peut jouer (mais on ne parvient qu’à en répéter l’autorité). Mais est-ce bien à la mesure de ces images, de ces médias, de ces industries qui détiennent les clés de l’esthétique contemporaine? N’est-ce pas simplement une relique du passé que nous maintenons pour nous donner bonne conscience et laisser une place à ce que nos prédécesseurs avaient nommé art?

4 Comments

  1. 1
    Clarisse
    25 juin 2006 at 9:18
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    On expose dans les galeries parce que les galeries donnent la parole et la possibilité de vendre.
    Renversement de la proposition : l’art demande un tel investissement de soi, comment faire pour vivre sinon en vendant?

    La crise identitaire du lieu rendu sacré, soit, mais : -des solutions!

  2. 2 25 juin 2006 at 11:06
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    Que la galerie soit un espace de vente, un magasin cela ne fait aucun doute. Et on pourra effectivement dire qu’une personne produisant un travail artistique doit bien gagner sa vie.

    Mais la galerie est également un espace de monstration qui a certaines caractéristiques qui ne sont pas neutres. Il semble difficile de « créer » sans prendre en compte le contexte d’exposition ou de simplement l’instrumentaliser pour des raisons économiques et de survie. En ce sens la galerie fait partie du travail artistique. On ne saurait faire un travail et le placer dans un contexte sans le problématiser, sauf à supposer que son oeuvre est hors-contexte.

    Il me semble que l’espace de la galerie a émergé à un certain moment donné, dans le contexte précis du 19ème siècle et l’émergence d’une économie bourgoise du salon. Cette époque est obsolète. Comment un espace pourrait-il survivre au contexte qui l’a vu naître? Peut-on faire comme si le lieu des images n’avait pas radicalement changé avec l’apparition des médias et de la télévision? A l’époque de l’apparition des galeries le lieu des images était encore l’église. La galerie a donc pris celle-ci comme modèle.

    C’est du fait de cette obsolescence que de nombreux artistes tirent leurs revenus de vente privée, mais également de subvention, de paiement en droit d’auteur, de multiples sources, etc. Les lieux de l’art changent tout comme la société.

    Quant à savoir si les galeries donnent la parole (et pourquoi faudrait-il la prendre la parole? Et au nom de quoi? Et pourquoi s’agirait-il de parole en art?), j’ai quelques doutes au regard du public de ces lieux: d’autres artistes, quelques critiques, des étudiants en art, etc.

    Quant à savoir si en art il y a investissement de soi (et qu’est-ce que le soi? Et pourquoi parler d’investissement? Cherche-t-on à dépensre de l’énergie pour gagner quelque chose en échange?), cela dépend des pratiques de chacun.

  3. 3 29 juin 2006 at 12:09
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    Excuse-moi Gregory, c’est juste pour te dire qu’il y a une petite faute d’orthographe sur la première ligne de ton post.
    Plutôt que :
    « Je ne serais pas le dernier. Je ne suis pas le premier. »
    où « serais » est au conditionnel, il eût été préférable d’utiliser le futur qui s’écrit sans « s »:
    « Je ne serai pas le dernier. Je ne suis pas le premier. »
    Voila, en espérant avoir servi une bonne cause !
    Yuk!

  4. 4 29 juin 2006 at 4:54
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