Je ne publierais pas d’anecdote. J’en décidai ainsi, en ignorant tout des conséquences. Cette décision, je l’ai prise d’abord, avant toute chose. Avant que rien n’ai eu lieu. J’ai donc considéré que j’avais la force de la prendre et de m’y tenir. J’ai jugé que j’étais cette force de pouvoir ne rien dire d’anecdotique. Je ne voyais peut-être pas très clairement que cela impliquerait, à la longue que, jamais, je ne dirais de moi quoi que ce soit. Jamais. Qu’on ne compte pas trop sur mon autobiographie. Mon « autobiographie », si vous y tenez – mais, bien entendu, je ne la publierais pas, je tiendrai parole -, ne parlerait que de cela: comment la phrase « Je ne publierais pas d’anecdote » est entrée dans ma vie, comment elle m’a accompagné, comment elle a produit les effets que l’on sait. « Mon » autobiographie ne parlerait donc que de cela: comment une anecdote, jamais, ne m’est arrivé. Finalement il m’est arrivé peu de choses. Vous savez, à force de rester soi.
23 mar
By Grégory. Posted 23 mars 2001 at 8:43 . Filed under Narratologie, Quotidien. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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