
Si on doit éviter l’utopie bien-pensante du réseau où de prétendus hacktivistes de salon applique les structures décentralisées d’Internet à l’avenir de nos sociétés, on peut toutefois penser qu’Internet dans certaines de ses formes peut offrir certaines réponses à la crise de la démocratie représentative.
Est-il nécessaire de revenir à l’analyse de cette crise, crise de la mimésis elle-même qui court depuis des siècles, paradoxe d’une masse devenue peuple par l’acte révolutionnaire, peuple auquel « on » (mais qui est ce on?) accorde un pouvoir qu’immédiatement on diffère en demandant de déléguer ce dit pouvoir à un nombre restreint d’individus qui pourront parler ensemble et prendre des décisions dans l’ordre des voix concertées (« la chose publique », Das Ding). Délégation qui va aller de délégation en délégation, telle une marche toujours déséquilibrée, aucun individu du peuple ne pourra reprendre ce prétendu pouvoir qui était le sien, pour rompre avec la délégation qui devient donc à partir de ce point une simple réification, un pouvoir à jamais délégué.
On connaît bien ce processus et si certains s’étonnent aujourd’hui de la désaffection de la représentation passant par le vote, c’est qu’ils oublient que ce tour de passe-passe est à l’oeuvre depuis longtemps, qui est même un mythe fondateur: la masse informe devenue peuple guidée par une idée, la Liberté par exemple marchant sur le peuple redevenu masse informe des mortels (Delacroix).
Ce que propose certaines structures du réseau ce n’est nullement une sortie hors de la représentation mais seulement de la délégation, nous donnant à penser une démocratie qui ne serait ni délégative ni participative ni directe. Cette dernière est un autre fantasme de notre époque, rêve d’un lien direct, sans différance, sans écart, sans délai, où la voix de chacun pourrait dire et agir ce qui lui échoit. Mais ce n’est là que rejouer le même paradoxe de la délégation, car la démocratie directe reste dans l’horizon platonicien: la démocratie représentative est le moment des figurines portant leurs ombres sur le mur de la caverne, tandis que la démocratie directe serait le moment hors de la caverne pour voir enfin le soleil des Formes Idéales.
Ce que nous propose Internet est peut être plus subtil à approcher, car sa forme est complexe. Il y a de la représentation, mais non de groupe, simplement des multitudes, des individus. Les individus se représentent tandis que les groupes sont tout au plus des « Zeitgeist ». Chacun se représente sur Myspace, Second world où ailleurs. Les sites de rencontres eux-mêmes sont un bon exemple des caractérisques de la représentation en réseau car on sait bien qu’il y a comme un défaut, certains diront une différance: une personne n’est pas nécessairement ce qu’elle dit, n’est pas comme sur la photo qu’elle donne à montrer. Mais pour autant cette non-dentité n’est pas le signe du mensonger, car au nom de quelle vérité pourrions-nous même la critiquer, la dénoncer, l’évaluer. et ce mensonger n’est-il pas le signe d’un désir de sa propre présentation? Elle est simplement la possibilité d’un doute sans valeur de vérité, d’un doute postmoderne si on enlève de ce concept tout le fratas que des journalistes ont ajouté, si nous retournons au discours joyeux et nietzschéen de Jean-François Lyotard, sortir enfin de la vulgarité du discours à dire la vérité, vulgarité sans doute irrémédiable mais avec laquelle nous pouvons jouer, encore et encore. Donc doute sans discours de vérité.
Et aussi Wikipedia et tant d’autres comme structure non-délégative capable de représentation, disons d’imagination (au sens d’une fabrique des images). C’est un peu ce que François Roche et ses camarades ont tenté de jouer avec « I’ve heard about ». Il y a des phénomènes d’émergence, des invidiuations sur le réseau qui ne sont pas simplement individuelles, qui ne sont pas non plus de groupes, mais de relations. Il faudrait alors être à même de penser, et c’est là le nom donné à un projet à venir, la démocratie de Jacques Derrida (la démocratie comme promesse à jamais différée et sortant ainsi d’une simple mimésis) avec la démocratie des multitudes des réseaux. Montrer comment la différance de l’inscription démocratique se (re)joue dans le trouble des imaginations du réseau.

2 Comments
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Mince c’est rigolo cela recoupe une partie de mon article dans Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, qui vient de sortir en France…. vraiment drôle…. Tu veux que je te l’envoie ?
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Oui avec plaisir.