
De plus en plus de travaux artistiques sont fondés sur une logique de l’effet. En les voyant on est saisit par un « effet », c’est-à-dire une certaine secousse esthétique, un « effet réussi » comme on dit qui témoigne d’une disproportion apparente entre les causes et les effets.
Cette magie esthétique est aujourd’hui privilégiée et charme le public. Ce sont souvent des installations qui souhaitent dépasser la logique de la représentation en investissant concrètement l’espace. Il y a bel et bien un effet. Mais que dit-il? Parvient-il à dépasser la simple mise en scène et l’agitation esthétique? Et n’y a-t-il pas dans cette « magie » quelque chose de profondément politiquement correct, la réponse à ce que le public attend de l’art, un peu de rêverie, un moment de magie, c’est-à-dire un décalage par rapport au quotidien, décalage qui n’aura d’autre influence que lui-même et restera enclôt dans sa propre temporalité, n’en débordant jamais. N’y a-t-il pas sous ces installations un discours de l’authenticité perceptive?
Ne faudrait-il pas préférer une certaine rigueur, dureté pour ne pas dire cruauté? Celle de l’absence d’effet, de cette facilité esthétique consistant à secouer le spectateur, comme on l’agite dans un Luna Park? Les mass médias sont aujourd’hui bien plus performants dans ces secousses que les arts visuels et peut-être faudrait-il leur laisser cette place esthétique. Peut-être faudrait-il s’orienter vers une fragilité esthétique qui refuse ces causalités trop faciles dont l’objectif finalement est de provoquer quelque chose chez le regardeur car ce qu’on provoque alors par cette esthétique de l’effet n’est souvent qu’un effet qui produit certes un décalage mais dont la signification ne se dépasse jamais elle-même.

Par la finitude d’un dispositif, on produit l’anticipation d’autre chose, ceci peut être une déception ou un trop plein. Par exemple, La Vie de Jésus de Bruno Dumont. Il y a un déficit des « acteurs », non pas que ceux-ci non-professionnels nous donneraient la vérité de la situation, car il y a bien mise en scène et artifice, mais que le dénuement même de leur jeu produit en nous un mécanisme de défense esthétique. On se demande ce qu’ils disent, ce qui les motivent. Et on a (presque) rien pour répondre à cette question. C’est dans ce rien que quelque chose nous arrive, on peut nommer cela la « vérité », la finitude ou le dénuement. Mais ce décalage est bien plus exigeant que celui produit par l’esthétique de l’effet, cette magie si reposante, si peu déroutante.
