23 fév

« Mots ou images : qui mène le récit? » Temps d’images, Usine C (Montreal)

Animée par Marie-Andrée Lamontagne (écrivain et journaliste), la rencontre aura lieu le jeudi 23 février à 17h (environ 1h30) au café de l’Usine C et a pour intitulé : « Mots ou images : qui mène le récit aujourd’hui ? ». Interviendrons notamment Daniel Danis (auteur et metteur en scène), Cyril Teste (metteur en scène et vidéaste), Marie-Pascale Huglo (romancière et auteure d’essais portant sur la relation texte et images), Philippe Falardeau (réalisateur et scénariste).

A la question qui mène le récit des mots ou des images, dans le domaine numérique la réponse est au premier abord  simple, c’est le texte. En effet, l’ensemble des médias est codés sous forme alpha-numérique même si leurs modes d’apparition phénomélogique est image, son, vidéo, etc. Essayez par exemple d’enlever le titre d’une image sur votre ordinateur ou remarquez que les recherches visuelles sur Google sont langagières avant d’êre iconographiques. Toutefois ce langage ne prend pas la forme de mots, de phrases, de textes au sens strict du terme. Il s’agit d’un langage crypté de type logico-mathématique.
La généralisation de ce langage, provenant de l’idéal d’une mathesis universalis, dans le domaine médiatique a 4 conséquences :

  1. Le langage n’est pas a posteriori de l’expérience mais a priori, il précède l’imaginaire (la production d’images). Et ce langage est très particulier, il est logico-mathématique et réductionniste. Comment à partir de cette réduction du langage à des fonctions logiques, à des opérations simples, une complexité esthétique et imaginaire peut voir le jour? Le fait que le langage soit à la source de l’imaginaire comme culture de masse est un changement important qui n’est pas sans conséquence sur le langage quotidien.
  2. L’ordinateur est le résultat de l’histoire de la cryptologie et de la cryptanalyse, l’histoire d’un certain langage, un langage où il s’agissait de cacher le langage en le dédoublant (message/clé). Le fait que le langage soit sous-jacent à l’ensemble des médias permet une traduction généralisée, mais loin de permettre une équivalence entre les différents médias ou une approche métamédiatique, cette traduction est une transduction (Simondon) c’est-à-dire un passage de structure en structure qui garde des traces de la structuration précédente: un air de famille. C’est cette transduction qui permet la mise en réseau des médias. Cette approche transductive permet de renouveller l’approche hypertextuelle de façon radicale.
    Nombreux de mes travaux proposent de telles transductions, par exemple: my last tape, la révolution a eu lieu à New York.
  3. Si le langage est axiomatique, les images ne le sont pas. Dans un cadre artistique l’objectif est de faire du langage quelque chose de singulier car il ne l’est pas au début, et de partager les images car au début elles sont singulières.Les images sont un mode de partage en régime de singularité. Les mots sont un mode de singularisation en régime axiomatique. Si le langage est à présent la structure transductive de l’ensemble des médias, comment cette axiomatique fait-elle objet de partage? Quel partage sensible pour le langage logico-mathématique?
  4. Ainsi le numérique renouvelle et intensifie la dialectique texte/image (cf Discours figure, JF Lyotard). Cette dialectique n’est pas une simple opposition: il y a des régimes visuels des mots (typo-graphie) mais existe-t-il des régimes langagiers pour les images? L’espace public dispose de nombreux signes qui brouille la frontière entre le langage et les images. Le flux de l’information transforme les signes langagiers en des formes visuelles. Lorsque nous scrollons une page web, le texte se brouille, devient une matière abstraite. Quel récit se construit au travers de ce flux? N’est-ce pas la notion même de récit et d’imaginaire qui permet de dépasser le sentiment d’une perte de sens et de repère? Rendre sensible le flux, les mécanismes de diffusion de l’information unifiée (texte, image, son, etc.) est un des ressorts des travaux artistiques sur Internet.

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