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Open source / ouvrir la source

Il y a d’un côté le phénomène bien connu de l’open source logiciel. Il a été largement débattu ces dernières années et interprété comme une reprise en main par les consommateurs des produits imposés originellement par l’industrie. Cette logique du « Do it yourself » n’oppose pas le numérique au matériel. Des open sources matériels existent aussi comme dans le cas de Makezine. Peut-être cet open source n’est-il que théoriquement une circulation car il suppose un savoir-faire, celui de la programmation informatique, qui n’est pas si aisément accessible. De la même manière les théories sur la relation entre artiste et hacker sont plus des slogans que des phénomènes matériels. Le copyleft tentait de se réapproprier cette logique.

Il y a d’un autre côté un open source médiatique peut être moins apparent parce qu’il circule à la surface de toute nos sociétés et qui est en cela sans doute plus profond. Cet open source consiste en ce que nous sommes passés d’une société de médias de masse (peu d’émetteurs beaucoup de récepteurs) avec l’organisation politique qui allait avec (la représentation démocratique, beaucoup d’électeurs peu d’élus) à une société ou chaque récepteur est potentiellement un émetteur ou un réémetteur, c’est le crowd source. D’ailleurs les médias de masse classiques demandent de plus en plus aux lecteurs d’envoyer leurs images pour illustrer les articles. Ce fut le cas dans le dernier conflit israelo-palestinien. Chacun produit des images, les diffuse sur Internet, partage des informations avec d’autres, enregistre sur son disque dur (notre mémoire intime) des images dont il ignore la source, etc. Bref, les médias ont ouvert leur source, au sens ou il y a de moins en moins d’intermédiaire entre celui qui produit le média et celui qui le reçoit. Qu’on y pense bien, l’ouverture de la source médiatique transforme l’ontologie sous-jacente à l’information. Ce n’est plus la fenêtre albertinienne dont la télévision avait héritée, une seule fenêtre pour des millions d’yeux, c’est une multiplicité d’images non-hiérarchisées, en mosaïque si l’on veut, oeil de mouche voyant à 360 degrès sans centre.

Le Mashup est sans doute une expression de cette forme d’open source. Il consiste en la production de langage d’interprétation (nommé aussi API) par des entreprises afin que chacun puisse détourner et se réapproprier les flux d’informations. La logique du détournement, cette logique minoritaire du graffiti et du ghetto, correspondait à l’époque ancienne des médias de masse. Nous étions en minorité, ils étaient, les médias, si forts, si puissants. Nous ne pouvions que prendre le plus insignifiant, une soupe Campbell, pour la changer de nom, de propriétaire et de destination. À présent, les faibles sont devenus les forts et les forts les faibles, cette logique nietzschéenne a sa part de mise en scène, mais elle permet de désigner cet autre horizon de l’information. Il n’y a plus de détournement, non parce que celui-ci est intégré d’avance dans le système comme contestation nécessaire, mais simplement parce que les entreprises prévoient d’avance et permettent ce détournement par les API. La question du pouvoir n’est plus seulement celle de la localisation de l’information (amener les consommateurs à regarder à tel ou tel endroit) mais de sa circulation donc de sa réappropriation. La production industrielle de l’attention n’est plus une construction spatiale mais temporelle. Tout comme dans le reste de l’économie, nous passons d’une logique de la propriété de l’information (on achetait des espaces publicitaires) à une logique de l’accès à l’information (peu importe ou elle est).

Cet open source médiatique est donc à entendre comme la déferlante du flux informationnel. Le flux s’écoule sur le corps de société – et il faudrait relire les belles pages sur le capitalisme et la schizophrénie de Deleuze et Guattari. Peut-être devons nous simplement penser à des oeuvres qui ne cessent de s’écouler, qui ne s’arrêtent jamais dans leur différentiel propre, connectées au réseau et à ce flux d’informations, aussi signifiant et insignifiant qu’eux. L’inconsistance conquise dont parlait Lyotard serait leur logique sémantique. Non pas montrer ironiquement l’insigifiance de tout cela, de ce monde-ci, mais montrer que le sens n’émerge que de cette relation, de cette lacune entre ce que nous voyons et ce qu’il y a à voir. Ce sera l’objet de l’exposition Flußgeist à Oboro.

2 Comments

  1. 1
    Never
    24 janvier 2009 at 12:08
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    Hackers et artistes, c’est un peu comme Aristide Bruant qui se faisait passer pour un Apache et Sinatra pour un mafieux. C’est gentil, c’est rigolo, c’est canaille, c’est du folklore, c’est sans grande incidence et peut-être même qu’il en sort de bonnes choses.
    Par contre l’open source n’est pas théorique, sans Apache, Sendmail et autres, notre bon Internet serait un minitel en couleurs.

  2. 2 5 février 2009 at 2:49
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    Attention à ne pas solliciter trop de notions qui ne sont qu’effleurées. Le lien de l’API ouverte (« ouvrir la source ») avec l’opensource est un peu raccourci. Il y a moultes logiciels ou libraries closed source qui restent « attaquables » par une API définies dans un SDK. On ne pourra toujours que faire que ce qui est permis par cette API. Il en est de même pour le mashup Web2.0. Rendre accessible le service en exposant une API, c’est créer une dépendance au service et surement pas « ouvrir la source » au sens du logiciel opensource. ça serait même l’opposé complet. Le logiciel libre ou opensource n’est rien d’autre qu’un MODELE DE DEVELOPPEMENT qui pose le postulat que le résultat logiciel qui en découle sera supérieur en performance, en interopérabilité, en fonctionnalités, en ouverture que le modele de développement du CLOSED SOURCE qui suit une logique de création de dépendance. Dans un certain sens, l’ouverture des API des services Web2.0 est l’arbre qui cache la forêt : ces services sont clairement fermés, on n’ »EXPOSE » que ce que l’on veut bien exposer. On peut prendre pour exemple, l’impossibilité d’exporter les données et métadonnées construires sur un site (exemple : le cas Flickr) vers un autre site. Le service Web2.0 cesse alors d’exposer son ouverture, empêche l’export et considérera cela comme une attaque de type DENI DE SERVICE.
    Ce que tu dis sur l’opensource matériel est vrai en l’état, à ce jour : l’accès à la maitrise de l’opensource matériel implique l’apprentissage d’un savoir faire élémentaire. Mais sa vertu est avant tout pédagogique : il devient moins difficile de s’approprier le savoir faire du hardware et surtout il permet de comprendre le fonctionnement. Ce qu’un linuxien apprend surtout, petit à petit, lors de l’usage quotidien avec son système d’exploitation, c’est que petit à petit, il apprend à comprendre comment ça marche. L’opensource est tout simplement SUPERIEUR comme FORME DE VIE (remember NN). Considérons donc le monde technologique comme une évolution de « formes de vie » en devenir, et l’opensource est clairement un modèle qui a montré sa supériorité : APACHE, SENDMAIL, ASTERISK, LINUX (penser aux OS embarqués), etc. Je parle ici d’un modèle et non pas des querelles de paroisses sur les OS, les meilleurs outils, les plus beaux, les plus ergonomiques, etc.

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