1° Terme de philosophie. Action d’informer, de donner une forme.
Provenç. informacio, enformacio ; esp. informacion ; ital. informazione ; du lat. informationem (qui signifie action de former, de façonner), de informare, informer.
La production artistique est traditionnellement une production de formes comme le prouve la définition juridique qui limite le champ artistique aux formes et en exclue les concepts. De nouvelles formes sont apparues que l’on peut nommer « information ». Celles-ci ont comme particularité d’avoir non seulement de nouveaux matériaux et de nouvelles propriétés, mais aussi d’avoir une nouvelle genèse. De ce mode de formation très particulier, l’information tire un mode d’individuation qui lui est propre.
L’une des questions que les artistes se sont posés (il suffit de relire les écrits de Giacometti) est de savoir comment garder le principe de genèse d’une forme dans cette forme même, comment garder sa dynamique et pour tout dire le principe même de sa métastabilité?
L’époque du pop art, qui n’est finalement pas si éloignée de nous, gardait des traces du principe de genèse informationelle en répétant par exemple avec de légères variations la même forme. Cette répétition différentielle permettait de donner à imaginer la métastabilité d’une forme, par exemple d’un portrait de Marylin Monroe, son identité en même temps que sa plasticité. L’information (c’est-à-dire la façon dont elle prend forme, dont elle apparaît et dont elle persiste) dont parlait le pop art était une information mass médiatique: beaucoup de récepteurs pour très peu d’émetteurs. Cette différence dans la relation médiatique expliquait cette répétition de la différence: la même forme répétée comme il y a autant de destinataires, l’unité d’une image dans la diversité des perceptions reproduites dans une seule et même image.
Que devient cette in-formation quand l’information a un aussi grand nombre de canaux d’envois que de réceptions? Sans doute Reynald Drouhin dans Des Frags envisage-t-il une transition avec le pop art. Ses mosaïques inversent la relation de répétition et d’identité du pop art. Ce sont des images différentes qui produisent, in-forment, une seule et même image. Cette inversion est une façon de dire le changement du statut de l’information: la multiplication des envois, la normalisation de la perception esthétique, ou plutôt la volonté esthétique de retrouver de l’unité dans la diversité des formes in-formées.
Avant même le Web 2.0, une logique du sampling et du remixage a été mise en place. Celle-ci est l’étape qui suit l’inversion du pop art. Elle produit de l’information à partir de l’information et montre donc sa genèse même et la façon dont elle circule. L’in-formation ne produit pas de nouvelles formes [1] en se reproduisant, en circulant, elle se modifie selon le principe de la rumeur et de l’hybridation. Une information rencontrant une autre information, s’hybride et produit un surcroît d’information. La capacité, toute relative, d’aller piocher dans les sites se revendiquant du Web 2.0 et une façon de généraliser les phénomènes de déterritorialisation (l’extraction des données) et de reterritorialisation (j’intègre le résultat de cette extraction dans un nouveau contexte).
La compréhension de la façon dont les informations asynchrones et numériques se produisent, se répandent, sont perçues et gardent dans l’ensemble de ces processus des traces de leurs genèses, est l’un des enjeux de la production d’ in-formes artistiques.
- De là sans doute l’absurdité de la définition et de la protection juridique de l’oeuvre qui la définie comme la production d’une nouvelle forme, reprenant l’idéal classique de l’art comme originalité. L’originalité étant un certain mode de genèse des formes, mode supplanté par d’autres actuellement. Tout se passe comme si le droit loin de protéger la production artistique était le gardien d’une certaine conception dépassée de l’oeuvre d’art, conception garantissant une compréhension partagée d’un point de vue social. ↩

5 Comments
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Il y aurait à relire ce qu’écrit Simondon sur l’information et son débat avec Aristote par rapport à la relation entre la forme et matière. Ce que tente justement de penser Simondon est une (in)formation qui ne soit pas une matière prise dans une forme car cette conception aristotélicienne est aussi celle d’une certaine relation à la mimésis, à la représentation.
L’imaginaire fonctionne-t-il encore seulement sur la Vorstellung ou existe-t-il un imaginaire de la (in)formation? C’est-à-dire d’une forme ne cessant de se former en gardant des traces de sa genèse continuée?
Cette continuation de la genèse permettrait de comprendre certains phénomènes actuels, par exemple sur Internet, où l’information va de blog en blog, mute, se diffère, se transforme, évolue, restant l’information d’origine et devenant autre en même temps.
Le fait que cette sauvegarde de l’origine et cette mutabilité puissent coexister permettrait de comprendre plus finement les évolutions de l’art depuis le pop art (on pourrait commencer au cubisme et à ses papiers collés), c’est-à-dire à une forme de création qui prenant appui sur des médias préexistants ne les reproduit pas (sort donc d’un imaginaire de la mimésis où la forme ne peut prendre qu’une autre matière) mais produit de la singularisation, c’est-à-dire met en oeuvre le principe même de leur mutabilité (chez Warhol par exemple le fait que les médias sont en même temps reproductibles et différentiels, que c’est la même Marylin et en même temps à chaque fois différente, ce qui démontre bien que la relation entre la forme et la matière n’est pas aristotélicienne).
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L’idéologie du Web 2.0 est profondément aristotélicienne. En effet, dans le Web 2.0 les informations prennent forment dans des contextes différents. Et on laisse supposer que cette prise de forme ne modifie en rien l’information d’origine: j’organise Google News à ma guise, additionnant des informations, en croyant que celles-ci restent intactes.
Il s’agit bien d’hylémorphisme, de donner forme à la matière, d’informer.
Le fait de prendre de l’information et de l’aggréger ailleurs est une action hylémorphique. Mais les informations sont-elles intactes? Le sont-elles dès le début? Quelle est leur principe de genèse? D’où viennent-elles? Ne sont-elles pas déjà syndiquées?
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Ne s’agit-il pas de morphogénèse ? c’est à dire le processus génératif des formes. Il en est question en biologie et physique mais s’applique aussi au monde artificiel et artefacts.
Cette question est soulevée en design et architecture à propos de l’architecture non-standard qui fût l’objet d’une exposition à beaubourg à paris en 2003 (le catalogue est malheureusement épuisé). C’est un peu un hasard mais je viens de publier hier une note sur le pli dans les processus de conception de l’architecture sous l’influence des technologies depuis une dixaine d’année : http://www.ordigami.net/node/50
Par ailleurs, pour prolonger le débat, un article qui traite de la morphogénèse sur le site d’intelligences artificielles décrit par exemple la théorie constructale en ingénieurie : http://www.automatesintelligents.com/echanges/2004/jan/morphogenese.html
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Phylum: une lignée d’espèces issues toutes d’une même souche ; les différentes formes revêtues par les ascendants d’une espèce. L’unité phylétique est moins quantitative que structurelle.
Phylogénèse: la formation et le développement des espèces vivantes au cours des temps, l’ultérieur modifiant la constitution de l’antérieur au moment de son apparition.
Epigénèse: la théorie dérivée de l’embryogénèse, Théorie selon laquelle l’embryon d’un être vivant se développe par multiplication et différenciation cellulaire progressive, et non à partir d’éléments préformés dans l’œuf. Par extension. « la vie fait la vie. » MICHELET, Journal, 1860, p. 535. Un « comportement épigénétique pseudo-programmé » qui rappelle les mécanismes de l’instinct, le développement des embryons (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 120))
Transduction: relation dynamique qui constitue les termes mis en relation (les termes n’existent pas hors de la relation, et l’un ne peut donc pas précéder l’autre. A. PSYCHOL. Mode de raisonnement de l’enfant qui précède l’induction et la déduction et par lequel il tire une conclusion par analogie, par identité, par différence. (Ds LAL. t. 3 Nouv. Suppl. 1932. B. GÉNÉT. Transfert génétique d’une souche donatrice à une souche réceptrice de bactéries, s’effectuant par l’intermédiaire d’un bactériophage. Zinder et Lederberg (1952) ont découvert un mode spécial d’échange génétique par l’intermédiaire d’un bactériophage qui transporte un fragment chromosomique de l’hôte dans une autre bactérie. Ce phénomène dit de transduction a été observé chez divers microorganismes (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 704). Dans le domaine de la biologie générale des eucaryotes [l’être vivant dont les cellules possèdent un noyau structuré], une autre acquisition majeure réside dans la découverte des mécanismes assurant la propagation d’un signal externe (hormone, neurotransmetteur, facteur de croissance) de la membrane jusqu’à la limite du noyau. On donne souvent le nom de transduction à ces phénomènes. C’est une découverte capitale (F. GROS, La Civilisation du gène, 1989, p. 47).
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