Une grande partie des blogs sont en fait moins des producteurs d’informations qu’ils ne relayent simplement celles-ci. En voyant les fils de syndication sur Macromedia ou d’autres sites (delicious), on aperçoit des redondances. Le plus souvent les blogs sont des transmetteurs d’informations, ni plus ni moins, ils « font part« .
Il y a en ceci un choix économique: écrire sur une information existante c’est moins difficile qu’écrire au sens strict du terme, c’est-à-dire témoigner de quelque chose d’inanticipable. Relayer une information est peu couteux en terme de responsabilité, puisque n’étant qu’un relais je ne saurais être accusé d’en être responsable (il faudrait là revenir à la relation entre philosophie du droit et post-structuralisme portant sur l’écriture, à la manière de Jacques Derrida par exemple). Relayer c’est appartenir à un futur calculable qu’on peut retrouver ailleurs sur un autre site, la redondance d’une information permet l’évaluer de son importance hors d’une référentialité externe.
Et puis cela va aussi dans le sens d’une gazéfication de l’écriture: avec les blogs l’écriture est partout, jamais autant d’alphabétique n’a été écrit et publié, mais si l’écriture est partout elle n’est en un autre sens nulle part, parce que relayer de l’information ce n’est pas en produire, c’est être un simple maillon, ce n’est pas introduire dans la communauté des lecteurs l’à venir que suppose l’écriture même. Cela va donc dans le sens d’une massification de la culture pop. Sans doute cet inanticipable au sein de l’écriture pourrait avoir lieu, d’une autre façon avec d’autres moyens, par découpage, triturage, transformation de l’information originale, mais bien souvent le seul ajout du bloggeur est ses « pensées » (parlons plutôt de réaction) à l’information qu’il reproduit. On aura beau jeu de démontrer que la reproduction est une forme de création, on aura oublié le processus d’inviduation en cours de route.
Du fait de cette fonction partagée de transmetteur, les blogs ont un air de famille (il faudrait analyser finement le parcours d’une information dans la blogosphère pour déconstruire les autorités langagières ou si vous voulez les « sources ») et qu’ils appartiennent au flux, le reproduisent, le répètent et stylistiquement sont si proches. L’écriture/lecture (cette expérience de l’intimité distante) ne suppose-t-elle pas une suspension du flux? Et s’il n’y a pas d’en dehors du flux, alors comment le réitérer en le suspendant en son sein même?
L’individuation n’est plus singularité de l’écriture. C’est un peuple d’informateurs. Le peuple ne manque plus, c’est l’oeuvre qui est à présent en attente. Et nous ne l’attendrons pas.

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http://www.chron.com/disp/story.mpl/metropolitan/3921060.html
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pour revenir à cette remarque sur le relai des informations, dans les blogs et les sites de news comme digg, ou delicious : le relai a un attrait majeur car il pondère l’information. Cela voudrait dire que le poids de l’information dépend de son relayage. Tout ceci est autant pertinent qu’il sonne faux, car il est aussi surement aisé de « fortifier » une information en faisant en sorte de la poser à des points clés qui vont faire qu’elle va être relayée avec force, cf. les fameux vaporware référencés récemment dans ce même blog.
Il faut donc de la suspension, des ecritures qui posent des points plutôt qu’elles ne renforcent les flux existants, mais ces flux existant avec leur phénomène de relais offrent aussi une certaine visibilité, même si elle reste relativement discrete, à certaines insularité, à des « ilôts de resistance ».
Le phénomène de relai apparait donc comme un contrepoint nécessaire à une certaines libération de l’oeuvre anonyme mais dense et durable.
Je pense à la façon dont j’ai un jour découvert le prodigieux livre « septentrion » de Louis Calaferte, qui fut une déflagration. C’est un mécanisme de relais inconscient, entre personnes, lié aussi à des images de couverture de livre de proche, qui de proche en proche m’a mené à cette rencontre. Car tout cela est une question de rencontre parmi les relais, étrangeté des livres qui se présentent à nous de manière semble-t-il hasardeuse alors qu’un tissu de liens se posaient depuis longtemps pour mener à cet rencontre incontournable.
Il faut aussi de la masse pour que le singulier soit singulier, même si l’ont fait passer cette masse pour du singulier : http://www.memes-instantanes.org/2005/04/26/a-la-recherche-du-singulier/
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Tout à fait d’accord avec cette étrangeté de la rencontre, celle qui est singulière, celle qui constitue un événement.
Mais d’autres flux sont là, informatifs et se répètent. Par exemple l’incroyable http://weblogs.macromedia.com/mxna/ qui n’est pour une grande part qu’une simple publicité pour les produits macromedia et où les blogs individuels ne fait que relayer l’information désirée par une entreprise.
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Ce que je remarque donc, sans étonnement car cette situation pourrait s’expliquer au regard de notre époque, c’est que le blog comme technique d’inscription et de diffusion produit souvent une circulation d’informations plus qu’une information nouvelle.
La production d’une nouvelle information, au sens où Simondon l’a analysé, est l’émergence d’une forme métastable qui ne cesse de s’individuer selon le principe même de sa genèse. In-formation. Or la plupart des rédacteurs de blog n’écrivent pas dans le sens de cette in-formation, ils informent de formes déjà existantes, souvent des publicités d’entreprises privées (comme Adobe ou d’autres), ils reproduisent sans le génie warholien de la répétition. Cette répétition est-elle transduction? J’en doute car la transduction suppose la dissémination de la genèse des formes.
Ce qui importe dans cette situation est la production, à travers l’importance massive actuelle des blogs, d’un type de mémoire qu’il faut qualifier: quelle mémoire construit un blog? En quoi ce dispositif technique induit-il certaines formes plutôt que d’autres, certaines genèses plutôt que d’autres? Quel regard porteront les époques à venirs sur notre époque, que l’on peut déterminer pour une part, comme époque des blogs? Et comment les blogs s’agencent dans une organologie générale instituée par les industries culturelles? Quel est le partage entre la mémoire des blogs et celle des majors? Ou encore: si les blogs ne valorisent pas l’individuation (même si ils ne l’empêchent pas), comment celle-ci s’expriment et trouvent de nouvelles formes, de nouvelles genèses structurales?