25 fév

Les fins de l’art

Sans doute, à une certaine époque, quelque chose comme l’art a existé. Ce récit de la fin de l’art commence avec la production des premières histoires de l’art (la fin de l’art grecque vue par les romains). Mais aujourd’hui cette fin (au double sens du mot) prend une ampleur nouvelle dans la mesure où la production d’images (entendez de représentation) n’a plus lieu majoritairement dans le domaine artistique mais médiatique. Les échelles économiques et de diffusion sont toute différente de celles qui existaient pour l’image artistique. Prenez en compte ce déplacement et imaginez qu’il reste à présent une coquille vide, nommée « art contemporain », avec les infrastructures, les rhétoriques, les professions (de médiation), une coquille réifiée qui tente de se rassurer de sa disparition par un discours d’autorité (on accorde de l’importance à son objet, l’art, qui devient quelque chose d’essentiel, d’indispensable). Lisez les revues d’art contemporain, analysez l’emphase des formules, les lieux communs philosophiques (opposition de la vérité et de la mimésis, attaque du romantisme), bref tous les points de discours qui ne passent par aucune démonstration, vous verrez alors s’établir un différend entre le référent et le langage, différend témoignant d’autorités arbitraires qui tentent de ranimer des objets morts-nés. Par exemple: un artiste travaille sur la situation de l’art, sur son contexte. Il photographie des salles de musée et efface les oeuvres pour voir ce qui reste. Intéressant pour qui? Pour les habitants du musée, c’est-à-dire les curators qui sont les véritables destinataires de l’oeuvre. Relisez « Maîtres anciens » de T.B. Riez de cela. Sachez que ce qui s’est nommé art, que ce qui se nommera art (jamais au présent, toujours différé et diachronique) n’a pas lieu là, dans les structures réifiées des expositions constituées d’artistes, d’étudiants-artistes et de critiques d’art, n’a pas, n’a plus de lieu. Il reste un lieu, fragile, le domicile traversé par les flux médiatiques.

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