25 fév

Résistance et incident

La critique de la société de consommation est de plus en plus fréquente dans les expérimentations artistiques, en particulier au théâtre. Cette critique n’est pas nouvelle, elle a même un goût du XXème siècle. Elle est acceptée par les médias car elle remplie le rôle de la critique nécessaire au dispositif social, elle circule dans le flux. En reprenant les clichés et en croyant les critiquer, elle les rejoue.

La notion même de résistance (en temps de paix) suppose une position d’autorité qui reconduit structurellement l’autorité qu’on conteste. Et c’est pour cette raison que la scène du théâtre est particulièrement adaptée à une telle dénonciation. Avec la consommation il s’agit bien d’une scène, d’une représentation avec des lignes de partage entre ceux qui voient et ce qui est à voir, entre eux et nous. La guerre, discours contre discours.

L’incident est tout autre.

Avec l’incident il ne s’agit aucunement de critique (c’est-à-dire de mettre en scène la crisis, la crise, effet de style si connu chez les philosophes et les artistes qui annonçant la catastrophe concrétisent leurs discours, leurs effets esthétiques), d’un métalangage pouvant critiquer de l’extérieur un objet. Avec l’incident il s’agit d’apercevoir ce qui au sein même des phénomènes se décalent, s’individuent, se différencient, fait défaut, fait ratûre, fait biffure. L’incident est en ce sens une approche phénoménologique, qui part de l’existant, du présent, d’un ici et maintenant (et non d’une projection dans un prétendu avenir libérateur ou aliénant). L’incident n’est donc ni nostalgique, ni avant-gardiste. Ni pour ni contre quelque chose, les technologies par exemple. L’incident remarque juste ce qui est, les configurations actuelles et se gardent bien d’élaborer des jugements au nom d’une morale, d’un devenir humain, que sais-je encore.

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