26 oct

La mort du netart

Il y a déjà longtemps que le netart est considéré comme mort par certains. Son acte de naissance signait également son arrêt de mort, ce fut l’entreprise ingénieuse de Vuk Cosic. Car la naissance est un événement institutif: une fois déclarée la chose a lieu, la parole instituante donne le lieu qui l’accueille quand bien même elle se présente comme simplement faisant référence à une réalité qui lui est extérieure. En donnant la mort, je m’approprie la vie d’une chose, j’en deviens le jaloux gardien. Ce fut la stratégie de la première vague punk arty de 1977 face au revival plus prolétairede 1980.

Il y a dans ces actes de décès successifs un certain nombre d’affects: en premier lieu la fameuse « fin de l’histoire » hégelienne et ce n’est pas un hasard si cette tournure est reprise et appliquée aux technologies sociales. Il y a ensuite un certain élitisme, car si je suis celui qui déclare la mort c’est que je m’institue comme ayant été observateur ou même acteur de ce qui fut vif. Donner la mort c’est s’approprier. Je désigne aussi tous les autres comme des tard venus qui auraient une dette à mon égard. J’invente une filiation à rebourd. Je vois dans tout ce qui arrive après la mort annoncée une répétition de ce qui a eu lieu avant. C’est la stratégie naïve de certains qui deviennent historien du netart pour s’accorder une place de précurseur qu’ils sont bien les seuls à se donner. Leurchronologie fait office d’esthétique. L’antériorité donnerait un privilège artistique, comme il y a des brevets technologiques il y aurait des brevets artistiques, tout aurait été dit par lui, dès l’origine (origine bien sûr imaginaire) de sorte qu’ils onta jusqu’à tronquer l’apparition d’Incident de quelques années. Je suis un médecin légiste dandy. En donnant la mort je prive de vie les autres « vous n’en serez jamais ». Stratégie mortifère pour se donner vie après-coup. On devient soi-même le fantôme qu’on croit énoncer. Il y a enfin une certaine attitude avant-gardiste qui s’accommode mal des technologies de masse. Quand les industries technologiques ne cessent d’être vives (en oubliant la bulle internet qui ne cesse de nous hanter), le rôle des artistes ne serait-il pas de nous rappeller au mort? La mort est donnée quand trop d’individus semblent utiliser ce que fut le netart, ce trop, motif si banal du peuple, de la masse informe, du commun, est un acte de décès car le netart, dison l’art, est celui d’une minorité, disons même d’une élite. Ainsi en signifiant la mort que « vous » avez donné, vous le nombre, je m’accorde une place, un statut qui n’aura pas à être prouvé dans la mesure où la mort est aussi celle des preuves. Stratégie fort efficace et qui a le mérite d’être apodictique.

Cet acte de décès (le premier fut signifié en 1996 et cela fait 10 ans que cela dure) permet d’être et de ne pas être le spectre qu’on énonce, et il faudra là appliquer avec rigueur et finesse l’analyse derridienne de la conjuration comme affect du vif et du mort, mais aussi de ne jamais s’interroger, c’est-à-dire de ne jamais douter, de ce que le mot netart veut dire, de savoir même s’il veut dire quelque chose. La mort n’est ici qu’une légitimation d’une typologie langagière car celui qui l’annonce est vivant. Il est nécessairement de l’autre côté.

Add Comment

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*