L’important n’était donc pas de détruire deux tours et de toucher une partie de l’économie américaine, mais de frapper les imaginations. Et s’ils ont réussi à le faire c’est en produisant des images. Images d’un impact, puis d’une dislocation, d’un effondrement, images aussi de cet homme qui tombe, suicide, accident, panique. De cet homme en chute libre. Quelques images trouvées sur Internet de corps par terre littéralement explosés. Ces images qu’on ne verra pas dans les médias de masse mais qui ont été prises.
Ce qu’on nomme aujourd’hui le terrorisme consiste donc moins à toucher l’ennemi, à diminuer ses forces et ses ressources, qu’à produire des images. Ils ont interrompu les flux qui se sont tous retournés vers ces images produites par eux. Réminiscence bien sûr des films catastrophes. Usage de l’avion, symbole même (image) de la mondialisation permettant la mobilité en tous sens.
La question esthétique est politique. La question est celle de la production du sensible en relation avec le flux. Pour interrompre les flux on ne peut les suspendre car il fait partie de la nature du flux de ne pas permettre d’extériorité. Il faut les accaparer et à cette fin utiliser leur langage, leur cliché, leur mécanisme, leur imaginaire, être une image parmi toutes les images qui circulent déjà. Produire un événement singulier en recyclant les imaginaires qui circulent déjà.
