Nous sortons du cinéma, on se connaît à peine. Tu me prends sous le bras, tu sembles joyeuse. Tu te rapproches en souriant. Tu marches d’un pas vif. Nous sommes en bas de chez toi. Je m’approche, te dire au revoir. Ce moment donc, qui a eu lieu à ce moment précis. Ce moment donc, anticipé et appelant à lui d’autres moments pourtant passés. Le souvenir et l’avenir de la peau et des lèvres, de la respiration, des corps qui s’approchent, de cette frontière intime qui s’écroule, comme s’il s’agissait de nos corps et de tout autre chose. Nous le savions. Cela dure, cette étreinte dans la rue. Personne ne passe, quelques voitures, les phares, presque rien de la foule. Tu ouvres la porte, sans un mot. Tu t’en va. A ce moment là, je sais que quelque chose commence, j’aime le suspend de l’instant où je ne sais rien, ni ce qui se passera pas la suite, ni ce que j’abandonne, je sais seulement qu’il y a un lieu pour nos peaux. Je vais vers la rue Beautrellis. En retournant chez moi, il y a une légéreté, un événement rien de plus a eu lieu. Il laissera tout le reste en attente pendant quelques inspirations et expirations, il sera ce temps là.
© 2006 Grégory