© 2006 Grégory

L’atelier

L’atelier n’est plus une sortie hors du monde, un lieu d’isolement où, à la manière de Picasso, nul ne peut entrer sous peine de déranger le génie créateur. Si le home studio est l’évolution de la notion d’atelier, alors l’artiste est maintenant toujours dans un étrange entre-deux, dans l’intimité du chez lui et dans l’extraversion du dehors. Ce qu’il y a là de particulier c’est qu’on ne saurait séparer les deux. L,ordinateur est cet entre-deux, il est liaison et isolement tout à la fois, dedans et dehors, privé et public. C’est dire là qu’il remet en cause de façon pratique ces vieilles divisions.

Certaines figures ont mis en jeu ces divisions. Ainsi John Cassavetes tournant principalement dans son appartement avec sa femme et ses amis. Et dans un film comme « Une femme sous influences » (1978), il vient justement troubler les frontières entre le privé et le public (voir la première scène dans le bar ou la dernière scène du lit qui est étrangement placé dans l’appartement dans un lieu qui n’est pas une chambre privée).

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Travaillant sur son laptop, le flux est à portée de main, connecté au réseau il passe de son travail à autre chose: dissémination de l’attention? Il y a sans doute là une nouvelle modalité de travail artistique qui n’est plus fonction d’une extrême concentration, ce que beaucoup d’écrits d’artistes développent (cf Pollock, Bacon, Rotko, etc.), mais d’une dispersion. Cette évolution dans l’attention de production est sans doute un changement majeur dans la construction anté-esthétique (je veux parler de l’esthétique qui produit des objets esthétiques, l’esthétique donc de l’artiste). J. Crary a écrit à ce propos un livre remarquable sur l’apparition, dans le sillage de la physiologie du XIXème siècle, de nouveaux modes d’attention et d’inattention. Il faudrait donc analyser à présent cette étrange répartition entre l’attentif et l’inattentif quand la majeure activité de production s’effectue avec un ordinateur relié à Internet.

Je travaille, je passe sur mon blog, je vais sur des sites, je consulte des RSS, je vais sur un autre site, je clique, je vais encore ailleurs, je copie et je colle dans mon travail, je me reprend et je repars l’instant d’après. Quel est mon fil? Où se situe-t-il? Cette dispersion préliminaire de l’attention et de l’habitation (qu’est-ce que signifie aujourd’hui l’appartenance du chez soi?) explique sans doute en partie la difficulté du public à « digérer » les travaux qui en sont le produit. Une nouvelle esthétique apparaît qui vient modifier nos habitudes.

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