Il y a certains mots qui reviennent fréquemment, dans les médias, dans les discours artistiques. D’ailleurs la massification des médias fait que ceux ci sont devenus prescripteurs, les arts ne faisant souvent que répéter les lieux communs énoncés là. Et parmi eux le concept de citoyenneté qu’on voit fleurir un peu partout et qui vient souvent ponctuer les textes décrivant des oeuvres actuelles. A recycler ainsi le discours dominant (celui du JT) les artistes oublient toute fonction critique (fonction qui serait en-deçà d’un rôle de prescripteur). Or quoi de plus problématique que la notion de citoyen, « civis » celui qui habite la cité et qui en reconnaît la juridiction. Il ets habilité à jouir sur son territoire du droit de cité. Les tous premiers hommes considérés comme citoyens sont les membres de l’Ecclessia, assemblée souveraine du peuple athénien. Au XVII siècle, le » citoyen » désigne le citadin ou habitant des villes, le mot perd de sa valeur politique. Pendant la Révolution Française, les hommes ou femmes n’étaient pas appelés « Monsieur ou Madame » mais » citoyen « . c’est avec la Révolution et la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » que ce terme retrouve tout son sens et son prestige. De nos jours, le terme a repris sa valeur politique et désigne les personnes pouvant participer à la vie politique. En France, un citoyen est défini comme suit : « Homme ou femme âgé de plus de 18 ans, né(e) de parents français ou étrangers naturalisés ». Cité, citoyen, civilisation forment étymologique. Le citoyen est, à l’origine, l’individu qui a le droit de vivre dans la cité et qui, en y exerçant ses droits et ses devoirs à égalité avec tous ses concitoyens, forge une civilisation. Et on voit bien en quoi la notion de citoyenneté est une notion juridique et langagière, comment elle exclue d’autres (les non-citoyens), ceux qui sont en dehors de la cité, comment surtout elle définie et circonscrit un territoire. Cette relation entre l’identité et le territoire (et quand on parle de « citoyen du monde » c’est encore en reliant les deux) est problématique par son exclusion implicite. Comment également elle présuppose l’adoption et la conformation à des règles communes (les lois citoyennes). Ce qui est en dehors de la citoyenneté c’est par exemple ces zones de non-droit (les cités, le fantasme des cités), c’est-à-dire là où l’autorité, entendons la police, ne peut entrer. On voit bien comment sous cette notion se cache des autorités et la violence même du politique par intériorisation et auto-censure dans l’individu devenu citoyen. Il est remarquable qu’aujourd’hui nombre d’artistes utilisent ce langage, sans même en chercher les racines et plus simplement encore le sens. Comme si tout cela allait de soi. Comme si les (r)évolutions actuelles de notre relation à l’espace-temps ne déconstruisaient pas pour une grande part la légitimité même du concept de citoyen et en faisait simplement une survivance. Et la doxa mass-médiatique ne prescrit-elle pas ce mot d’ordre (soyez citoyen!) au moment même où cette notion s’effrondre. Ne faudrait-il pas mettre plus radicalement en cause le principe même d’identité?
27 avr
By Grégory. Posted 27 avril 2005 at 11:40 . Filed under Politique. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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