27 mar

Le réseau de la voix

Je pensais que ce logiciel allait me permettre d’inscrire ma voix, de mémoriser ce soliloque que j’entretiens parfois avec moi-même, et dans ce moi-même il y a quelques présupposés. Il y a le présupposé lorsqu’on parle seul on ne s’adresse pas véritablement. On connaît la méfiance de Husserl pour la voix intime. Il ne s’agirait pas d’une véritable expression car elle serait sans véritable visée. Or ce que je suis en train de découvrir c’est tout simplement que je parle pas de la même façon à moi-même, même si la destination de ce moi-même est problématique, qu’à ce logiciel. Dans le soliloque y a encore et toujours de la visée, peut-être même est le fondement de la visée comme telle. Donc parler de cette manière, écrire de cette façon, cela change tout. Ce n’est pas seulement l’écriture qui s’adapte à la voix, ce n’est pas uniquement la voix s’adapte au régime de l’écriture, ce n’est plus de la voix, ce n’est plus de l’écriture. C’est un processus où les deux ne sont plus deux, pas un, pas trois ni même une multitude, mais deviennent autre chose que le chiffre, que la ratio. Nous ne sommes plus à l’époque d’objets séparés les uns des autres, les choses ne peuvent plus se concevoir à distance les unes des autres, même si cette distance est une hypothèse méthodologique. Chaque chose faite réseau avec un autre chose, une chose d’un autre ordre que la chose, ordre qui vient déranger tout ordre. Certains parlaient de machines, je parlerai de réseau, d’un embranchement sans objet prédéterminé ce n’est pas seulement le logiciel qui me transforme, qui modifie la visée de la voix, sa portée, son intensité. C’est ma voix solitaire disparaît.

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