On sait jusqu’à l’écoeurement que la création artistique n’est plus le lieu d’émergence de l’esthétique. Les médias de masse on prit le relais, ce sont eux les configurateurs. L’art n’a gardé un privilège aux yeux de certains que par habitude et par paresse. Puisqu’il faut garder les musées et le marché de l’art.
On sait aussi combien il est devenu commun de reprendre les images en circulation dans les médias (Closky et ses 100 bouches, toutes les branches post-pop art). La réappropriation des lieux communs répétant les lieux communs (personne ne conteste plus le statut artistique de la communication publicitaire). Quant à la reconquête de l’ »émotion vraie », de la « réalité naturelle des choses », elle tourne au ridicule romantique et n’est que la réactivation d’une logique de l’absolu. Brouiller les frontières entre art et médias? Cette brouille aura tôt fait de se transformer en redéfinition intégrant certains créateurs de médias, en en excluant d’autres selon les critères qui avaient cours et qui finalement n’auront pas changé.
Il faudrait des images indifférentes. Un flux continu. Non pas reprendre les clichés médiatiques, mais reprendre le rythme, la tonalité, le tempo, la vitesse de leurs flux. Sortir de la mimesis qui nous fait croire que les images sont des représentations faisant circuler des idéologies qu’il suffirait de déconstruire ou pire de critiquer pour proposer quelque chose en échange ou même rien. L’indifférence comme esthétique du flux. Ne pas s’attacher à ce que ça veut dire ou à ce que ça provoque, comme s’il fallait provoquer quelque chose, mais simplement tenir dans l’indifférence, à l’endroit même où les individuations émergent, juste avant ou juste après, pas au moment juste en tout cas. Se tenir à côté.
