© 2006 Grégory

Implosion

Chaque chose est à sa place.
Son souvenir.
Commme un fond sans image, simplement les odeurs, des traces.
Les reflets. La fumée. L’irisé.
Soleil, lune, étoiles, bougie et feu qui portent nos ombres.
Chaque brin d’herbe est différent.

Il continue de marcher.
Toujours sa photo dans la poche. Un polaroïd de l’ancien temps, quand les images existaient encore. Un char passe, on ne voit personne, comme s’il était fantôme, simplement la machine roulante. Il s’écarte un peu, mais ses épaules sont lourdes, son déplacement lent, simplement un pas de côté. Il n’a plus la force.
Il voit un parking, deux voitures brûlées. Il ne le traversera pas, pas cette fois-ci. Il veut encore une journée de plus pour sa mémoire, pour la nourrir un peu, même si elle sera à nouveau perdue, même s’il se fera encore ce mauvais tour. Il gardera peut être une odeur imprécise, la silhouette de ce char, le moment juste avant l’oubli, le parking, la ville, quelques lumières, des ombres. Il croit se souvenir d’ombres qu’il n’a pas vu. La mémoire d’avant? Il n’en est pas sûr. Il doit encore la chercher, c’est la seule chose qu’on lui a laissé cette photo. Il la tient du bout des doigts, glisse desssus, l’humidité est étouffante. Il ne sait pas comment les gens tiennent. Il y a encore quelques personnes qui se jettent du haut des immeubles mais bien moins qu’au début, quand tout a commencé.

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