28 mar

La notion d’amateur au XXIème siècle

La définition classique de l’amateur nous apprend que ce terme est « emprunté du latin amator, « celui qui aime », dérivé de amatum, supin de amare, « aimer ».

1. Personne qui a un goût particulier pour une chose et qui la recherche. Amateur de bibelots, de musique, de livres. Elle est amateur de bijoux anciens. Un amateur éclairé. Un amateur de nouveautés. Il est amateur de compliments.

2. Personne qui pratique un art ou un sport sans en faire profession ni en tirer profit. Un tournoi réservé aux amateurs. Un orchestre d’amateurs. En apposition. Des comédiens amateurs.

3. Personne qui, dans ses activités, montre de la légèreté ou de la désinvolture. C’est un travail d’amateur. Il s’acquittait de sa tâche en amateur. » L’amateur aime, il cherche, il ne tire aucun profit, il est désinvolte.

Ces sens ne sont bien sûr pas identiques mais se juxtaposent et peuvent nous permettre de mieux comprendre notre condition contemporaine. Car on peut penser que l’artiste comme le public est amateur: du savoir encyclopédique de la Renaissance à la fragmentation des savoirs contemporains, l’artiste n’est plus celui qui sait. Peut-être se définit-il d’ailleurs plus par ce qu’il ne sait pas, ce non-savoir définissant un domaine dynamique de recherche (en ce sens la figure de l’artiste s’opposerait à la figure du spécialiste ou de l’expert) . Le non-savoir serait au coeur du savoir artistique. L’artiste ne tirerait que peu de profit de son activité qui ne serait donc pas une profession, car il faut bien voir que la situation actuelle où chacun est un peu artiste, et où l’artiste professionnel est critiqué comme une mercantilisation de ce qui serait gratuit, n’est pas tant une absurdité au regard du marché très économique de l’art, que le symptôme d’une situation plus profonde: la difficulté à localiser économiquement la production artistique, difficulté qui a comme implication une sur-évaluation de la médiation sur la production. Il y a aussi dans la figure amateur de l’artiste quelque chose de la légéreté. Il prend des problèmes fondamentaux et les traite sans vraiment y penser, par un effet de dégagement critique plus que d’engagement idéologique. Mais cette figure de l’amateur héritée du XIXème siècle s’applique aussi au public et a comme grand intérêt de dépasser les raisonnements classiques sur la redéfinition de la place du public et de l’artiste (la mort de l’auteur qui est devenue un tel cliché qu’il a perdu toute sa substance). Le public est amateur au sens où il aime, apprécie par un phénomène d’attirance ou de rejet qui n’est pas fondé sur un jugement rationnel (économique si vous voulez). Mais il est également amateur au sens où il connaît, tout comme l’artiste, les outils utilisés. Le public a un savoir technique équivalent à celui de l’artiste, qui ne peut plus se draper derrière le mystère du « computer artist » des années 80-90. Ce qu’il utilise est commun, socialement intégré. Il n’apporte pas un savoir mais un amateurisme c’est-à-dire une pratique du détournement. Trafiquer, transformer, incidenter des territoires sociaux connus, les faire trembler, varier, hésiter. Ainsi la ligne de partage entre l’artiste et le public n’est pas un changement de définitions, éternel jeu sur les mots, mais une modification de dynamique relationnelle. Par ce dernier terme nous voulons indiquer que l’artiste et le public co-émergent. Il n’y a pas d’abord l’un puis d’abord l’autre, même s’il y a une chronologie de la production et de la diffusion, mais leurs figures ont une genèse réciproque et indissociable. Si l’artiste comme le public deviennent des amateurs, ils le sont également l’un de l’autre et ce regard réciproque est peut-être ce qui définit mieux la socialisation des technologies numériques.

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