La tristesse de l’origine

juin 28th, 2005 § 0

Actuellement de nombreux « netartistes » (à supposer que ce mot signifie quelque chose) semblent chercher leur origine, ils datent leurs travaux, expliquent en conférence qu’ils ont été les premiers à réaliser des travaux expérimentaux en réseau (dès 1994!). Il y a là quelque chose de la médiocrité de l’origine, comme si cette antériorité chronologique avait quelque importance, comme si elle donnait un privilège, comme si la production artistique répondait au caractère chronique des innovations techno-scientifiques.

Et derrière ce désir d’être à l’origine, il y a bien sûr un immense désir de reconnaissance et d’auto-justification. Derrière cette auto-historicisation, il y a sans doute l’envie d’avoir engendré une descendance. Que ce travail soit fait par les artistes eux-mêmes et non par des historiens de l’art pose des problèmes méthodologiques, car comment ne pas voir en tout cela une demande affective provenant de l’ego artistique.

Nous avions cru, stupide que nous étions, en avoir fini avec cette histoire où l’artiste (le mot est déjà tout un problème) s’identifiait à son oeuvre et réciproquement, où l’art faisait identité et pouvait être revendiqué par un individu ( »c’est moi qui ait fait cela »). Mais voilà que le principe d’identité fait retour dans sa forme la plus vulgaire, celle de l’origine, celle qui veut se donner un fondemement, une racine, une antériorité. Alors qu’il faudrait, toujours, encore, dans un mouvement à jamais réitéré, parler de ce qui vient, de ce qu’on fait presque maintenant, c’est-à-dire ce qu’on va faire et que, bien sûr, on ne fera jamais, en tout cas sous la forme qu’on avait prévu.

Mais ce désir d’identité n’est pas très différent de celui qui fait retour dans le sens commun quotidien et en cela le discours de l’art ne se différencie en rien de celui-ci.

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