Jan Robert Leegte, Scrollbar (2004)
Le numérique signifie un même langage binaire pour des médias différents. Ceux-ci deviennent indépendants d’un support spécifique pour être mémorisé sur un support commun, un disque dur par exemple. C’est l’homogénéité du support qui implique l’usage d’un même langage. La condition du multimédia avant d’être esthétique est matérielle et consiste en l’enregistrement sur un même support de langages traditionnellement singuliers.
Il y a plusieurs couches langagières: la couche binaire (0 et 1), la couche alphanumérique, la couche esthétique sensible. Le passage d’une couche a une autre est permise par la vitesse de traitement de l’ordinateur qui se comporte comme une incroyable machine de traduction. Cette traduction est formelle, elle ne s’attache pas à une traduction sémantique du langage naturel, elle traduit pour coder selon une codification arbitraire fondée sur la mathématique et la cryptographie. Il y a une déconnexion radicale entre ces modalités de tradution et la couche esthétique. Il est à remarquer qu’aujourd’hui plus personne n’est capable de décrypter la couche binaire, et même la couche alphanumérique est difficilement abordable. Qui peut voir l’image qui se trouve dans un fichier jpeg ouvert dans un éditeur de texte? C’est un peu le sens de la scène finale de Matrix I.
http://jodi.org comme tentative pour rendre sensible l’interconnexion entre couche langagière et couche sensible.
La compression est un ensemble de traduction, de codification et de transformation du code binaire afin de diminuer le nombre de données nécessaire à l’affichage de l’information esthétique: changer la quantité sans que le changement de qualité soit perceptible (Aristote). La possibilité de compresser avec un important ratio les informations signifie que la machine est d’une certaine manière beaucoup plus sensible que nous. Nous ne percevons pas tous les changements liés à la compression. C’est d’ailleurs en fonction de ce niveau esthétique que l’on peut beaucoup plus compresser l’image que le son sans apercevoir les pertes de données.
Il s’agit donc là du coeur du dispositif esthétique dans le numérique, l’endroit même où les couches langagières et esthétiques se rencontrent, se croisent, se disjoignent. Compresser c’est diminuer la couche langagière en affectant le moins possible la couche sensible. Le simulacre numérique opère sur ce territoire de la traduction.
La compression a été et reste pour une part, l’une des limitations les plus productives des arts numériques. En effet, si on regarde par exemple la série Artintact (ZKM), on voit combien les artistes ont su utiliser positivement cette question de la compression. D’ailleurs la qualité d’un artiste du numérique pourrait s’envisager comme sa capacité à pénétrer le tissu de traduction langagier et esthétique et à transformer les limites techniques en possibilité esthétique. Il faudrait de ce point de vue là questionner l’usage si fréquent de la boucle comme conversion d’une limite en possible à partir de la variabilité et de l’inframince.
Que fait la compression? Les algorithmes utilisés sont multiples, les techniques variées, mais en général la compression compresse des différences. Exemple de la compression vidéo: calcule les différences entre les images, de sorte que plus une image bouge plus elle est pixellisée. Ou encore: le jpeg, plus une image a de détails plus elle est pixellisée. Il faudra se souvenir que la compression diminue les différences, elle ne s’attaque pas aux unités discrètes (les pixels par exemple) mais aux différences, aux changements et recréé donc du continu.
Faire le test avec des vidéos et des images.
La temporalité du téléchargement. Passage des données entre un serveur et un client, un support de données et une interface de sortie.
La compression en tant que telle ne veut rien dire. Elle doit être systématiquement liée à la question de la destination. A partir du moment où on a compressé, on obtient un fichier d’un certain poids en Ko, ce poids doit être converti en débit: quel débit pour recevoir ce fichier. Le débit cela peut être Internet (56k pour du RTC, 1024Ko de l’ADSL, etc) mais aussi du DVD, du CD, etc. Bref, la nature matérielle de l’inscription des données informatiques sur des supports, fait qu’on y accède selon certaines vitesses que l’on défini comme débit et qu’il faut calculer. Cette question du destinataire et du débit est encore là une question profondément esthétique, elle permet de se poser de façon technique l’envoi et la réception du travail. La question du débit c’est la question du cable fort justement posé par Miltos Manetas dans ses peintures.
Comment s’organise le workflow de compression?
1.Garantir la possibilité de toujours revenir en arrière (réversibilité de la chaîne) donc garder ses originaux. La compression est destructive.
2.Déterminer sa cible de médium et de vitesse (débit à la seconde requis).
3.Définir précisément sa méthode de compression et compresser en série quand c’est possible.
La compression est la rencontre violente, le téléscopage entre le temps et l’espace comme le montre ce projet http://www.k2.t.u-tokyo.ac.jp/members/alvaro/Khronos/
D’une façon analogue les systèmes d’exploitation (quel beau nom d’ailleurs au regard par exemple des écrits de E.Junger et/ou de Marx. Nous passons notre journée dans un système d’exploitation) que nous utilisons sont rarement réfléchis. Ils constituent tellement notre environnement quotidien que nous les oublions dans le monde environnant. Pourtant il détermine de part en part l’esthétique quotidienne, les usages et jusqu’aux intentionnalités. Un logiciel par exemple n’est pas simplement un instrument de création, mais détermine un champ de possibles, donc ce qu’on peut créer et ce qu’on ne peut pas créer. Cette détermination du possible est liée au fait qu’à la différence des autres supports artistiques le numérique inclut des couches langagières et de traduction. Un système d’exploitation informatique (OS) n’est pas neutre et du fait de son organisation métaphorique il entraîne certains modes de production et de conception. Un OS suppose souvent une certaine conception du monde (une ontologie) parce qu’il propose toujours une simulation au croisement de comportements connus et de comportements imaginaires.
L’ordinateur comme objet pop. L’ordinateur comme monde. Risque d’autoréférentialité mais ce risque est celui là même encouru par le numérique. Il faut donc courir ce risque à tout prix.
http://www.manetas.com/
http://www.kolkoz.org/
En plus de la compression et des OS, il y a les métadonnées. Ce sont elles qui constituent le sens, l’intentionnalité sémantique (exemple du travail avec JP Balpe et de la difficulté à utiliser les tags de flickr). Votre système de métadonnées sera votre accès à votre monde.
La compression comme accès au médium et sortie de la représentation. En poussant la compression, les données comme donnée brute sortent de la mimésis et de la représentation. A force de compresser, on finit par voir le médium dans sa brutalité, dans son inefficacité et son caractère arbitraire. C’est un étrange retour de la phusis au sein même de la techné.
Arborescences statique et dynamique, croisée et décroisée. Application à des fictions.
Retour aux notions de rhizome et de flux déjà envisagées la semaine dernière.
Introduction à l’esthétique de la navigation. Nous devons rendre à nouveau étranger des éléments qui appartiennent à notre environnement quotidien. Par exemple les clics, les rollovers, le scroll, etc. Tous ces éléments sont masqués par leur usage. Mais que veulent-ils dire? Qu’est-ce que tout ce monde symbolique veut dire? Comment revenir à l’étranger du monde?
Le clic comme pointer, viser, déclencher.
Le rollover comme caresse.
La popup comme advenue.
Etc.
Il faudrait, à la manière des tableaux des affects de Baruch Spinoza, établir un tableau des affects des opérations interactives.
A lire:
Etienne Cliquet, L’esthétique par défaut, 2002 (http://www.teleferique.org/stations/Cliquet/ Default/)
A voir:
Jeff Wall, A Sudden Gust of Wind (1993)
Davis Blair Wax, or the Discovery of Television Among the Bees (1991): vidéo
Daniel Rozin, Shiny Balls Mirror (2003)
http://jodi.org
http://runme.org/
http://gratin.org
http://www.annenberg.edu/labyrinth/

Jeff Wall, A Sudden Gust of Wind (1993)
29 septembre
Explication de la chaîne de compression. Photoshop CS, Cleaner 6, Dreamweaver MX.
Scénario projet I.

Miltos Manetas, #265, DOGS AND CABLES, 2006

Miltos Manetas, #250, GIRLS IN NIKE, 2005

Jim Campbell, Motion and Rest #1, 2001

Jan Robert Leegte, Selection (2006)