© 2006 Grégory

De la tra(ns)duction entre une cartographie et des voix

Un étonnant site permettant de géolocaliser les utilisateurs de skype. Préfiguration sans doute de ces futures adresses I.P. incorporées dans chaque objet technique qui modifieront en profondeur la relation entre la spatialité et ce qui est à portée de main (la technique).

Nous définissons la notion de tra(ns)duction à la suite de Simondon en l’adaptant au champ des médias numériques.

« Nous entendons par transduction une opération, physique, biologique, mentale, sociale, par laquelle une activité se propage de proche en proche à l’intérieur d’un domaine, en fondant cette propagation sur une structuration du domaine opérée de place en place: chaque région de structure constituée sert à la région suivante de principe de constitution, si bien qu’une modification s’étend ainsi progressivement en même temps que cette opération structurante (…) Il y a transduction lorsqu’il y a une activité partant d’un centre de l’être, structural et fonctionnel, et s’étendant en diverses directions à partir de ce centre, comme si de multiples dimensions de l’être apparaissaient autour de ce centre; la transduction est apparition corrélative de dimensions et de structures dans un être en état de tension préindividuelle, c’est-à-dire un être qui est plus qu’unité et plus qu’identité, et qui ne s’est pas encore déphasé par rapport à lui-même en dimensions multiples.???
(Gilbert Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, 2005)

La tra(ns)duction concerne les expérimentations qui d’une part traduisent quelque chose en autre chose (ce qui est au fondement de beaucoup de processus informatiques) et qui d’autre part, dans cette traduction, font passer certaines structures d’une part et d’autre. Ainsi les structures se répondent, s’entrecroisent, font réseau.

Pour donner un exemple, La révolution a eu lieu a New York, traduit des mots (générés) en images par l’intermédiaire du site Google. Cette traduction est transductive dans la mesure où ce qui est narré dans les mots eux-mêmes concerne l’information, un certain état du monde, celui de Google et des Etats-Unis. Ce qui pourrait être apercu comme un déficit dans la traduction entre le texte et l’image, puisqu’il ne saurait y avoir d’image traduisant parfaitement un texte et réciproquement, produit un écart qui fait émerger une nouvelle signification. Simondon en ce domaine nous est extrêmement précieux car les concepts d’auto-différenciation, de déphasage, etc. permettent de comprendre comment les erreurs, les bifurcations, chemins de traverse sont autant de possibles.

« Discours, figure » de Lyotard, malgré son apreté méthodologique, permet de comprendre comment la différenciation, jamais acquise, toujours différée et rejouée, entre les discours et les figures, est un élément majeur de la production artistique.

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