
Il y a des travaux artistiques intentionnels sur Internet. Ils se présentent selon le plan d’un mode d’emploi qui peut être explicitement placé en première page, ou être implicite. Ils ne dépassent pas l’intention de leurs auteurs (il n’y a rien d’autre à voir que le visible, on ne dépasse pas le cadre de la maxime minimaliste mais sans le désaccord entre la maxime et la phénomélogie de l’oeuvre dans le cas présent). C’est par exemple le cas de ces travaux où un texte en première page annonce ce qu’il y a à voir, et ce qu’il y a à voir se voit en 5 secondes et se réduit à cet instant. La perception ne rentrant pas en conflit avec le concept annoncé. Bien souvent le « contenu » (il faut bien utiliser cette notion pour se tenir près de l’intention) est médiocre, fait d’idées convenues et politiquement correct (contre la guerre, pour la liberté, contre la marchandisation de l’être humain, etc.)
L’intention peut encore être implicite, mais dans ce cas le travail se résume également à une vision de quelque secondes. On a tout de suite compris, ou presque. Par exemple on donne un titre « oeuvre » et on accumule une centaine de signatures diverses voulant sans doute indiquer que la réalité phénoménologique de l’oeuvre se réduit en fait à une simple signature, à une valeur marchandée de l’ego. Peu importe que cette idée soit un lieu commun. Peu importe que cette idée ne soit qu’une idée finalement et n’atteigne jamais le domaine des percepts.
Il y a d’autres travaux que je nommerais extensifs. Ils peuvent bien être conceptualisés et s’articuler autour de notions. Mais celles-ci ne viennent jamais à bout (par le bon bout) du travail car ce dernier se confronte à l’étrangeté des perceptions. Ils sont extensifs dans la mesure où souvent leurs formes même est différenciées selon le sujet traité (une grande ressemblance dans la forme n’est pas un bon signe) et où ces formes sont étendues, distendues, diversées, intensifiées. Il peut y avoir une certaine démesure, non comme absolu, mais comme relativité des formes mêmes. Elles sont imparfaites et témoignent de leur imperfection, c’est-à-dire de leur devenir.
La question de l’image consiste dans le fait de produire une différenciation au sein même de la représentation, une dialectique non synthétique entre forme et informe. Cette dialectique a pour ennemi la reconnaissance anticipable de l’intention de l’artiste qui devient publicitaire produisant, comme on dit, des « concepts » non des percepts.
