29 juin

The World of Spooky Ghost

Un faux-squat, vision de DJ Spooky manipulant ses platines. Je suis amusé d’un côté par la performance, ses mains sont immenses et il fait preuve d’une certaine dextérité. Mais d’un autre côté, énervé, par la supercherie ou disons le choix. Spooky: musique diablement commerciale, tonale (ce qui est amusant de nos jours!), un mix de hip hop et de techno, allant parfois jusqu’au disco pur et simple (passons…). Et puis sur un écran des images, mais aucune relation entre celles-ci et le son, c’est-à-dire seulement des séquences Quicktime linéaire qui s’enchaînent et qui doivent illustrer la musique, kitch des images qu’on nommera « post-modernes » (pauvre Lyotard). Disons qu’aujourd’hui il y a deux axes: culture du mix et du sample qui ne cesse de digérer la modernité (souvenez-vous des ruminants chez Nietzsche) et l’axe du programmatique, disons musicalement Mego et Mille Plateaux pour simplifier + la musique électro dite savante et visuellement la relation programmatique entre l’image et le son, disons, là encore pour simplifier, Nato sous Max/MSP. Chez Spooky tout est question de positionnement: la musique n’est pas particulièrement contemporaine même s’il y a quelques beaux passages bruyants où le son se déstructure, par contre comme DJ il se positionne dans le champ de l’art contemporain, de sorte que quelques journalistes (des cinquantenaires dépassés par les événements et qui veulent faire jeunes, ou les branchés trentenaires qu’on nommait des minets il y a quelques années) s’en donnent à coeur joie. Ce soir, Ghost World, film terriblement nostalgique sur l’adolescence. J’adore les films de teenagers, c’est un plaisir puéril. Mais tout se joue là, à cet endroit où l’oeuvre était impossible. L’actrice principale ressemblait terriblement, presque jusqu’à la caricature, à une de mes ex (lointaine, si lointaine). Bien sûr tout se joue là, tout s’est joué là. Nous le savons. A présent je répète d’une manière absurde les quelques fulgurances de mon adolescence, je m’en souviens mais je ne les vis plus. C’est une supercherie là aussi. Mais d’un autre ordre. Depuis quelques années l’adolescence est terminée: je suis productif, je fais mes quelques oeuvres par an, on peut les voir, on peut même les analyser, elles sont là. Auparavant plein de projets possibles, mais irréalisables alors qu’ils semblaient absolument nécessaires, si évidents, si présents. Il me faut à nouveau rendre impossible mon travail.

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