29 oct

« Vous »

On s’adresse de plus en plus souvent à moi en disant « vous »" Mais c’est bien autre chose qu’un vouvoiement. « Vous » les français, « vous » les européens, « vous » les juifs, « vous » les artistes, que sais-je encore? Ce qui semblait il y a quelques années obscène et impossible à prononcer est devenu aujourd’hui banal. L’Occident revient sûrement à ses vieux démons. On connaît bien la logique meurtrière et négatrice de ce « vous » qui réduit l’individu à n’être qu’une composante d’une totalité fantasmatique (on invente toujours les motivations du « vous »). On sait bien la haine (de soi) qui structure ce vous et qui permet en retour de constituer un « nous », de croire savoir qui on est finalement et de se rassurer de sa propre identité. C’est la logique des guerres et des génocides (cette terrible notion des « avoisinants » durant le génocide au Rwanda), à laquelle on s’habitue de plus en plus en banalisant l’usage de ces « vous », de ces « nous ». Le meurtre de masse commence toujours par le langage. Substitution de ton langage par mon langage, négation de ta bouche, de ton souffle, de ce qui inspire et expire, de ce battement hors de moi qui est toi. Si nous en restions simplement aux individus, à cette logique irréductible. Si nous en restions aux flux. J’y resterais donc, même si tout est en train de se déplacer autour de moi et que le temps des meurtres revient. J’y resterais donc sans aucun idéalisme seulement pour rester collé à la singularité biologique dont parlait si bien Robert Antelme, et qui permet nos rapprochements distants.

One Comment

  1. 1
    Hortense
    1 novembre 2006 at 12:53
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    Trés bonne analyse de cette question du « nous/vous » dans « Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides », Le Seuil, 2005 de Jacques Semelin.

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