Qu’est-ce donc? Le 11 septembre? Le sentiment d’une époque? Qu’est-ce donc? Quelque chose est fini. Nous ne le savons pas encore, mais c’est déjà derrière nous. Qu’est-ce donc? Les oeuvres d’art contemporaines étaient depuis depuis trois décennies réactives. Remâchant jusqu’à l’écoeurement ce qui existait par ailleurs (Nietzsche). Venant après-coup, après les images de la publicité, après tous les clichés, après la culture pop. Ce fut l’hybridation entre l’art, la mode, le design, les médias. L’art branché, hyper où il fallait surtout être léger, discussion dans un café où on a une idée vite réalisée, superficiel, ne pas se prendre trop au sérieux. Cette époque, passée dont l’ombre durera sûrement plus longtemps que la vie même, où les artistes introduisaient dans le flux médiatique d’insignifiants objets pour détourner, décaler un peu l’attention. Paradoxe de toutes les critiques du système dans le système. Comment ne pas être dévorer par ce dernier? Résultat: être blasé. On a tout vu tout entendu, puisqu’il n’y a plus rien à voir et à entendre. Mais seulement voilà. Qu’est-ce donc? Le bruit de l’information ne nous submerge plus. Nous n’y croyons plus. Nous ne croyons plus que l’information soit auto-référentiel et se structure dans sa genèse même. Nous ne sommes plus sûr que ce monde, des médias, du bavardage, de la célébrité, nous concerne encore. Quelque chose est terminée. Cette chose continuera encore et encore, au-delà de sa fin. La relation au référent est changée. Non pas un retour à l’autorité du référent vrai. Seulement le monde, les mondes qui nous entoure. Absence de croyance dans l’information qu’on nous délivre, indifférence. S’amuser. Trouver super qu’un musée se transforme en dance floor? Quel intérêt? Quelle exigence? Il ne s’agit plus de ré-agir, après-coup, de venir, tard-venu, critiquer, intérioriser ce qui est, le monde médiatique où nous croyons vivre. Nous en avons soupé de ces choses-là. Plutôt décider de proposer naïvement des mondes, des imaginaires, bref d’autres modalités de schématisme (Kant). Ces oeuvres qui proposeront ces mondes seront anachroniques à toute époque, n’appartenant pas à des catégories esthétiques passées, elles ne seront jamais dans la tendance dominante, car seulement à écouter par des individus singularités, s’adressant en particulier, plutôt qu’à une mouvance (parisienne, berlinoise, londonienne, new-yorkaise…). Responsabilité du regardeur (Daney) qui pourra décider de rester ou de partir, de s’accorder ou de refuser. Responsabilité opposée à la logique de l’effet dominante dans l’art actuel (déjà passé pourtant), logique de l’effet où on veut soit critiquer-réagir-intérioriser, soit proposer un peu d’une ridicule poésie comme part non-maudite de notre société (voir beaucoup de performances actuelles). Et toujours Lynch qui a cette capacité de proposer des univers. Accord ou désaccord nous pouvons choisir, perméable ou imperméable une possibilité de partage s’ouvre car il y a une proposition et pas seulement une réaction. Relire donc Nietzsche et penser que les oeuvres ne sont pas l’expression d’un monde partagé, plutôt l’invention de mondes, et que le partage est possible, sans jamais se réaliser.
30 jan
By Grégory. Posted 30 janvier 2002 at 6:13 . Filed under Théorie. Permalink. Subscribe to this post’s comments.
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