© 2006 Grégory

Temporalité et agitation

Le temps est rythmé par des processus sociaux dont les institutions scolaires, économiques et politiques sont les incarnations. Ce temps social a une certaine vitesse fort différente du temps de l’individuation, c’est-à-dire de la temporalité qui permet à l’individu de s’individuer, d’être en mouvement et en devenir.

De longues pauses, des silences, des arrêts non-motivés. Ils font du sur place sans pouvoir tenir en place, sans savoir pourquoi. Certains doivent s’arrêter ainsi de longs mois, de longues années avant de « repartir ».

Ce n’est pas que ce second temps est plus lent, c’est plutôt qu’il est structuré autrement, c’est sa mesure même qui est différente, répondant à d’autres critères, à d’autres articulations. Il n’est pas chronologique, il fonctionne par bond, retour, retournement, inflexion, palpitation, expiration et inspiration, démesure entre les causes et les effets, etc. Le fait est que l’agitation sociale est une façon de contrôler (sans que ce contrôle soit une intention volontaire d’une force quelconque) les temporalités individuantes, de les faire taire. Bien sûr ça explose parfois.

Que reste-t-il donc à une personne lorsqu’il passe sa vie à l’école, au travail, au sein d’un groupe familial et lorsqu’il se prend réellement au jeu de ces agitations? Que lui reste-t-il donc comme temps? On retrouverait là l’analyse heideggerienne sur l’inauthenticité, manière de voiler l’angoisse individuante. Toutefois, là où cette analyse même est mise en défaut réside dans la co-originarité de la temporalité individuante et des temporalités instituantes, car celles-ci sont techniques. C’est ce que D. et G. démontrent lorsqu’ils nous rappellent le jeu de l’enfant qui s’imagine en pirate avec une jambe de bois, une jambe-technique, qui joue ce pirate, qui est cette jambe, qui s’individue dans ce jeu même où il perd ce que ses parents croient qu’il est, un simple enfant.
La technique en ce sens ne fait pas chuter dans l’inauthenticité le Dasein, il est le Dasein. Le sens même de cette copule restera à préciser. Cette inextricabilité individuation/technique, ce corps-machine, est sans doute l’idée intéressante du dernier livre de Maurice Dantec.

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