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	<title>Gregory Chatonsky &#187; éthique</title>
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		<title>La vérité de l&#8217;amour</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Oct 2008 23:20:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Peut-être cela peut-il sembler idéaliste de parler de vérité en amour et de distinguer celle-ci des petits arrangements, des lâchetés infimes, des négociations avec soi-même. Car l&#8217;amour est aussi dans ces simulacres, dans ces effets de mise en scène, dans ces drapés. Mais supposons un instant qu&#8217;il y a une vérité de l&#8217;amour, de l&#8217;amour singulier, relation toute particulière à une personne particulière dans un temps et un monde particuliers. Nous ne savons pas ce que signifie vérité. Laissons cela et rêvons un peu de cette utopie.</p>
<p>Au cours de la relation elle-même, il est toujours difficile de distinguer l&#8217;amour du narcissisme, le fait d&#8217;aimer l&#8217;amour ou d&#8217;aimer cette personne en particulier. Pour beaucoup, il ne s&#8217;agit que d&#8217;un support de projection à des envies qui sont sans rapport avec les singularités. Envie d&#8217;être avec quelqu&#8217;un dont on est fier. Envie d&#8217;être soutenu. Envie de faire un enfant comme les autres. Il y a toujours un retour sur investissement: j&#8217;aime d&#8217;être aimé, je suis aimé d&#8217;aimer, etc.</p>
<p>La vérité de l&#8217;amour serait toute autre, une utopie vous dis-je, posons la comme une hypothèse: le désintéressement. Que reste-t-il de l&#8217;amour sans narcissisme? Et quel serait le dehors concret de ce narcissisme? A quoi se rattacherait-il? Sans doute, à la séparation et en ce sens nous comprenons que la vérité de l&#8217;amour est dans la séparation, justement quand il ne reste plus rien, plus d&#8217;intérêt narcissique à aimer ou à être aimé. Que reste-t-il de l&#8217;amour quand c&#8217;est terminé? Que reste-t-il de l&#8217;amour quand il n&#8217;y a plus d&#8217;investissement? Que lui reste-t-il sans l&#8217;amour? C&#8217;est sans doute en ce point qu&#8217;il y a quelque chose qui articule l&#8217;anonyme et le singulier.</p>
<p>Le paradoxe semble évident car comment demander à quelque chose son essence au moment même ou elle disparaît? Nous pouvons tracer là une analogie entre la relation vie-mort et amour-séparation. Il n&#8217;est pas nécessaire de démontrer ici que la mortalité définie notre horizon et notre temporalité, c&#8217;est d&#8217;ailleurs pourquoi la mort approchant le temps semble se raccourcir. Ce qu&#8217;il importe de voir c&#8217;est la fonction révélatrice de la disparition car avec elle on peut voir les traces, ce qui reste, vestiges stratifiées, la vie n&#8217;a peut-être jamais été aussi présente que dans ces ruines. Ce n&#8217;est pas une passion mortifère, un désir de la fin, ce fameux petit mécanisme intellectuel de la relève, de ce qui boucle entre l&#8217;origine et la fin. C&#8217;est bien autre chose.</p>
<p>Nous demandons: que reste-t-il de l&#8217;amour à sa fin? Sommes-nous encore capable d&#8217;aimer au-delà de l&#8217;amour intéressé? Avons-nous cette grandeur, cette distance qui nous place au milieu? Sommes-nous capable de dépasser les blessures narcissiques pour aimer l&#8217;autre sans rien lui demander, en se demandant seulement à nous-mêmes cet amour-là?</p>
<p>Il n&#8217;y a à mon sens rien de plus lâche que de retourner sa veste quand la séparation a eu lieu. Pendant des années une vie partagée, le mot amour répété, les caresses, la douceur et l&#8217;intimité, cette proximité. La séparation a lieu. Une incompatibilité de caractère, ou d&#8217;autres raisons. Passons. On va alors devoir constituer la mémoire de cette relation, son archive, sa classification. La plupart des gens vont alors avoir la politique de la terre brûlée: cet amour ne valait rien, d&#8217;ailleurs la preuve il est fini et ce n&#8217;est pas pour rien! Peu importe qu&#8217;il ait répété à l&#8217;autre, jusqu&#8217;à la fin, je t&#8217;aime, je t&#8217;aime, je t&#8217;aime. Ils l&#8217;oublient puisqu&#8217;il faut survivre et qu&#8217;on ne survit, pour certains, qu&#8217;à coups de colère. Il n&#8217;y a rien de plus lâche, c&#8217;est-à-dire de cette inhumanité qui biffe l&#8217;humain en tant que reste, que d&#8217;ainsi relire l&#8217;amour comme s&#8217;il n&#8217;avait rien été. Second paradoxe: si la séparation est la vérité de l&#8217;amour, elle est aussi ce qui empêche l&#8217;accès à cette vérité parce qu&#8217;elle constitue une archive de l&#8217;amour dédiée au présent de la survie.</p>
<p>Il n&#8217;y a aucune solution dans cela, simplement un problème dont la tension irrésolue doit devenir une éthique: rester proche de ceux qui sont le plus distant, de ceux que nous avons distancés. Mais surtout, amener cette éthique amoureuse de la séparation dans la relation amoureuse elle-même, non pas pour hanter celle-ci de sa fin, mais parce que, tout comme la vie ne se vit que la possibilité de la mort, comme privation et donc urgence, l&#8217;amour ne se gagne qu&#8217;à aimer l&#8217;autre dans la possibilité de la séparation. Savoir que même si tout s&#8217;arrête, tout continu. Bien sûr ceci s&#8217;oppose aux normes sociales qui structurent les flux amoureux selon des postures précises: être avec quelqu&#8217;un ou pas. Mais peu importe, sans tenir cette éthique, la possibilité de cette absence respectée, de ce désamour qui ne détruit pourtant pas son coeur, le sentiment amoureux ne serait qu&#8217;un piètre retour sur soi.</p>
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