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	<title>Gregory Chatonsky &#187; facebook</title>
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	<description>Notes et fragments</description>
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		<title>I would have liked to be one of you (2009)</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2009 21:10:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internet]]></category>
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		<category><![CDATA[facebook]]></category>
		<category><![CDATA[vol]]></category>

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		<description><![CDATA[Dérobez les noms et les statuts de ses &#171;&#160;amis&#160;&#187; pour les afficher sur son propre compte.
Steal statutes and names of your friends on Facebook.
http://incident.net/works/oneofyou
http://www.facebook.com/apps/application.php?id=87776119009&#38;ref=mf
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dérobez les noms et les statuts de ses &laquo;&nbsp;amis&nbsp;&raquo; pour les afficher sur son propre compte.</p>
<p>Steal statutes and names of your friends on Facebook.</p>
<p><a href="http://incident.net/works/oneofyou">http://incident.net/works/oneofyou</a></p>
<p><a href="http://www.facebook.com/apps/application.php?id=87776119009&amp;ref=mf">http://www.facebook.com/apps/application.php?id=87776119009&amp;ref=mf</a></p>
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		<title>We are the providers</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Jun 2009 21:46:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[facebook]]></category>
		<category><![CDATA[social]]></category>

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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les réseaux sociaux nous demandent de mettre à jour nos statuts selon un rythme de plus en plus rapide. Nous devons être actifs, alimenter le socius, pour pouvoir à notre tour observer la déferlante, c&#8217;est-à-dire l&#8217;empilement incessant des réponses à ce mot d&#8217;ordre. Il faut que cela coule, qu&#8217;une phrase en chasse une autre comme dans le déséquilibre de la marche. Générosité? Narcissisme? Grégarité? On peut analyser cette exigence d&#8217;un point de vue technologique, mais on aurait tort de se limiter à ce point de vue qui resterait instrumental et qui sous-estimerait l&#8217;impact existentiel.</p>
<p>Lorsque Facebook, avec son angélisme politique (on ne peut qu&#8217;aimer sur Facebook), nous demande d&#8217;alimenter la vie du site en inscrivant des fragments de nos vies supposées dessus, cette alimentation bouleverse nos existences. Les artistes de la performance des années 70, et en tout premier lieu Dan Graham avec &laquo;&nbsp;Past Future Split Attention&nbsp;&raquo; (1972), ont largement problématisé les structures langagières performatives, &laquo;&nbsp;Quand dire c&#8217;est faire&nbsp;&raquo;. En est-il autrement sur Facebook quand croyant inscrire ce qui se passe dans nos vies, nous vivons sur Facebook et nous observons dans une boucle inchoative cette autoactivité?</p>
<p>Alimenter un réseau social est une question politique. Elle concerne la manière dont les discours s&#8217;élaborent, dont chacun se présente aux autres, dont chacun peut observer les autres. Elle configure la relation du public et du privé pour coder et décoder le socius, de quelles façons ça coule ou ça s&#8217;arrête de couler. Tout un peuple vit sur Facebook, observe son prochain connu ou moins connu. Le langage y est intégralement impliqué. Modifier et montrer les limites critiques des conditions de ce transfert (ma vie, mon clavier, mon réseau social) est l&#8217;objet de &laquo;&nbsp;I would have liked to be one of you / J&#8217;aurais aimé être un d&#8217;entre vous&nbsp;&raquo; (2009) et d&#8217;autres travaux du même ordre &laquo;&nbsp;<a href="http://incident.net/works/feed_me/" target="_blank">Feed Me</a>&nbsp;&raquo; (2009) et &laquo;&nbsp;<a href="http://incident.net/works/becoming/" target="_blank">Becoming</a>&nbsp;&raquo; (2009). Chacun pose le circuit d&#8217;alimentation des réseaux sociaux et essayent de l&#8217;automatiser en partant du principe que le réseau se nourrit de lui-même (élaborer une catégorie de netart nommée eat myself).</p>
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		<title>Éditer les détails</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Aug 2008 11:14:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[base de données]]></category>
		<category><![CDATA[boucle]]></category>
		<category><![CDATA[existence]]></category>
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		<category><![CDATA[procès]]></category>

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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je reçois un message :<br />
<a href="http://www.facebook.com/n/?reqs.php#socialmap">http://www.facebook.com/n/?reqs.php#socialmap</a></p>
<p>Je clique et je peux lire :<em><br />
You lived in Montréal from 2006 to 2008.<br />
</em><em><span lang="EN-US">You dated from 2005 to 2008.<br />
Can you confirm these details are <strong>true</strong>?</span></em></p>
<p>Visiblement on me demande de confirmer ou d&#8217;infirmer quelque chose. On me parle aussi de vérité, de ce qui s&#8217;est véritablement passé. Cette vérité est liée à des dates chiffrées. Il y a 2005, 2006 et 2008 répétés deux fois. Il y a des verbes (To live, To date), un lieu (Montréal). Ce sont des détails. Je sais de quoi il s&#8217;agit et en même temps je me demande de quoi il s&#8217;agit vraiment. Les deux coexistent, cette connaissance et cette ignorance. Je n&#8217;arrive pas à faire le lien entre les deux, à savoir ce que je sais et ce qui reste ainsi dans cette demande inconnu.</p>
<p>Intuitivement je ne clique pas, pas encore, je suspend ma réponse et je réfléchis, non comme un déni de la situation, mais parce qu&#8217;entre ce que j&#8217;ai vécu avec elle et cette inscription, cette demande d&#8217;inscription sociale, il y a un désaccord que rien ne viendra résorber. Les faits sont exacts, les dates aussi sans doute (même si je n&#8217;ai pas cette forme de mémoire chronologique). Montréal me dit effectivement quelque chose, j&#8217;y ai vécu, j&#8217;y vis encore. Comment pourrais-je le nier? Mais puis-je confirmer que ces détails sont vrais ? La formulation même de cette question me fait penser à une forme juridique, à un procès dans lequel on tente d&#8217;accorder différents témoignages. D&#8217;ailleurs pour que ces événements soient mémorisés dans Facebook, il faut que je les confirme. Plus exactement, il faut trois choses, qu&#8217;une personne les écrivent, envoie la demande de confirmation à un tiers et que cette confirmation ait lieu effectivement. L&#8217;ensemble de ce processus est langagier, il a affaire avec l&#8217;écriture. Tout ceci est empli de suppositions, sur ce qu&#8217;est la vérité : au moins deux personnes doivent s&#8217;accorder sur des faits. Mais ces faits, vivre ensemble, s&#8217;aimer, partager un moment de vie, sont-ils accordables ? N&#8217;est-ce pas l&#8217;inaccordable même entre deux personnes ? N&#8217;est-ce pas la situation même du différend que l&#8217;on ne peut chercher à résorber que par la construction et l&#8217;imposition d&#8217;une autorité langagière sous la forme d&#8217;un métalangage ?</p>
<p>La confirmation aura des conséquences sur ma « carte sociale ». Cette carte permet de retracer certains événements sociaux de mon existence, mes amitiés, mes amours, mes activités professionnelles, que sais-je encore. Cette carte appartient à FB. Elle pourra, si on le décide, être recoupée à d&#8217;autres informations inscrites dans la base de données de FB. Le temps que j&#8217;ai passé sur ce site, les messages envoyés et reçus, les sites que j&#8217;ai été voir avant ou après l&#8217;utilisation de FB, etc. En recoupant ces différentes informations, on pourra (mais qui « on » ?) déduire sans doute un certain emploi du temps, certaines préférences, certains affects. Dans 10 ans, dans 20 ans, j&#8217;aurais sans doute oublié tous ces sentiments, tous ces événements, tout ce moi ancien qui n&#8217;existera plus que dans les déductions faites à partir d&#8217;une base de données privée appartenant à une entreprise. L&#8217;inscription perdra son inscripteur, son référent, je suis pris dans un devenir, je ne serais plus le même, et elle deviendra quelque chose d&#8217;unique, de singulier, une trace, souvenir d&#8217;une époque passée.</p>
<p>Pour que cette inscription démesurée et inédite dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité ait lieu, inscription des anonymes que nous sommes, inscription mettant en défaut tout idéal artistique de faire histoire, il faut se mettre préalablement en accord sur les faits. Nous nous sommes aimés de 2005 à 2008. Nous avons vécu à Montréal de 2006 à 2008. Ma confirmation permettra d&#8217;en finir avec cette relation puisque ceci sera non seulement rendu public, mais ceci fera aussi parti de sa carte sociale comme de la mienne à l&#8217;avenir. Nous pourrons alors exhiber la preuve de notre amour et de notre relation. « Vous voyez je l&#8217;ai aimé et elle m&#8217;a aimé » puis qu&#8217;elle a et que j&#8217;ai confirmé cet état de fait.</p>
<p>Faisons à présent un effort, délaissons la structure technique pour revenir au sentiment tendu de la séparation, dans cet aller et retour que nous tentons de ménager au fil de ce blog depuis plusieurs semaines. À l&#8217;intimité succède l&#8217;infini de la mise à distance s&#8217;écartant toujours d&#8217;elle-même, écart s&#8217;approfondissant comme une promesse non tenue. Ne sentons-nous pas alors que cet amour a été comme rêvé ? N&#8217;avons-nous pas un doute profond sur la réalité de ce que nous avons vécu, le sentiment si intense d&#8217;une absurdité de la distance comme si son articulation à l&#8217;intimité faisait défaut ? Comment pouvons-nous passer de cette si grande proximité à cette distance si froide, si réglée, si définitive ? Comment le possible a-t-il pu ainsi se refermer ? Quelle est cette ligature du devenir ? En retour, comment avait-il pu avoir lieu s&#8217;il a pu ainsi se refermer ? La proximité amoureuse nous semble alors appartenir à un autre temps, à un autre moment de notre existence qui s&#8217;est détaché de nous. Si je confirme les faits, pourrais-je à l&#8217;avenir les rééditer ? Pourrais-je revenir sur les faits et dire par exemple que nous ne nous sommes pas vraiment aimés ? Pourrais-je réactualiser le passé dans le présent puisque le passé amoureux est toujours une promesse ? Pourrais-je en somme être en accord avec ce retour incessant que chacun de nous réalise secrètement dans la mémoire de nos relations amoureuses ? Et si je ne peux revenir dessus, si je ne peux modifier cette inscription réalisée à un moment donné, dans un certain état d&#8217;esprit qui peut toujours changer, cela ne voudrait-il pas dire que le récit ainsi fait est inévitable et chronologique ? FB est une certaine modalité d&#8217;inscription autobiographique ou la réalité de ce qui a eu lieu s&#8217;élabore à partir de la confirmation entre plusieurs personnes sur des faits. FB est un récit dont les règles implicites modélisent l&#8217;accès à ce que nous avons été.</p>
<p>Je clique sur « Ignore ». Je ne confirmerais pas ces faits, non parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas eu lieu, mais parce que le fait même de la confirmation n&#8217;est pas neutre, elle serait performative et produirait des effets dont les répercussions me semblent en désaccord profond avec la réalité existentielle de ce qui a eu lieu. Il y a deux boucles : la première est fondée sur l&#8217;inscription confirmée dans une base de données, la seconde est basée sur l&#8217;inscription changeante de notre mémoire. La première est un fantasme d&#8217;un retour intégral de notre existence, car la base de données porte en elle cet absolu fantasmatique et c&#8217;est pourquoi il faut que plusieurs personnes confirment et s&#8217;accordent sur les faits comme pendant un procès. La boucle est un retour du même. Elle est le procès de l&#8217;histoire, au sens hégélien, en train de se faire. La seconde n&#8217;est pas une inscription définitive, d&#8217;ailleurs elle ne s&#8217;inscrit sur aucun support. Elle est inscription si et seulement si je fais et je refais retour vers elle, si par exemple le matin encore somnolent je convoque le souvenir d&#8217;une peau et d&#8217;un désir, un sourire, la courbe d&#8217;une hanche. Elle n&#8217;existe que dans ce temps, ni présent ni passé, dont Proust parlait. La boucle est un retour de la différence, de cet écart du temps entre l&#8217;intimité passée et l&#8217;indifférence présente.</p>
<p><em><span lang="EN-US">Can you confirm these details are <strong>true</strong>?</span></em></p>
<p>Cette question est la forme de l&#8217;inscription existentielle par défaut. Or, on sait bien que l&#8217;inscription et l&#8217;existence même entretiennent des liens forts. La manière dont j&#8217;inscris ma vie, modèle pour une grande part ma vie. Le récit que je réalise performe l&#8217;avenir de ce qui sera raconté. Ai-je le désir que ce que j&#8217;ai vécu appartienne à FB ? Que les règles d&#8217;inscription soient celles décidées par FB ? Ou est-ce que je préfère rester dans la ligne de fuite d&#8217;un problème en disant : « Nous nous sommes aimés ? », question à jamais tenue vers l&#8217;autre.</p>
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		<title>Dans le silence du réseau</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Jul 2008 00:42:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Adolescent je n&#8217;ai jamais tenu de journal intime pour y raconter mes secrets et mes colères inavouables. Tout juste me suis-je envoyé à moi-même une ou deux lettres à décacheter 10 ans plus tard, serment fait à soi, lettres que j&#8217;ai bien sûr perdues. Je vis à présent une situation pour le moins paradoxale que je ne peux m&#8217;éviter d&#8217;analyser et donc d&#8217;une certaine manière de suspendre. Est-ce là une façon de la distanciation? Ou est-ce seulement que ce qui m&#8217;arrive autobiographiquement, et encore faudrait-il savoir ce qu&#8217;est cet auto, cette bio et cette graphie, joue sur une scène publique ce qui s&#8217;était joué en cours lorsque j&#8217;avais enseigné à l&#8217;université sur le thème de l&#8217;inversion du public et du privé.</p>
<p>Mon idée, comme depuis longtemps, est de démontrer que les technologies sont entrelacées à nos affects et que si historiquement elles proviennent d&#8217;une volonté rationnelle, celle-ci est hantée de part en part par les sentiments et pour tout dire par le pathos. La dénégation de celui-ci semble être une marque de notre époque qui alterne entre l&#8217;affirmation de l&#8217;individu et le rejet de celui-ci jusqu&#8217;à la fêlure victimaire.</p>
<p>La séparation, même lorsque celle-ci est voulue, reste un événement mystérieux chez l&#8217;individu. On peut bien sûr jouer le rôle de celui très terre à terre la ramenant à un événement parmi d&#8217;autres, mais il n&#8217;empêche qu&#8217;elle met en jeu certains mécanismes fondamentaux, la relation à l&#8217;autre, à soi, à l&#8217;amour, à l&#8217;abandon, à la solitude, à la rencontre. Il y a dans la séparation quelque chose que l&#8217;on tente d&#8217;oublier car on essaye de passer à travers et de faire en sorte de sortir de ce mauvais moment. Mais ce moment est pourtant révélateur de ce dont nous sommes d&#8217;une manière très spécifique que nul autre événement n&#8217;est à même de faire apparaître. Il ne faut donc pas tourner la page si vite, il faut laisser cette page un peu suspendue en l&#8217;air, hésitante sur la face de sa tombée, question de la tranche et de ce qui tombant ainsi tranche, coupe, aiguise. Restons un moment dans ce flottement.</p>
<p>La séparation est manque, absence de communication, arrachement à l&#8217;autre aimé et même si on ne l&#8217;aime plus (et qu&#8217;est-ce que signifie alors que de ne plus aimer?), il fait défaut, quelque chose insiste. Cette chose est sans doute cette étrange répartition entre l&#8217;idéalisation de l&#8217;amour (vouloir aimer et être aimé anonymement) et l&#8217;accidentel de l&#8217;amour (aimer cette personne en particulier). Il va de soi que cette répartition est au net désavantage du second car, on s&#8217;en rend bien compte quand tout prend fin, il ne reste pas grand chose de l&#8217;autre une fois que l&#8217;idée de l&#8217;amour s&#8217;est évanouie et qu&#8217;elle a été transféré sur une autre corps et un autre destin.</p>
<p>La séparation ouvre donc une lacune qui empêche le langage: il faut un moment ou on ne parle plus, ou on laisse le temps faire son oeuvre, cicatriser les plaies, ou l&#8217;autre nous ignore comme nous l&#8217;ignorons. Cette ignorance dans laquelle nous souhaitons nous maintenir pour entériner la séparation ne va pas de soi (il peut aller de soi dans le présent mais l&#8217;après-coup est alors encore plus violent), elle est problématique car elle met en jeu ce que nous sommes, dans toutes les tensions laissées à cet être, de désir, de corps, de pensée, de volonté, de lâcher-prise, de passivité, etc. Il y a le secret de ce que nous sommes là, secret qui est sans langage, indécelable, secret de rien, secret idiot et infiniment solitaire.</p>
<p>Que se passe-t-il quand cette ignorance est ouverte par un support ou les gens inscrivent leurs affects quotidiennement? Que se passe-t-il quand la distance souhaitée ne peut être maintenue car une partie de la vie sociale, et donc amoureuse, est présentée aux yeux de tous et surtout de soi? Que reste-t-il alors de la solitude? C&#8217;est sans doute l&#8217;effet très paradoxal de Facebook que de publiciser la vie sociale et amoureuse et de laisser les amants passés dans le secret de cette communication? Il y a là une monstruosité intéressante, l&#8217;inscription de nos affects et de nos socialisations entraînent une guerre des esprits amoureux qui ne sont jamais en paix. Chacun sait que telle personne est avec telle personne, se sépare et va, quelques jours plus tard, avec telle autre personne qui sera également séparée, qui elle-même rencontrera. Il faudrait tracer le réseau de toutes ces rencontres, de toutes ces séparations menant à d&#8217;autres rencontres s&#8217;arrêtant un instant, pour fonder une famille, puis reprenant quand les blessures mal résolues reviennent et que l&#8217;idéalisation amoureuse se craquèle.</p>
<p>Réaliser un graph amoureux est sans doute impossible sans l&#8217;accord de l&#8217;entreprise nommée Facebook à laquelle appartient l&#8217;accès de tous ces destins, l&#8217;accès et la répétition. En ayant accès à la base de données Facebook, et non pas seulement au présent de son actualisation dans les mini-feeds, sans doute pourrait-on garder la trace des sentiments amoureux mondiaux, de ces flux qui circulent d&#8217;être en être. Et sans doute que l&#8217;époque première que nous vivons prendra fin, on ne laissera plus ensuite dans son profil d&#8217;indices de sa vie privée de peur de voir sa vie révélée lors d&#8217;un effondrement. La question est de savoir ce que donne à voir Facebook. Pour quelles raisons nous donnons à voir ce qui finalement nous regarde, pour paraphraser un livre fameux d&#8217;Esthétique. Cette réversibilité de celui qui voit et ce celui qui est vu dans la publicisation du privé modifie en profondeur nos existences dans ces moments si intimes de la rencontre et surtout de la séparation.</p>
<p>Le retrait doit-il être la réponse? Que signifierait alors de se mettre en retrait de ce type de socialisation pour protéger son intimité? Quel centre voudrions-nous alors protéger? Il y a là à travailler et à penser ce phénomène d&#8217;inscription sociale qui donne à voir la part la plus intime. Il s&#8217;agit d&#8217;un capitalisme des affects car ce que souhaite l&#8217;entreprise Facebook c&#8217;est générer du trafic convertible en consommation publicitaire et donc en argent. Il n&#8217;y a là aucun machiavélisme, aucun plan général trafiqué par on ne sait quelle puissance occulte. Il n&#8217;empêche que le résultat est là, nous nous livrons, et moi le premier, à cette entreprise de publication de la vie privée pour y attirer le regard de ceux qui passent.</p>
<p>Il faut faire le récit de cette séparation sur Facebook, des signes et des échos, de cette vie-là. C&#8217;est la nôtre.</p>
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		<title>D&#8217;une intimité perdue</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jun 2008 22:13:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
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		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Donc voilà c&#8217;est fait, mon profil Facebook a changé et c&#8217;est un peu ridicule, car pendant plusieurs jours j&#8217;ai essayé sans y parvenir. Craignant que par cet acte quelque chose de définitif, qui par ailleurs avait déjà eu lieu, se réalise. Il y avait quelque chose de magique dans cette inscription sur Facebook. Peut-être mes scrupules venaient-ils de la socialisation de cette intimité perdue. Peut-être aussi plus simplement n&#8217;avais-je pas fait le deuil de celle-ci. D&#8217;ailleurs, je ne pense pas pouvoir faire le deuil, car pour cela il faudrait effacer le présent des souvenirs qui nous hantent le matin quand nous nous réveillons en l&#8217;absence de l&#8217;autre.</p>
<p>Voici une vie s&#8217;effaçant. C&#8217;est assez étrange et dramatique, mortifère même, des projets s&#8217;effondrent, d&#8217;autres reprennent leur chemin et toujours ce sentiment d&#8217;abandon, que l&#8217;autre, même si vous avez pris la décision, se dégage à une vitesse folle de vous. Distance absolue de cette intimité perdue. Est-ce de la protection ? J&#8217;aimerais y voir encore quelque chose de l&#8217;amour, fut-ce dans la séparation, justement à ce moment précis du dégagement quand l&#8217;altérité revient brutalement. Elle ne vous avait bien sûr jamais quittée, mais là elle est totalement à elle-même puisque vous ne pouvez plus vivre avec elle. Vous ne pouvez négocier avec l&#8217;altérité. Et donc à ce moment précis, vous l&#8217;aimez, pas plus, tout autant de façon différente, comme une légère inclinaison de vos sentiments.</p>
<p>Il y a en moi quelque chose qui palpite à présent, la vibration d&#8217;une vie. Le refus sans doute de subir la colère de l&#8217;autre même s&#8217;il vit bien avec, la volonté éthique de l&#8217;entente comme deux enfants qui se sont trouvé dans une cour de récréation et qui un peu bouche bée commencent à jouer ensemble. La terrible solitude de l’amour parce qu&#8217;au moment de certains départs on sait aimer véritablement.</p>
<p>Rien d’autre finalement que le mouvement de ces vies qui se croisent, de ses frémissements du corps, de ces plaisirs quotidiens, nourriture et lit ensommeillé, le simple plaisir d’une peau rencontrée un matin dans la lueur d’une fenêtre frémissante. La création artistique est un prétexte, puisqu’il faut bien faire quelque chose d’autre, avoir une activité et si possible exigeante. Mais se glisser dans la chaleur matinale, simplement sentir cette bouche qui vous attend jusque dans son sommeil, qui vous appelle, votre main posée sur une courbe qu’elle reconnaît, le hasard absolu de l’amour.</p>
<p>Première nuit sans sommeil.</p>
<p>Je ne veux pas oublier que c&#8217;est elle que j&#8217;ai choisi. Je ne veux pas de cette lâcheté.</p>
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		<title>Ce qui reste</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Jun 2008 16:02:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a bien sûr les séparations dans lesquelles quelque chose a été dit ou fait, dans lesquelles on en veut à l&#8217;autre, on lui reproche un comportement, une injustice, que sais-je encore. On rompt le contact parce qu&#8217;on ne peut pas, on ne veut pas devenir amis.</p>
<p>Il y a aussi d&#8217;autres séparations où  on s&#8217;arrête parce qu&#8217;on sait que cela cessera à un moment ou à un autre, à cause d&#8217;incompatibilités, de désaccords, de lignes de fuite non partagées. C&#8217;est un moindre mal, c&#8217;est une moindre souffrance par rapport à une souffrance, à un mal plus grands et à venir qui pourraient fort bien entraîner d&#8217;autres projets, une famille, des enfants. On sait que la responsabilité sera alors différente.</p>
<p>On se fait donc une raison d&#8217;un commun accord. On peut bien s&#8217;aimer encore mais épuisés d&#8217;avoir essayé, craignant de demander à l&#8217;autre ce qu&#8217;il ne peut nous donner sans perdre son intégrité, on préfère cesser là. C&#8217;est encore un signe d&#8217;amour que de le laisser et de se laisser partir dans d&#8217;autres directions.</p>
<p>Le mécanisme de la séparation entraînent beaucoup à cesser aussi la relation humaine, à couper les ponts comme on dit. C&#8217;est une protection quelque peu magique de conjuration. Il y a bien sûr là un différend, un tort au sens juridique, car pourquoi lier ainsi la relation amoureuse à la relation humaine, pourquoi ainsi sortir de la vie? Que croit-on au juste faire, effacer l&#8217;autre? C&#8217;est une question que je me suis souvent posé. Sans doute est-elle très personnelle, car elle relève de ce qui nous lie et nous sépare des autres depuis l&#8217;origine en trouvant dans l&#8217;amour une voie d&#8217;expression singulière.</p>
<p>Il y a cet mécanisme précis qui fait que des concessions qui semblaient minimes dans une relation amoureuse afin de rendre compatible deux existences, apparaissent insupportables a posteriori dans la séparation. Cette transformation permet d&#8217;effectuer de façon radicale la rupture parce que la relation est reconstruite, l&#8217;acceptable est inacceptable. C&#8217;est un jeu du temps et de la mémoire qui se fait peut être au détriment d&#8217;une autre mémoire, celle qui persiste dans le présent et qui respecte la singularité du sentiment amoureux.</p>
<p>Je m&#8217;arrête sur ce moment, non par étalage indiscret, mais parce que sans doute une partie de la vérité de l&#8217;amour est dans la séparation. Il est si difficile de rester juste, de se maintenir à cet endroit. La séparation est considérée comme un mauvais moment à passer alors même qu&#8217;elle est fondatrice de notre relation à l&#8217;autre et sans doute est-ce à cet endroit précis qu&#8217;il y a quelque chose qu&#8217;on peut nommer <em>éthique</em>. Qu&#8217;est-ce qui reste de l&#8217;amour justement quand il n&#8217;y en a plus? Cette question pourrait sembler mal formulée mais elle exprime finalement ce lien infime que nous avons les uns par rapport aux autres. Qu&#8217;est-ce qui reste quand on a plus d&#8217;intérêt ou d&#8217;enjeux? Je me fais peu d&#8217;illusion sur ce lien. sa configuration change tout le temps selon les intérêts. On aime par intérêt comme on se sépare par intérêt. Mais elle continue à m&#8217;interroger, physiquement, le long de ma peau.</p>
<p>Je me réveille le matin. Toujours cette lueur un peu ombrée de la fenêtre. Il y a eu la peau de Noémie, Isabelle, Karine, Karen, Sophie, Catherine, Rachel, Stéphanie, Nathalie, Mireille. Ce sont des noms dont je me souviens, d&#8217;autres encore, des singularités. Je garde quelque chose de chacune d&#8217;entre elles, quelque chose dont elles n&#8217;ont pas idée, une sensibilité, une émotion qui n&#8217;est en rien nostalgique. Je me souviens de leurs visages encore endormis, des yeux tentant de s&#8217;ouvrir, de la douceur de la nuque et des tempes, je me souviens de ce corps s&#8217;abandonnant à la confiance toute simple de cette lueur, de ce repos apaisé. Je ne veux pas oublier cela. Je ne veux pas de cette lâcheté. Puis-je rester sensible à ces émotions-là?</p>
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		<title>Une enquête amoureuse</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jun 2008 02:30:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
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		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[séparation]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a une expérience propre à la séparation et qui dépasse de loin notre petite dramaturgie personnelle. C&#8217;est ce passage si intense et délicat, infime, presque intenable, entre la relation amoureuse et la séparation amoureuse. Tout se passe comme si l&#8217;autre disparaissait. Le corps n&#8217;est pas habitué à cette distance. Il lui manque quelque chose, parfois son souffle est court, son rythme cardiaque change, un étourdissement, on se reconnaît à peine. Dans cette disparition il y a une brutalité à chaque fois singulière. Ce n&#8217;est pas Autrui qui manque. C&#8217;est une personne en particulier avec son tissu de sentiments, d&#8217;attitudes et de gestes, irremplaçable peau.</p>
<p>On se demande bien naturellement ce que l&#8217;autre devient. Il a disparu si vite. On s&#8217;interroge non par jalousie, mais par proximité des vies. Mais on ne sait rien, l&#8217;autre se tient à distance encore tout vibrant du choc de la séparation, et soi-même on ne dit rien, respectant cette absence que l&#8217;on tente d&#8217;apprivoiser puisqu&#8217;il faut faire avec.</p>
<p>L&#8217;imagination fonctionne à plein. Elle tente de boucher cette béance de l&#8217;absence. On se raconte des histoires. On se remémore les moments passés. On se dit que tout cela est impossible. On tient à peine debout. On fait bonne figure. On ne sait rien puisqu&#8217;on est passé en l&#8217;espace de quelques jours de la profusion des percepts à leur raréfaction extrême. Il n&#8217;y a plus rien sur quoi se tenir. Est-on détective de cette absence ? Comment sauvegarder un lien, un lien humain, quand on se sépare ?</p>
<p>Facebook a un rôle étrange dans cet événement. Combien de couples inscrits sur ce site se sont défaits ? Restent-ils « amis » ? Et que veut dire alors l&#8217;amitié ? Partagent-ils encore leurs informations ? La question technique se fait ici toute affective et sensible, jusqu’au ridicule, car comment expliquer que ce qui nous reste, dans la destruction même d&#8217;un « nous », est ce partage public, dédié à tous ses « amis » ? Comment comprendre que les dernières nouvelles que j&#8217;ai de toi soient destinées à tout le monde, sauf à moi et que je deviens ainsi le contrebandier de notre présent ? Il y a cet étrange renversement du public et du privé, de l&#8217;intime et de l&#8217;anonyme.</p>
<p>Être ami sur Facebook alors que nous avons été amants. Plusieurs stratégies existent: effacer l&#8217;autre de ses amis, éditer ses mini-feeds pour qu&#8217;il ne voit rien, se mettre en retrait de Facebook et ne plus inscrire sa vie dessus, faire comme si de rien n’était, etc. Positivement ou négativement toutes actions a alors un sens, l&#8217;effacement en est un parmi d&#8217;autres. Si on voit l&#8217;activité <em>facebookienne </em>de l&#8217;autre s&#8217;effondrer un doute nous prend, aurait-il restreint notre accès ? On retrace alors les événements grâce aux commentaires laissés sur les photographies, l&#8217;activité indirecte par exemple en allant chercher du côté de ses amis (qui sont devenus les nôtres par simple voie de conséquence), on tente de traquer, de pister, mais quoi au juste ? La vérité de l&#8217;amour ? Et de la séparation ? La confirmation que c’est terminé pour le bien de chacun ? Ce qui reste de nos vies entrecroisées à présent délaissées ? Il y a une enquête de la séparation amoureuse par laquelle on tente de retrouver ce qu&#8217;on a irrémédiablement perdu, un lien, un contact quand les peaux se touchaient et que le monde était là, à nouveau ouvert et possible.</p>
<p>Il faudrait raconter l&#8217;histoire de cette enquête, de fils tendus par ces fictions, de ces moments de vide, de ces signes techniques devenus signes existentiels, et voir combien de vies sont ainsi affectées par un processus de publication du privé. Imaginez les classeurs dans lesquels vous rangiez vos photographies de couple devenus à présent obscènes. Le récit a changé, il n&#8217;est plus d&#8217;amour, mais de nostalgie, ces images appartiennent au passé maintenant, faut-il elles aussi les effacer ? Et pourtant, tout cela a eu lieu, la rencontre, la reconnaissance, le désir de vivre ensemble, de construire, de se sentir, jour après jour. Vous savez que cela ne suffit plus. Vous imaginez encore le pouvoir de Facebook dont les bases de données contiennent à n&#8217;en point douter tous vos échanges, tous les mots prononcés de l&#8217;un à l&#8217;autre, c&#8217;est un morceau de votre vie, de vos vies qui a été enregistré et qui ne vous appartient pas. Cette archive de l&#8217;amour, pièce à conviction majeure pour démontrer que tout ceci a bien eu lieu, que vous avez aimé et qu&#8217;elle vous a aimé, appartient à une entreprise privée. Contactez-les et demandez-leur ces souvenirs d&#8217;amour. Que vous répondront-ils ? Vous le savez déjà, inutile d&#8217;essayer.</p>
<p>Je suis sur le bord d&#8217;un lac. Des enfants jouent dans l&#8217;eau. Il y a des rires lointains. La jeune fille essaye de rattraper la balle prêt de la rive, elle s&#8217;en rapproche avec une démarche étrange comme poussant de ses frêles jambes un poids trop lourd. Vous observez l&#8217;eau, les petites vagues du vent balayant la surface. Il fait chaud sur vos épaules. Vous vous prenez la nuque comme dans un film avant de relever la tête et d&#8217;observer plus précisément encore la surface réfléchissant le soleil, éclats blancs trouant la surface, effaçant le relief, un aplat lumineux. Vous vous mettez à penser à un monde au soleil mort, au lac dans une nuit éternelle que nul ne pourrait voir, à cette terre plongée dans une obscurité si intense qu&#8217;aucun volume ne pourrait apparaître. Vous imaginez vos mains, vos pieds tâtonnants dans le vide, cherchant une voie dans cette nuit si brutale, si absolue. Il n&#8217;y a plus que le contact d&#8217;objets évanouis, vos yeux sont des organes inutiles. Vous savez qu&#8217;à présent vous êtes entrés dans cette nuit..</p>
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		<title>Petits arrangements avec l&#8217;amour</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jun 2008 10:21:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous avez déjà vécu cela, ce passage de l&#8217;intimité amoureuse à la distance de la séparation, ce brusque renversement des corps qui s&#8217;éloignent et qui ne se reconnaissent déjà plus. Vous essayez sans doute d&#8217;oublier ce moment, tout ce temps perdu qui était comme un passage obligé, la résistance du corps vous dites-vous, puisqu&#8217;à présent la vie a repris son cours.</p>
<p>Vous êtes célibataires, et vous faites avec, ou vous avez rencontrés une nouvelle personne, et vous faites aussi avec. Vous commencez à vous souvenir, c&#8217;était simplement un mauvais moment à passer, rien de plus, il fallait du temps comme on dit, voilà tout. La souffrance ressentie était d&#8217;enfance, blessures narcissiques, peur de l&#8217;abandon, de la solitude, arrachement à l&#8217;autre, oubli forcé, vous trouvez toutes les raisons possibles, vous inventez des causalités et vous vous donnez une volonté. Vous vous êtes fait une raison. Il a fallu du temps. Une situation que vous subissiez est devenue comme par miracle quelque chose qui rétrospectivement vous semble profitable, comme si vous l&#8217;aviez toujours voulu, comme s&#8217;il aurait fallu que vous le vouliez, et à présent, oui, vous le désirez puisque cela a déjà eu lieu.</p>
<p>Avancez encore un peu, regard et odeur tout à la fois, peau touchée, concentration des sens, soyez juste pas seulement avec vous-mêmes, mais aussi avec l&#8217;autre que vous avez perdu, ce que vous avez vécu, avec les phénomènes et les mondes que vous avez rencontrés, ces mondes qui ne sont ni vous ni l&#8217;autre, ces mondes dont l&#8217;anonymat a permis la rencontre, tentez de rester proche de vos sentiments, ne soyez pas seulement en réaction. Vous vous êtes arrangés avec vous-mêmes. Convenez-en.</p>
<p>Reprenons. Il y avait deux corps sensibles, courbes flottantes appelant la main, la bouche. Ces deux corps étaient aussi des gestes, habitudes quotidiennes, miracle d&#8217;un agencement et d&#8217;une coexistence dans l&#8217;espace mouvant. On ne remarque rien au début, mais l&#8217;étonnement est là de voir ainsi le hasard de la rencontre devenir nécessité du sentiment amoureux. Est-ce de l&#8217;attachement ? Peut-on encore dire « seul » et « ensemble » ? Arrivons-nous vraiment à entendre ce que le pluriel « seuls » pourrait nous dire ?</p>
<p>Reprenons ce qui arrive dans le basculement de l&#8217;intime aux corps séparés. Le temps est subi, il en faut du temps pour que ça passe. Le corps qui se sépare est tout aussi bien séparé, il reconnaît par là sa capacité d&#8217;action (et d&#8217;échec) et sa capacité à percevoir (son pathos), et il se trouve dans une passivité par rapport à ce temps. Il a mal, séparation, révolte, acceptation et affirmation, raisonnements et pleurs. Va-et-vient entre des sentiments contraires et ces sentiments sont aussi des actes face au temps. Ils font face au passé (Que faire de tous ces souvenirs ?), au présent (Comment négocier avec la souffrance ?) et au futur (Que va devenir ma vie ?). Sur les trois pôles des craintes en ligne de fuite.</p>
<p>Avançons. Je dis le moment prolongé ou tout bascule de l&#8217;amour à la séparation. Je répète cette durée de conflit ou on ne sait plus si l&#8217;autre est encore là ou si c&#8217;est simplement un souvenir. Je dis encore la présence du corps en son absence. Et comme il faut bien survivre, on passe outre, on fait avec et pour cela peut-être réalise-t-on le plus grand des crimes, la plus grande lâcheté, le plus grand des dénis au nom de la survie. On fait comme si de rien n&#8217;était, on fait comme si on avait été toujours seul (pour apprendre la solitude), on fait comme si cet amour n&#8217;avait pas eu lieu, on fait comme s&#8217;il était du passé, on fait comme s&#8217;il ne préservait aucune possibilité d&#8217;avenir. Au moment ou on murmure cela, on fait aussi exactement l&#8217;inverse, on se dit, on se répète, et on le déni, comme si c&#8217;était tout, comme si on la connaissait depuis toujours (puisque l&#8217;origine de l&#8217;amour est le temps), comme si l&#8217;amour avait toujours lieu, même sans lui, comme s&#8217;il était à venir encore et toujours, jusque dans sa biffure. On se reprend et on dit exactement l&#8217;inverse, on sait bien qu&#8217;il faut se dire cela, on se le répète donc comme une prière, une supplication dont les mots permettraient que la situation change de façon magique. On persiste ainsi, comme un zombie, entre deux états pendant des jours, des semaines, des mois, parfois des années. Et même quand c&#8217;est terminé, ça continue encore, le matin, au réveil quand la lumière se fait diffuse et que les souvenirs, qui ne sont pas seulement du passé, reviennent, tonalité et goût, odeurs mélangées au présent.</p>
<p>Le hasard de la rencontre devenu nécessité du sentiment amoureux, devient maintenant nécessité de la séparation. Conflit et incompatibilité de personnes, comme si celles-ci venaient toute faite, d&#8217;un bloc, comme si l&#8217;identité d&#8217;un être existait, comme s&#8217;il avait une définition potentiellement contradictoire avec la définition d&#8217;autres personnes, comme si la plasticité et le devenir n&#8217;existaient pas, comme si le temps n&#8217;existait pas. On produit une causalité et c&#8217;est cela l&#8217;arrangement, on invente un temps et soi au milieu de ce temps comme un océan déchaîné. On est bien sûr un peu ballotté, mais finalement on se dit qu&#8217;on reste soi-même. On sent bien qu&#8217;en dessous ce n&#8217;est pas aussi simple et que l&#8217;autre est là d&#8217;une certaine manière, qu&#8217;il vous accompagne, non par une quelconque incorporation (les corps sont toujours séparés), mais par le temps lui-même.</p>
<p>Puisqu&#8217;il fallait bien survivre et passer outre.</p>
<p><a href="http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=488" target="_blank">&laquo;&nbsp;L’amour programmé, (amour fou !), dure environ 3 ans : un phénomène physique qui ne doit rien à la volonté ou aux qualités des partenaires mais tout à la physico-chimie des hormones, de leurs récepteurs et du génome humain.&nbsp;&raquo; Au bout de 3 ans, la sécrétion d’hormone telle que l’ocytocine cessant, &laquo;&nbsp;les signaux physiologiques qui ont été à l’origine de l’activité cérébrale typique de l’amour finissent petit à petit par perdre leurs effets et par se taire&nbsp;&raquo;. Le cerveau reprend alors une activité normale sanctionnant chimiquement la fin de l’amour fou.</a></p>
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		<title>Facebook Portrait Awards (Libération, France)</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Apr 2008 15:05:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://incident.net/users/gregory/wordpress/wp-content/uploads/2008/04/ps1.jpg" rel="lightbox[2403]"><img class="alignnone size-medium wp-image-2404" title="ps1" src="http://incident.net/users/gregory/wordpress/wp-content/uploads/2008/04/ps1-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p><a href="http://zoumzoum.blogs.liberation.fr/2008/2008/03/facebook-portra.html">http://zoumzoum.blogs.liberation.fr/</a><br />
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