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	<title>Gregory Chatonsky &#187; intime</title>
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	<description>Notes et fragments</description>
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		<title>S&#8217;effacer</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Sep 2008 13:25:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
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		<category><![CDATA[séparation]]></category>

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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jeu de rapprochement et de distance affective est paradoxal.</p>
<p>La rencontre nous rapproche de quelqu&#8217;un. Hasard de la rencontre et du désir. Hasard de la peau et d&#8217;une présence, façon dont deux corps s&#8217;agencent en deçà de tout langage. Il n&#8217;y a pas de raison à de tels rapprochements. Est-ce une décision arbitraire ? Des mondes ressemblants ? Ou simplement adjacents ? Des lacunes compatibles ? Le téléscopage de deux temsp qui sont aussi deux désirs ? Peu importe, la proximité est là, intimité et solidarité. On se rapproche d&#8217;un corps, on le touche, apporter du plaisir, encore et encore, pour fixer ce regard qui mélange la jouissance et la détresse, cet appel à l&#8217;autre qui est si proche, mais dont la limite des corps rend la proximité distante. Plus on se rapproche, plus l&#8217;inframince devient palpable, matériel, sensible. Il n&#8217;y a aucun mot juste à mettre sur cette proximité. On peut tout juste raturer avec le langage et espérer que dans l&#8217;écart de ces ratures on pourra sentir la différence entre ce qu&#8217;il est dit et ce qu&#8217;il y à dire.<br />
Voyons cette proximité.</p>
<p>Peu importe les raisons de la séparation. Simple incompatibilité de caractère venant progressivement. Simple mésentente. Simple attirance vers un(e) autre. Ou encore retour d&#8217;une relation passée. Il y a toujours des raisons factuelles pour en finir avec cette proximité. Il faut alors se séparer, couper ce lien qui n&#8217;était pas fusionnel, mais insistance d&#8217;une distance, résistance de l&#8217;autre permettant le contact des peaux. On dit des mots définitifs. On se sépare. Puis le silence, on prend de la distance. On peut s&#8217;y faire. On doit s&#8217;y faire. Chacun se fait une raison de ce nouvel état.</p>
<p>Mais entendons la séparation. Au coeur de celle-ci quelque chose résiste. Ce n&#8217;est pas raisonnable de dire cela même si nous le vivons. Nous devrions plutôt le taire, faire comme si de rien n&#8217;était et dire : « C&#8217;est bien fini ! ». Mais voilà, ça insiste au coeur même de la distance. Peut-être est-ce lié au fait que la distance était aussi au coeur de l&#8217;intimité et que perdant l&#8217;autre, se séparant de lui, on retrouve cette distance, et nous en somme étonnés. Je ne suis pas sûr qu&#8217;on ait pensé cette proximité monstrueuse, cette ressemblance informe pour reprendre la formule de Bataille, entre l&#8217;intimité et la séparation.</p>
<p>Il y a la constellation d&#8217;un instant entre la rencontre et la séparation, le sentiment qui nous saisit quand nous nous rapprochons de quelqu&#8217;un, en un clin d&#8217;oeil, et celui qui nous capture quand nous devons nous en éloigner et prendre nos distances. Que se passerait-il si de telles distances n&#8217;étaient pas prises ? L&#8217;intimité continuerait-elle à persister au-delà de son seuil social, nous ne sommes plus ensemble et pourtant&#8230;? Ce serait un autre silence des corps tout aussi précieux et intense que celui qui nous faisait nous rencontrer.</p>
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		<title>Seule avec la passion</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Aug 2008 23:28:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[affect]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
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		<description><![CDATA[La séparation entre la passion et l'amour.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les derniers jours, une distinction est apparue au premier abord anodine puis étonnante parce qu&#8217;elle rejouait sur la scène de ma vie quelque chose qui structure de part en part le discours théorique. C&#8217;est<strong> la séparation entre la passion et l&#8217;amour.</strong> On prend souvent l&#8217;un (la passion) pour l&#8217;autre (l&#8217;amour). On attend de ce dernier un bouleversement de soi, une exaltation, un trouble indécidable entre la joie et la peur, joie de la trouvaille et peur de l&#8217;abandon, degré d&#8217;intensité qui serait autant d&#8217;échelles amoureuses. On attend finalement de l&#8217;amour, l&#8217;intensif de la passion. On prend l&#8217;un pour l&#8217;autre dans un marché de dupe.</p>
<p>Mais le paradoxe va plus loin, car par ce tour de passe-passe ou on nomme amour la passion, on obtient bien sûr cette dernière, mais avec les attentes de la première. Quand on parle d&#8217;une histoire d&#8217;amour, on s&#8217;imagine quelque chose qui se réalise dans la durée, on pense à une relation fondée sur une certaine sérénité et compréhension, quelque chose se construit. Quand on parle d&#8217;une histoire passionnelle, on se représente plutôt quelque chose de bref, dont l&#8217;instantanéité de l&#8217;apparition est proportionnelle à la brutalité de sa disparition. Tant et si bien qu&#8217;on peut même entendre dans une histoire passionnelle, comme le veut le sens commun, quelque chose qui mène au meurtre. C&#8217;est dire qu&#8217;en échangeant les rôles de la passion et de l&#8217;amour tout se passe comme si on croyait avoir la durée pour en fin de compte se retrouver, avec beaucoup de déception, dans la brièveté.</p>
<p>Quand j&#8217;ai entendu dire que « le quotidien tue l&#8217;amour », j&#8217;ai immédiatement eu un doute, aimant la quotidienneté comme l&#8217;espace même ou se déploie le sentiment amoureux. Mais ce qu&#8217;il fallait entendre c&#8217;était plutôt « le quotidien tue la passion prise pour de l&#8217;amour », car face aux mouvements agités et perturbants des passions le quotidien nivelle ces changements d&#8217;intensités, il relativise tout, transforme le mouvement d&#8217;humeur qui serait sublime dans un autre contexte en ridicule petite agitation égocentrique. « Le quotidien tue la passion », au bout de 2 ans, au bout de 3 ans, c&#8217;est fini, les hormones ont sécrété ce qu&#8217;elles devaient sécréter, la passion s&#8217;effondre, les couples se séparent parce qu&#8217;ils ne leur restent pas d&#8217;amour. Ils n&#8217;avaient que de la passion. Autre stratégie: mener en bateau une personne, jouer de ses affects en la retenant et en la laissant, pendant une certaine durée, pour maintenir en attente le désir et sauvegarder ainsi une certaine durée de la passion.</p>
<p>Pourquoi privilégie-t-on donc la passion contre l&#8217;amour ? Pourquoi remplace-t-on l&#8217;un par l&#8217;autre ? Ceci peut s&#8217;expliquer par la fragilité apparente de l&#8217;amour, c&#8217;est un sentiment vague et infime, qui ne fait pas beaucoup de bruit, simplement une certaine relation à l&#8217;autre qui semble fondée sur la nécessité, peut-être est-ce plus encore l&#8217;humaine solidarité qui trouve dans le sentiment amoureux une place pour se développer dans sa singularité. L&#8217;amour semble même un peu indécidable comme si le mot excédait sa possible définition. On préfère à ce petit sentiment, la grandiloquence de la passion, parce qu&#8217;on veut traiter le début de l&#8217;amour comme une maladie avec des symptômes. Si on a les symptômes (battements de coeur, attachement, sentiment fusionnel, palpitations en tout genre), c&#8217;est qu&#8217;on est amoureux. Mais la difficulté c&#8217;est que le médecin est aussi le malade, il cherche finalement une emphase, c&#8217;est une affaire de style, de discours.</p>
<p>Certaines personnes ne ressentent pas au moment de la rencontre, dans les semaines qui suivent, ces symptômes de la passion. Ils estiment alors, n&#8217;étant pas agités, troublés, captés, absorbés totalement, qu&#8217;ils n&#8217;éprouvent finalement pas de sentiment amoureux. Et quand ces mêmes personnes vont enfin trouver l&#8217;amour, c&#8217;est-à-dire la passion, ils seront fort étonnés que ce sentiment si fort, si puissant qui submerge tout, disparaisse si aisément dans la vie amoureuse d&#8217;un couple. C&#8217;est que la puissance induit un épuisement rapide et la fragilité implique un développement plus progressif. La passion délivre une certitude ambivalente (on se sent un peu perdu). L&#8217;amour un doux attachement sans doute plus conscient, moins viscéral.</p>
<p>Attendre du début de l&#8217;amour, l&#8217;intensité de la passion c&#8217;est finalement convoquer la fin de l&#8217;amour parce qu&#8217;il n&#8217;aura jamais eu lieu, on l&#8217;aura pris pour autre chose. La passion quant à elle agite, elle disparaît et elle est indépendante de son objet. Elle peut donc se déplacer d&#8217;une personne à une autre. L&#8217;amour quant à lui garde sans doute la singularité de la rencontre. On oublie jamais ceux, celles qu&#8217;on a aimées parce qu&#8217;ils ne sont pas interchangeables, ils sont d&#8217;une rareté inépuisable. C&#8217;est ce sentiment si diffus et intime du réveil matinal, lorsque le rideau de la fenêtre s&#8217;agite un peu et qu&#8217;on reste là avec tous ses fantômes, toutes ces personnes pour lesquelles on a éprouvé de l&#8217;amour. L&#8217;urgence passionnelle est factice tandis que l&#8217;amoureuse, parce qu&#8217;elle est fondée sur la singularité irréductible, permet de trouver une relation nécessaire entre le sentiment et l&#8217;objet de ce sentiment. Cette relation est si intriquée qu&#8217;on ne peut même pas dire qu&#8217;on aime telle personne puis telle autre. Ce n&#8217;est pas le même amour parce que ce n&#8217;est pas la même personne. On ne devrait peut-être pas utiliser le même mot.</p>
<p>Sans doute, en attendant de l&#8217;amour les symptômes de la passion, se prépare-t-on de grandes et répétitives désillusions. Il y a là quelque chose de dépressif, la forme de l&#8217;amour rentre en dépression parce qu&#8217;au départ on l&#8217;a échangé avec de la passion et elle retrouve progressivement la mémoire de cette forme. Ainsi, on s&#8217;emporte, on idéalise, c&#8217;est un ravissement, le commencement est brutal, il a de la superbe, mais quelques années plus tard, tout s&#8217;éteint dans une médiocrité qu&#8217;on ne pouvait prévoir et qui est celle de la passion. On est alors étonné, blessé, mortifié parce qu&#8217;on ne comprend comment l&#8217;amour, qui devrait être du singulier et de la rareté, se transforme en quelque chose d&#8217;indifférent et de commun. On est vite remplacé. La passion a rempli son rôle, elle s&#8217;est déplacée d&#8217;un corps à un autre corps, selon la figure du vampire.</p>
<p>Cette distinction entre amour et passion dont les champs bien sûr ne cessent de s&#8217;entrecroiser, est fonction d&#8217;une certaine maturité affective qui nous rend plus sensible et attentif aux petits sentiments, même médiocres, qu&#8217;au roulement de tambour passionnel.</p>
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		<title>Éditer les détails</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Aug 2008 11:14:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je reçois un message :<br />
<a href="http://www.facebook.com/n/?reqs.php#socialmap">http://www.facebook.com/n/?reqs.php#socialmap</a></p>
<p>Je clique et je peux lire :<em><br />
You lived in Montréal from 2006 to 2008.<br />
</em><em><span lang="EN-US">You dated from 2005 to 2008.<br />
Can you confirm these details are <strong>true</strong>?</span></em></p>
<p>Visiblement on me demande de confirmer ou d&#8217;infirmer quelque chose. On me parle aussi de vérité, de ce qui s&#8217;est véritablement passé. Cette vérité est liée à des dates chiffrées. Il y a 2005, 2006 et 2008 répétés deux fois. Il y a des verbes (To live, To date), un lieu (Montréal). Ce sont des détails. Je sais de quoi il s&#8217;agit et en même temps je me demande de quoi il s&#8217;agit vraiment. Les deux coexistent, cette connaissance et cette ignorance. Je n&#8217;arrive pas à faire le lien entre les deux, à savoir ce que je sais et ce qui reste ainsi dans cette demande inconnu.</p>
<p>Intuitivement je ne clique pas, pas encore, je suspend ma réponse et je réfléchis, non comme un déni de la situation, mais parce qu&#8217;entre ce que j&#8217;ai vécu avec elle et cette inscription, cette demande d&#8217;inscription sociale, il y a un désaccord que rien ne viendra résorber. Les faits sont exacts, les dates aussi sans doute (même si je n&#8217;ai pas cette forme de mémoire chronologique). Montréal me dit effectivement quelque chose, j&#8217;y ai vécu, j&#8217;y vis encore. Comment pourrais-je le nier? Mais puis-je confirmer que ces détails sont vrais ? La formulation même de cette question me fait penser à une forme juridique, à un procès dans lequel on tente d&#8217;accorder différents témoignages. D&#8217;ailleurs pour que ces événements soient mémorisés dans Facebook, il faut que je les confirme. Plus exactement, il faut trois choses, qu&#8217;une personne les écrivent, envoie la demande de confirmation à un tiers et que cette confirmation ait lieu effectivement. L&#8217;ensemble de ce processus est langagier, il a affaire avec l&#8217;écriture. Tout ceci est empli de suppositions, sur ce qu&#8217;est la vérité : au moins deux personnes doivent s&#8217;accorder sur des faits. Mais ces faits, vivre ensemble, s&#8217;aimer, partager un moment de vie, sont-ils accordables ? N&#8217;est-ce pas l&#8217;inaccordable même entre deux personnes ? N&#8217;est-ce pas la situation même du différend que l&#8217;on ne peut chercher à résorber que par la construction et l&#8217;imposition d&#8217;une autorité langagière sous la forme d&#8217;un métalangage ?</p>
<p>La confirmation aura des conséquences sur ma « carte sociale ». Cette carte permet de retracer certains événements sociaux de mon existence, mes amitiés, mes amours, mes activités professionnelles, que sais-je encore. Cette carte appartient à FB. Elle pourra, si on le décide, être recoupée à d&#8217;autres informations inscrites dans la base de données de FB. Le temps que j&#8217;ai passé sur ce site, les messages envoyés et reçus, les sites que j&#8217;ai été voir avant ou après l&#8217;utilisation de FB, etc. En recoupant ces différentes informations, on pourra (mais qui « on » ?) déduire sans doute un certain emploi du temps, certaines préférences, certains affects. Dans 10 ans, dans 20 ans, j&#8217;aurais sans doute oublié tous ces sentiments, tous ces événements, tout ce moi ancien qui n&#8217;existera plus que dans les déductions faites à partir d&#8217;une base de données privée appartenant à une entreprise. L&#8217;inscription perdra son inscripteur, son référent, je suis pris dans un devenir, je ne serais plus le même, et elle deviendra quelque chose d&#8217;unique, de singulier, une trace, souvenir d&#8217;une époque passée.</p>
<p>Pour que cette inscription démesurée et inédite dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité ait lieu, inscription des anonymes que nous sommes, inscription mettant en défaut tout idéal artistique de faire histoire, il faut se mettre préalablement en accord sur les faits. Nous nous sommes aimés de 2005 à 2008. Nous avons vécu à Montréal de 2006 à 2008. Ma confirmation permettra d&#8217;en finir avec cette relation puisque ceci sera non seulement rendu public, mais ceci fera aussi parti de sa carte sociale comme de la mienne à l&#8217;avenir. Nous pourrons alors exhiber la preuve de notre amour et de notre relation. « Vous voyez je l&#8217;ai aimé et elle m&#8217;a aimé » puis qu&#8217;elle a et que j&#8217;ai confirmé cet état de fait.</p>
<p>Faisons à présent un effort, délaissons la structure technique pour revenir au sentiment tendu de la séparation, dans cet aller et retour que nous tentons de ménager au fil de ce blog depuis plusieurs semaines. À l&#8217;intimité succède l&#8217;infini de la mise à distance s&#8217;écartant toujours d&#8217;elle-même, écart s&#8217;approfondissant comme une promesse non tenue. Ne sentons-nous pas alors que cet amour a été comme rêvé ? N&#8217;avons-nous pas un doute profond sur la réalité de ce que nous avons vécu, le sentiment si intense d&#8217;une absurdité de la distance comme si son articulation à l&#8217;intimité faisait défaut ? Comment pouvons-nous passer de cette si grande proximité à cette distance si froide, si réglée, si définitive ? Comment le possible a-t-il pu ainsi se refermer ? Quelle est cette ligature du devenir ? En retour, comment avait-il pu avoir lieu s&#8217;il a pu ainsi se refermer ? La proximité amoureuse nous semble alors appartenir à un autre temps, à un autre moment de notre existence qui s&#8217;est détaché de nous. Si je confirme les faits, pourrais-je à l&#8217;avenir les rééditer ? Pourrais-je revenir sur les faits et dire par exemple que nous ne nous sommes pas vraiment aimés ? Pourrais-je réactualiser le passé dans le présent puisque le passé amoureux est toujours une promesse ? Pourrais-je en somme être en accord avec ce retour incessant que chacun de nous réalise secrètement dans la mémoire de nos relations amoureuses ? Et si je ne peux revenir dessus, si je ne peux modifier cette inscription réalisée à un moment donné, dans un certain état d&#8217;esprit qui peut toujours changer, cela ne voudrait-il pas dire que le récit ainsi fait est inévitable et chronologique ? FB est une certaine modalité d&#8217;inscription autobiographique ou la réalité de ce qui a eu lieu s&#8217;élabore à partir de la confirmation entre plusieurs personnes sur des faits. FB est un récit dont les règles implicites modélisent l&#8217;accès à ce que nous avons été.</p>
<p>Je clique sur « Ignore ». Je ne confirmerais pas ces faits, non parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas eu lieu, mais parce que le fait même de la confirmation n&#8217;est pas neutre, elle serait performative et produirait des effets dont les répercussions me semblent en désaccord profond avec la réalité existentielle de ce qui a eu lieu. Il y a deux boucles : la première est fondée sur l&#8217;inscription confirmée dans une base de données, la seconde est basée sur l&#8217;inscription changeante de notre mémoire. La première est un fantasme d&#8217;un retour intégral de notre existence, car la base de données porte en elle cet absolu fantasmatique et c&#8217;est pourquoi il faut que plusieurs personnes confirment et s&#8217;accordent sur les faits comme pendant un procès. La boucle est un retour du même. Elle est le procès de l&#8217;histoire, au sens hégélien, en train de se faire. La seconde n&#8217;est pas une inscription définitive, d&#8217;ailleurs elle ne s&#8217;inscrit sur aucun support. Elle est inscription si et seulement si je fais et je refais retour vers elle, si par exemple le matin encore somnolent je convoque le souvenir d&#8217;une peau et d&#8217;un désir, un sourire, la courbe d&#8217;une hanche. Elle n&#8217;existe que dans ce temps, ni présent ni passé, dont Proust parlait. La boucle est un retour de la différence, de cet écart du temps entre l&#8217;intimité passée et l&#8217;indifférence présente.</p>
<p><em><span lang="EN-US">Can you confirm these details are <strong>true</strong>?</span></em></p>
<p>Cette question est la forme de l&#8217;inscription existentielle par défaut. Or, on sait bien que l&#8217;inscription et l&#8217;existence même entretiennent des liens forts. La manière dont j&#8217;inscris ma vie, modèle pour une grande part ma vie. Le récit que je réalise performe l&#8217;avenir de ce qui sera raconté. Ai-je le désir que ce que j&#8217;ai vécu appartienne à FB ? Que les règles d&#8217;inscription soient celles décidées par FB ? Ou est-ce que je préfère rester dans la ligne de fuite d&#8217;un problème en disant : « Nous nous sommes aimés ? », question à jamais tenue vers l&#8217;autre.</p>
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		<title>Dans le silence du réseau</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Jul 2008 00:42:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[accès]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Adolescent je n&#8217;ai jamais tenu de journal intime pour y raconter mes secrets et mes colères inavouables. Tout juste me suis-je envoyé à moi-même une ou deux lettres à décacheter 10 ans plus tard, serment fait à soi, lettres que j&#8217;ai bien sûr perdues. Je vis à présent une situation pour le moins paradoxale que je ne peux m&#8217;éviter d&#8217;analyser et donc d&#8217;une certaine manière de suspendre. Est-ce là une façon de la distanciation? Ou est-ce seulement que ce qui m&#8217;arrive autobiographiquement, et encore faudrait-il savoir ce qu&#8217;est cet auto, cette bio et cette graphie, joue sur une scène publique ce qui s&#8217;était joué en cours lorsque j&#8217;avais enseigné à l&#8217;université sur le thème de l&#8217;inversion du public et du privé.</p>
<p>Mon idée, comme depuis longtemps, est de démontrer que les technologies sont entrelacées à nos affects et que si historiquement elles proviennent d&#8217;une volonté rationnelle, celle-ci est hantée de part en part par les sentiments et pour tout dire par le pathos. La dénégation de celui-ci semble être une marque de notre époque qui alterne entre l&#8217;affirmation de l&#8217;individu et le rejet de celui-ci jusqu&#8217;à la fêlure victimaire.</p>
<p>La séparation, même lorsque celle-ci est voulue, reste un événement mystérieux chez l&#8217;individu. On peut bien sûr jouer le rôle de celui très terre à terre la ramenant à un événement parmi d&#8217;autres, mais il n&#8217;empêche qu&#8217;elle met en jeu certains mécanismes fondamentaux, la relation à l&#8217;autre, à soi, à l&#8217;amour, à l&#8217;abandon, à la solitude, à la rencontre. Il y a dans la séparation quelque chose que l&#8217;on tente d&#8217;oublier car on essaye de passer à travers et de faire en sorte de sortir de ce mauvais moment. Mais ce moment est pourtant révélateur de ce dont nous sommes d&#8217;une manière très spécifique que nul autre événement n&#8217;est à même de faire apparaître. Il ne faut donc pas tourner la page si vite, il faut laisser cette page un peu suspendue en l&#8217;air, hésitante sur la face de sa tombée, question de la tranche et de ce qui tombant ainsi tranche, coupe, aiguise. Restons un moment dans ce flottement.</p>
<p>La séparation est manque, absence de communication, arrachement à l&#8217;autre aimé et même si on ne l&#8217;aime plus (et qu&#8217;est-ce que signifie alors que de ne plus aimer?), il fait défaut, quelque chose insiste. Cette chose est sans doute cette étrange répartition entre l&#8217;idéalisation de l&#8217;amour (vouloir aimer et être aimé anonymement) et l&#8217;accidentel de l&#8217;amour (aimer cette personne en particulier). Il va de soi que cette répartition est au net désavantage du second car, on s&#8217;en rend bien compte quand tout prend fin, il ne reste pas grand chose de l&#8217;autre une fois que l&#8217;idée de l&#8217;amour s&#8217;est évanouie et qu&#8217;elle a été transféré sur une autre corps et un autre destin.</p>
<p>La séparation ouvre donc une lacune qui empêche le langage: il faut un moment ou on ne parle plus, ou on laisse le temps faire son oeuvre, cicatriser les plaies, ou l&#8217;autre nous ignore comme nous l&#8217;ignorons. Cette ignorance dans laquelle nous souhaitons nous maintenir pour entériner la séparation ne va pas de soi (il peut aller de soi dans le présent mais l&#8217;après-coup est alors encore plus violent), elle est problématique car elle met en jeu ce que nous sommes, dans toutes les tensions laissées à cet être, de désir, de corps, de pensée, de volonté, de lâcher-prise, de passivité, etc. Il y a le secret de ce que nous sommes là, secret qui est sans langage, indécelable, secret de rien, secret idiot et infiniment solitaire.</p>
<p>Que se passe-t-il quand cette ignorance est ouverte par un support ou les gens inscrivent leurs affects quotidiennement? Que se passe-t-il quand la distance souhaitée ne peut être maintenue car une partie de la vie sociale, et donc amoureuse, est présentée aux yeux de tous et surtout de soi? Que reste-t-il alors de la solitude? C&#8217;est sans doute l&#8217;effet très paradoxal de Facebook que de publiciser la vie sociale et amoureuse et de laisser les amants passés dans le secret de cette communication? Il y a là une monstruosité intéressante, l&#8217;inscription de nos affects et de nos socialisations entraînent une guerre des esprits amoureux qui ne sont jamais en paix. Chacun sait que telle personne est avec telle personne, se sépare et va, quelques jours plus tard, avec telle autre personne qui sera également séparée, qui elle-même rencontrera. Il faudrait tracer le réseau de toutes ces rencontres, de toutes ces séparations menant à d&#8217;autres rencontres s&#8217;arrêtant un instant, pour fonder une famille, puis reprenant quand les blessures mal résolues reviennent et que l&#8217;idéalisation amoureuse se craquèle.</p>
<p>Réaliser un graph amoureux est sans doute impossible sans l&#8217;accord de l&#8217;entreprise nommée Facebook à laquelle appartient l&#8217;accès de tous ces destins, l&#8217;accès et la répétition. En ayant accès à la base de données Facebook, et non pas seulement au présent de son actualisation dans les mini-feeds, sans doute pourrait-on garder la trace des sentiments amoureux mondiaux, de ces flux qui circulent d&#8217;être en être. Et sans doute que l&#8217;époque première que nous vivons prendra fin, on ne laissera plus ensuite dans son profil d&#8217;indices de sa vie privée de peur de voir sa vie révélée lors d&#8217;un effondrement. La question est de savoir ce que donne à voir Facebook. Pour quelles raisons nous donnons à voir ce qui finalement nous regarde, pour paraphraser un livre fameux d&#8217;Esthétique. Cette réversibilité de celui qui voit et ce celui qui est vu dans la publicisation du privé modifie en profondeur nos existences dans ces moments si intimes de la rencontre et surtout de la séparation.</p>
<p>Le retrait doit-il être la réponse? Que signifierait alors de se mettre en retrait de ce type de socialisation pour protéger son intimité? Quel centre voudrions-nous alors protéger? Il y a là à travailler et à penser ce phénomène d&#8217;inscription sociale qui donne à voir la part la plus intime. Il s&#8217;agit d&#8217;un capitalisme des affects car ce que souhaite l&#8217;entreprise Facebook c&#8217;est générer du trafic convertible en consommation publicitaire et donc en argent. Il n&#8217;y a là aucun machiavélisme, aucun plan général trafiqué par on ne sait quelle puissance occulte. Il n&#8217;empêche que le résultat est là, nous nous livrons, et moi le premier, à cette entreprise de publication de la vie privée pour y attirer le regard de ceux qui passent.</p>
<p>Il faut faire le récit de cette séparation sur Facebook, des signes et des échos, de cette vie-là. C&#8217;est la nôtre.</p>
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		<title>Dans cette chambre</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Jul 2008 16:14:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<category><![CDATA[corps]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Masse opaque se rapprochant de moi. La fenêtre est ouverte. Le rideau vrille par le vent. Il y a une souffle, une densité. Je n&#8217;espère rien de plus que sa peau, lisse et froide. Son souffle est proche. Je l&#8217;entend à peine, pourtant je le sens suffoqué comme en trop de lui-même. Elle passe ses mains sur mon torse, ses jambes légèrement ouvertes, muscles tendus juste à la jointure. Sa bouche se rapproche, elle ne me touche pas, elle me frôle. Il y a une tension. Ses doigts se crispent un peu plus sur ma peau, mes épaules. Son regard est noir, ses paupières sont simplement ouvertes. Mouvements de hanches se frottant au bas de mon ventre, tentant d&#8217;entrer et de sentir, et de glisser. Peau et lèvres, doucement repliées, détendues, changeant de pression, s&#8217;écartant un peu plus, se refermant, palpitant dans cette part là, cherchant quelque chose qui n&#8217;est pas là, qui ne peut pas être là, s&#8217;abstrait de lui-même comme un mouvement sans but. Elle est l&#8217;obscur, présence qui décèle le reste de l&#8217;espace. Je sens ce qui m&#8217;entoure. Il y a une attention décentrée qui ne dit pas son nom. Ses lèvres se rapprochent, je ne cherche pas le contact. Je ne veux rien. Simplement me laisser faire et sentir comment elle touche, comment elle prend, comment elle me prend au premier contact, quand je serais en elle et que tout s&#8217;ouvrira.</p>
<p>Je ne sais pas qui elle est.</p>
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		<title>Propriété des traces mortes</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Nov 2007 00:43:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un des adolescents tués à Villiers-le-Bel tenait un blog (http://chamo6.skyrock.com/) qui devient sa dernière et plus intime trace. A qui appartient les textes, les photos &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un des adolescents tués à Villiers-le-Bel tenait un blog (<a href="http://chamo6.skyrock.com/">http://chamo6.skyrock.com/</a>) qui devient sa dernière et plus intime trace. <a href="http://incident.net/users/gregory/wordpress/12-privatisation/">A qui appartient les textes, les photos de ce blog? A la famille? A Skyrock?</a></p>
<p><a href="http://incident.net/users/gregory/wordpress/categories/economie/">http://incident.net/users/gregory/wordpress/categories/economie/</a></p>
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