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	<title>Gregory Chatonsky &#187; langage</title>
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		<title>Water in milk exists (2008)</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Apr 2009 22:13:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="550" height="350" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="flashvars" value="file=http%3A%2F%2Fubu.artmob.ca%2Fvideo%2Fflash%2FWeiner_Lawrence_Water_in_milk_exists_2008.flv&amp;plugins=viral-1d" /><param name="src" value="http://ubu.artmob.ca/video/flash/player-viral.swf" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="550" height="350" src="http://ubu.artmob.ca/video/flash/player-viral.swf" flashvars="file=http%3A%2F%2Fubu.artmob.ca%2Fvideo%2Fflash%2FWeiner_Lawrence_Water_in_milk_exists_2008.flv&amp;plugins=viral-1d"></embed></object></p>
<p>Lawrence Weiner</p>
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		<title>Reconstitution 2008</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Oct 2008 11:56:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://incident.net/users/gregory/wordpress/31-reconstitution-2008/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<p><a href="http://www.reconstitution2008.com">http://www.reconstitution2008.com</a></p>
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		<title>Le nom des personnes</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Sep 2008 15:22:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Narratologie]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ils avaient disparu avec leurs noms. Chaque fois qu&#8217;ils avaient été prononcé, il ne restait plus que leurs noms. Le corps, la présence, les gestes, toutes ces choses qui font un être humain avec son tissu de singularités, avaient disparus. Il suffisait de prononcer un nom pour que son porteur devienne invisible. Il s&#8217;était longtemps demandé les raisons de cet effacement et avait échafaudé des théories plus ou moins complexes sur la relation entre le mot et son référent. Il s&#8217;était demandé pendant de longs moments, quel avait été le premier et qui déclenchait l&#8217;autre. Il s&#8217;était aussi dit que pour prononcer cette différence entre les deux, il utilisait des mots et qu&#8217;il s&#8217;enfermait ainsi d&#8217;avance dans ce problème irrésolu. Il avait essayé une autre méthode et encore une autre. Moins il y avait de corps dans la rue, plus les noms étaient audibles. On ne savait même plus qui les prononçait, c&#8217;était comme des voix sans support qui affleuraient dans les allées urbaines. La ville était désertée. Les rues n&#8217;étaient plus de passage, la maigre vie qui continuait, se cachait dans les immeubles détruits, dans les sous-sols, dans les trous. Il y avait les prénoms bien sûr, mais aussi simplement les désignations relationnelles, comme par exemple: père, mère, fils, fille, mari, femme, ami, amie, amant, amante, amour, amour. En les prononçant, ils disparaissaient aussi, effaçant dans le langage ce qui pourtant lui avait résisté.</p>
<p>Souffrait-il de cette situation? Son insensibilité ne lui permettait pas de trancher la question. Il restait impartial et il savait simplement qu&#8217;il suffisait à une chose d&#8217;être prononcée, pour ne plus être. Peut-être restait-elle dans le monde, cette chose nommée, mais en tout cas elle devenait inaccessible, constituant sans doute au fil des années, des résidus formant à force d&#8217;entassement des plaques géologiques. Il s&#8217;interrogeait: vais-je disparaître aux yeux des autres et continuer à être conscient de ma présence, ou simplement vais-je être absorbé par le mot et ne plus être, ni pour les autres, ni pour moi? Pour l&#8217;instant, il était, en tout cas il aimait à penser que ce qu&#8217;il percevait du monde était encore la garantie de son existence partagée entre lui-même et ces gens connus et inconnus qu&#8217;il croisait. Personne n&#8217;avait-il donc prononcé son nom? Personne ne pensait-il à lui? Il restait présent parce qu&#8217;il était absent du langage.</p>
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		<title>Le ralentissement d&#8217;un échange</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Sep 2008 10:02:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a un commencement, un moment infime. Les emails s&#8217;enchaînent les unes aux autres, parfois séparés de quelques minutes ou de quelques secondes.</p>
<p>Je replonge mon regard dans les archives de mon compte Gmail. Plus de 400 messages en moins d&#8217;un mois. Est-ce la séduction ou simplement la disponibilité ? Une ferveur de répondre tout de suite, un enthousiasme de savoir l&#8217;autre tout proche, nous envoyant une lettre sans le temps passé à parcourir la distance qui nous sépare. Il y a cet aller et cette venue ; ce jeu de ping-pong, peu importe d&#8217;ailleurs le contenu de la communication, il est anodin et périssable, ce que nous retenons c&#8217;est la brièveté du temps écoulé entre la question et la réponse, c&#8217;est cette brièveté même qui rejoue sur la scène technique la vitesse du commencement amoureux, c&#8217;est elle encore qui est l&#8217;écho de cette distance immédiate du réseau numérique.</p>
<p>L&#8217;échange est sans fin, chaque message produit un nouveau message, parfois il ne contient qu&#8217;un mot, qu&#8217;un émoticon, parfois c&#8217;est simplement le bruissement qui feuillette le temps écoulé d&#8217;un message à l&#8217;autre qui importe. Dans cette vitesse de l&#8217;échange, il y a donc une force très formelle, à la limite de l&#8217;abstraction, qui se tient toute proche de la ligne de fuite du désir. Car ce que je désire ce n&#8217;est pas tel ou tel objet, ce n&#8217;est pas elle en tant que le mot « elle » devient l&#8217;objet de mon désir, c&#8217;est tout un monde, c&#8217;est sa manière de se déplacer, d&#8217;ouvrir les rideaux de la chambre, de fermer délicatement une porte comme une attention trop grande à ce qui l&#8217;entoure et la dépasse, c&#8217;est aussi cette façon qu&#8217;elle a de me répondre immédiatement; totalement, comme pour me dire par cette vitesse sa disponibilité, sa vulnérabilité à mes effleurements. Elle s&#8217;excède, elle est ce désir.</p>
<p>La vitesse n&#8217;apparaît comme telle qu&#8217;a posteriori, quand elle prend fin. La relation amoureuse cesse. On se promet comme des adultes raisonnables ayant déjà assez souffert de rien, de rester en bon terme, c&#8217;est-à-dire de désintriquer ce qui ne l&#8217;est pas, le facteur humain et le facteur amoureux. On se quitte avec ce beau serment auquel on tient plus même à présent qu&#8217;à l&#8217;amour. On reste droit à l&#8217;égard de ce serment, malgré l&#8217;ambivalence, la tristesse et la souffrance de l&#8217;absence, on y tient comme à une promesse faite à soi, faite à l&#8217;autre, on y tient comme ce qui peut encore dans ce désert nous servir de fil d&#8217;Ariane. On joue le jeu. On envoie un email, les heures passent, les jours parfois, rien ne vient, plus aucune réponse. Le message qui était anodin et aimable, on le sait, on le suppose, a été lu. Il a été réceptionné, mais il est sans réponse, et cette destination ainsi suspendue nous place face à un mur froid et opaque, sans doute autrement signifiant que les rapides échauffourées de l&#8217;amour. Il y a du suspend, du silence, le retrait du langage, peut-être cela nous rend-il infiniment triste parce qu&#8217;auparavant le langage n&#8217;était pas fonction du contenu de la communication, mais de la vitesse de l&#8217;échange.</p>
<p>La réponse vient, mais trop tard. Deux jours se sont passés. Elle est anodine, mais que pourrait-elle être d&#8217;autre ? En fait, ce n&#8217;est pas ce contenu explicite qui est en jeu, c&#8217;est la vitesse ralentie, la vitesse devenue délai, trop tard, attente. On est diminué à n&#8217;être que le réceptacle de cette attente. La vitesse du débit est-elle fonction de l&#8217;instrumentalisation dont nous sommes l&#8217;objet dans le champ social ? Ce ralentissement n&#8217;est-il pas fonction de l&#8217;objectivation du désir quand on croit qu&#8217;on désire telle ou telle personne et qu&#8217;ainsi on peut passer d&#8217;une personne à une autre, comme si elles étaient des mondes clos ? Il faudrait se représenter le réseau électronique avec ses fils et ses serveurs, tout cet appareillage, traversé par les rétentions, les anticipations, les prétéritions, les coups et les contre-coups des affects. Les fils sont plus courts ou plus longs selon la matière variable de ces affectivités. Un message met une éternité à arriver à son point de réception parce que le destinataire souhaitait mettre en pause cet échange. On ne saurait mettre de côté la question intentionnelle, car il s&#8217;agit bien d&#8217;une visée quand une personne met en pause un message et introduit une différence entre le moment de la réception et le moment de la réponse renvoyée. Il produit un écart et tente par là même, d&#8217;une manière complexe et paradoxale, de produire du sens à destination de l&#8217;autre. Ne pas répondre immédiatement à un message n&#8217;est pas une attitude neutre. Cette réponse qui n&#8217;a pas eu encore lieu, signale son caractère différé et constitue donc un envoi sans envoi vers le destinateur. Bref, une manière de dire par le silence, justement parce que dans la relation amoureuse passée la vitesse des messages était la rythmique du silence amoureux. Les amoureux qui n&#8217;ont rien à dire, qui se tiennent et se retiennent à ce silence qui n&#8217;est pas un malaise, pas une absence de langage, mais plutôt leurs corps. La réponse est un autre silence, un silence qui est un instrument de pouvoir sur les affects de l&#8217;autre et qui dit: tu as été l&#8217;objet de mon désir qui s&#8217;est à présent retiré.</p>
<p>La variation de vitesse des échanges électroniques est le symptôme de nos écarts sociaux et affectifs. Je te réponds si vite que je n&#8217;ai même pas à y penser. Je diffère ma réponse, voyant chaque jour ce message laissé sans réponse, je te signale ma retenue, mon pouvoir sur toi à te différer, c&#8217;est-à-dire à produire ton attente. Quant à l&#8217;attente du destinataire qui voit le message sans réponse, elle est active au sens où elle est le suspend d&#8217;une action à venir dont le sens est dépendant entièrement de son caractère différé.</p>
<p>Représentons-nous les fils du réseau. Les points d&#8217;entrée et de sortie sont fixes, ce qui varie c&#8217;est la longueur des fils et leurs flexions. Ils sont courbes puis se tendent, se laissent à nouveau tomber et reviennent à la droite. Chaque point donne du mou ou tire le fil selon le rythme affectif.</p>
<p>Peut-être faudrait-il alors explorer, en prenant tout le temps nécessaire qui est sans doute le temps d&#8217;une vie, la proximité entre le commencement amoureux et l&#8217;oubli de l&#8217;amour. Tout semble les opposer et pourtant on pressent déjà cette étrangeté, ce ne sont pas deux moments chroniques qui se suivent l&#8217;un après l&#8217;autre. Il n&#8217;y a pas d&#8217;abord l&#8217;amour puis la séparation, car chacun se reconstruit par rapport à l&#8217;autre. L&#8217;amour est un souvenir retravaillé de fond en comble par la séparation, tandis que cette dernière conditionne la rencontre, elle est tout ce qui précède l&#8217;amour, ce qui en est en même temps la négation et la possibilité : pour aimer, il faut avoir cessé d&#8217;aimer quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p>
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		<title>Des noms de fonctions</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Sep 2008 11:50:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis l&#8217;enfance on apprend à nommer ceux avec qui on est en relation par des noms: papa, maman, ami, tonton, grand-père, etc. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la prononciation de ces noms mêmes qui permet la reconnaissance. Les parents ne sont-ils pas émerveillés d&#8217;entendre ces premiers mots de l&#8217;enfant s&#8217;adresser à eux et ainsi désigner/performer leur relation?</p>
<p>Les affects coulent sur les corps et les peaux, attirance et répulsion, désir et inhibition. Ces flux sont coupés par ces noms, coupés au double sens ou ils sont prélevés (le nom est universalisable) et désignés, donc mis à distance pour être reconnus. Les sentiments sont ambivalents, puissants puis fragiles, métastables. Les noms sont ceux de fonction: comment ton désir fonctionne par rapport à moi? Chaque nom désigne un certain processus, certains attributs, ce qu&#8217;on fait avec l&#8217;autre on ne le fait pas avec l&#8217;un.</p>
<p>Cet entrelacement entre le langage de la fonction et les affects entraîne souvent une identification entre les deux. Quand on aime quelqu&#8217;un, on aime ce nom qu&#8217;il porte, ami, amie, compagnon, compagne, que sais-je encore? Quand ce nom est suspendu ou repris, et qu&#8217;on dit &laquo;&nbsp;Tu ne portes plus ce nom que je t&#8217;ai donné et qui désignait la réciprocité de notre rapport&nbsp;&raquo;, l&#8217;affect ne coule plus sur les peaux, il est coupé, il continue bien sûr à couler mais sans surface pour le faire glisser. C&#8217;est peut-être pour cette raison qu&#8217;il est si difficile pour certains de créer quelques digues pour faire couler ce flux sur d&#8217;autres noms, amitié par exemple.</p>
<p>Sans doute cette nomination du rapport entre les individus, est-elle une façon pour la société de structurer ce par quoi elle fonctionne et ce qui la terrorise, la puissance des affects. Cette organisation est sensible par le fait qu&#8217;un affect qui ne correspond pas au nom donné à une personne perturbe les cadres classiques. La difficulté de cette organisation c&#8217;est qu&#8217;elle est réductionniste. Les individus cherchant un &laquo;&nbsp;amoureux&nbsp;&raquo; ne cherchent-ils pas à remplir de perception un nom laissé vide? Ne s&#8217;agit-il pas dans la quête affective de remplir un dictionnaire vide qui nous a été légué?</p>
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		<title>S&#8217;effacer</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Sep 2008 13:25:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jeu de rapprochement et de distance affective est paradoxal.</p>
<p>La rencontre nous rapproche de quelqu&#8217;un. Hasard de la rencontre et du désir. Hasard de la peau et d&#8217;une présence, façon dont deux corps s&#8217;agencent en deçà de tout langage. Il n&#8217;y a pas de raison à de tels rapprochements. Est-ce une décision arbitraire ? Des mondes ressemblants ? Ou simplement adjacents ? Des lacunes compatibles ? Le téléscopage de deux temsp qui sont aussi deux désirs ? Peu importe, la proximité est là, intimité et solidarité. On se rapproche d&#8217;un corps, on le touche, apporter du plaisir, encore et encore, pour fixer ce regard qui mélange la jouissance et la détresse, cet appel à l&#8217;autre qui est si proche, mais dont la limite des corps rend la proximité distante. Plus on se rapproche, plus l&#8217;inframince devient palpable, matériel, sensible. Il n&#8217;y a aucun mot juste à mettre sur cette proximité. On peut tout juste raturer avec le langage et espérer que dans l&#8217;écart de ces ratures on pourra sentir la différence entre ce qu&#8217;il est dit et ce qu&#8217;il y à dire.<br />
Voyons cette proximité.</p>
<p>Peu importe les raisons de la séparation. Simple incompatibilité de caractère venant progressivement. Simple mésentente. Simple attirance vers un(e) autre. Ou encore retour d&#8217;une relation passée. Il y a toujours des raisons factuelles pour en finir avec cette proximité. Il faut alors se séparer, couper ce lien qui n&#8217;était pas fusionnel, mais insistance d&#8217;une distance, résistance de l&#8217;autre permettant le contact des peaux. On dit des mots définitifs. On se sépare. Puis le silence, on prend de la distance. On peut s&#8217;y faire. On doit s&#8217;y faire. Chacun se fait une raison de ce nouvel état.</p>
<p>Mais entendons la séparation. Au coeur de celle-ci quelque chose résiste. Ce n&#8217;est pas raisonnable de dire cela même si nous le vivons. Nous devrions plutôt le taire, faire comme si de rien n&#8217;était et dire : « C&#8217;est bien fini ! ». Mais voilà, ça insiste au coeur même de la distance. Peut-être est-ce lié au fait que la distance était aussi au coeur de l&#8217;intimité et que perdant l&#8217;autre, se séparant de lui, on retrouve cette distance, et nous en somme étonnés. Je ne suis pas sûr qu&#8217;on ait pensé cette proximité monstrueuse, cette ressemblance informe pour reprendre la formule de Bataille, entre l&#8217;intimité et la séparation.</p>
<p>Il y a la constellation d&#8217;un instant entre la rencontre et la séparation, le sentiment qui nous saisit quand nous nous rapprochons de quelqu&#8217;un, en un clin d&#8217;oeil, et celui qui nous capture quand nous devons nous en éloigner et prendre nos distances. Que se passerait-il si de telles distances n&#8217;étaient pas prises ? L&#8217;intimité continuerait-elle à persister au-delà de son seuil social, nous ne sommes plus ensemble et pourtant&#8230;? Ce serait un autre silence des corps tout aussi précieux et intense que celui qui nous faisait nous rencontrer.</p>
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		<title>Le nom de la parole</title>
		<link>http://incident.net/users/gregory/wordpress/19-nomparole/</link>
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		<pubDate>Tue, 19 Aug 2008 21:19:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[discours]]></category>
		<category><![CDATA[justification]]></category>
		<category><![CDATA[langage]]></category>

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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Chacun travaillait et croyait oeuvrer au nom d&#8217;un concept. Mais c&#8217;était celui-ci pourtant qui était utilisé la plupart du temps pour apporter une justification à un désir individuel. Lui qui doutait de ses actes comme de ses paroles, n&#8217;aurait jamais voulu dire que ceci, l&#8217;oeuvre, fut la simple expression d&#8217;une personnalité, pire encore d&#8217;une intériorité. Cette logique lui était étrangère. Chacun donc parlait, dans les dîners, dans les rencontres impromptues,  de ce qu&#8217;il faisait. C&#8217;est d&#8217;ailleurs une question qu&#8217;il aimait poser, et les réponses variaient entre le détachement et le monologue, mais c&#8217;était toujours la même chose, la même solitude. Une personne s&#8217;énervait contre les autres, les expositions, le milieu de l&#8217;art, d&#8217;autres abstractions encore, il pestait, défendait une autre idée, une autre sensibilité. Il écoutait cette tragédie et savait que finalement derrière il n&#8217;y avait qu&#8217;un seul et même écho: cette personne parlait de ce qu&#8217;il faisait, de ce qu&#8217;il voulait faire. Il utilisait la puissance de l&#8217;idée pour justifier son petit monde, monde qui était à l&#8217;image du silence qui règnait autour de lui, surtout quand il parlait.</p>
<p>Il se demandait: comment avoir une parole juste, puisqu&#8217;il faut parler, non pour défendre son propre travail, sa peau, mais pour penser? Étions-nous donc contraint à ce monologue, à cette parole creuse, ajoutant à nos images des concepts prétextes? Devions-nous nous démontrer? Étais-ce seulement de l&#8217;auto-justification? Il posait ces questions aussi à cet espace dans lequel il écrivait, jour à après jour, ses pensées fugitives. Fallait-il utiliser le langage contre la pensée, conter sa pensée, détruire avec des mots les images, les sons, les données? Fallait-il se livrer à soi-même bataille? Et cette dialectique n&#8217;était-elle pas une posture?</p>
<p>Il s&#8217;arrêta un moment et compris qu&#8217;il fallait &laquo;&nbsp;tenir le pas gagné&nbsp;&raquo;, maintenir l&#8217;exigence que celle-ci entraîne la position ou la négation, peu importe.</p>
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		<title>Éditer les détails</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Aug 2008 11:14:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[base de données]]></category>
		<category><![CDATA[boucle]]></category>
		<category><![CDATA[existence]]></category>
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		<category><![CDATA[intime]]></category>
		<category><![CDATA[Juridique]]></category>
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		<category><![CDATA[procès]]></category>

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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je reçois un message :<br />
<a href="http://www.facebook.com/n/?reqs.php#socialmap">http://www.facebook.com/n/?reqs.php#socialmap</a></p>
<p>Je clique et je peux lire :<em><br />
You lived in Montréal from 2006 to 2008.<br />
</em><em><span lang="EN-US">You dated from 2005 to 2008.<br />
Can you confirm these details are <strong>true</strong>?</span></em></p>
<p>Visiblement on me demande de confirmer ou d&#8217;infirmer quelque chose. On me parle aussi de vérité, de ce qui s&#8217;est véritablement passé. Cette vérité est liée à des dates chiffrées. Il y a 2005, 2006 et 2008 répétés deux fois. Il y a des verbes (To live, To date), un lieu (Montréal). Ce sont des détails. Je sais de quoi il s&#8217;agit et en même temps je me demande de quoi il s&#8217;agit vraiment. Les deux coexistent, cette connaissance et cette ignorance. Je n&#8217;arrive pas à faire le lien entre les deux, à savoir ce que je sais et ce qui reste ainsi dans cette demande inconnu.</p>
<p>Intuitivement je ne clique pas, pas encore, je suspend ma réponse et je réfléchis, non comme un déni de la situation, mais parce qu&#8217;entre ce que j&#8217;ai vécu avec elle et cette inscription, cette demande d&#8217;inscription sociale, il y a un désaccord que rien ne viendra résorber. Les faits sont exacts, les dates aussi sans doute (même si je n&#8217;ai pas cette forme de mémoire chronologique). Montréal me dit effectivement quelque chose, j&#8217;y ai vécu, j&#8217;y vis encore. Comment pourrais-je le nier? Mais puis-je confirmer que ces détails sont vrais ? La formulation même de cette question me fait penser à une forme juridique, à un procès dans lequel on tente d&#8217;accorder différents témoignages. D&#8217;ailleurs pour que ces événements soient mémorisés dans Facebook, il faut que je les confirme. Plus exactement, il faut trois choses, qu&#8217;une personne les écrivent, envoie la demande de confirmation à un tiers et que cette confirmation ait lieu effectivement. L&#8217;ensemble de ce processus est langagier, il a affaire avec l&#8217;écriture. Tout ceci est empli de suppositions, sur ce qu&#8217;est la vérité : au moins deux personnes doivent s&#8217;accorder sur des faits. Mais ces faits, vivre ensemble, s&#8217;aimer, partager un moment de vie, sont-ils accordables ? N&#8217;est-ce pas l&#8217;inaccordable même entre deux personnes ? N&#8217;est-ce pas la situation même du différend que l&#8217;on ne peut chercher à résorber que par la construction et l&#8217;imposition d&#8217;une autorité langagière sous la forme d&#8217;un métalangage ?</p>
<p>La confirmation aura des conséquences sur ma « carte sociale ». Cette carte permet de retracer certains événements sociaux de mon existence, mes amitiés, mes amours, mes activités professionnelles, que sais-je encore. Cette carte appartient à FB. Elle pourra, si on le décide, être recoupée à d&#8217;autres informations inscrites dans la base de données de FB. Le temps que j&#8217;ai passé sur ce site, les messages envoyés et reçus, les sites que j&#8217;ai été voir avant ou après l&#8217;utilisation de FB, etc. En recoupant ces différentes informations, on pourra (mais qui « on » ?) déduire sans doute un certain emploi du temps, certaines préférences, certains affects. Dans 10 ans, dans 20 ans, j&#8217;aurais sans doute oublié tous ces sentiments, tous ces événements, tout ce moi ancien qui n&#8217;existera plus que dans les déductions faites à partir d&#8217;une base de données privée appartenant à une entreprise. L&#8217;inscription perdra son inscripteur, son référent, je suis pris dans un devenir, je ne serais plus le même, et elle deviendra quelque chose d&#8217;unique, de singulier, une trace, souvenir d&#8217;une époque passée.</p>
<p>Pour que cette inscription démesurée et inédite dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité ait lieu, inscription des anonymes que nous sommes, inscription mettant en défaut tout idéal artistique de faire histoire, il faut se mettre préalablement en accord sur les faits. Nous nous sommes aimés de 2005 à 2008. Nous avons vécu à Montréal de 2006 à 2008. Ma confirmation permettra d&#8217;en finir avec cette relation puisque ceci sera non seulement rendu public, mais ceci fera aussi parti de sa carte sociale comme de la mienne à l&#8217;avenir. Nous pourrons alors exhiber la preuve de notre amour et de notre relation. « Vous voyez je l&#8217;ai aimé et elle m&#8217;a aimé » puis qu&#8217;elle a et que j&#8217;ai confirmé cet état de fait.</p>
<p>Faisons à présent un effort, délaissons la structure technique pour revenir au sentiment tendu de la séparation, dans cet aller et retour que nous tentons de ménager au fil de ce blog depuis plusieurs semaines. À l&#8217;intimité succède l&#8217;infini de la mise à distance s&#8217;écartant toujours d&#8217;elle-même, écart s&#8217;approfondissant comme une promesse non tenue. Ne sentons-nous pas alors que cet amour a été comme rêvé ? N&#8217;avons-nous pas un doute profond sur la réalité de ce que nous avons vécu, le sentiment si intense d&#8217;une absurdité de la distance comme si son articulation à l&#8217;intimité faisait défaut ? Comment pouvons-nous passer de cette si grande proximité à cette distance si froide, si réglée, si définitive ? Comment le possible a-t-il pu ainsi se refermer ? Quelle est cette ligature du devenir ? En retour, comment avait-il pu avoir lieu s&#8217;il a pu ainsi se refermer ? La proximité amoureuse nous semble alors appartenir à un autre temps, à un autre moment de notre existence qui s&#8217;est détaché de nous. Si je confirme les faits, pourrais-je à l&#8217;avenir les rééditer ? Pourrais-je revenir sur les faits et dire par exemple que nous ne nous sommes pas vraiment aimés ? Pourrais-je réactualiser le passé dans le présent puisque le passé amoureux est toujours une promesse ? Pourrais-je en somme être en accord avec ce retour incessant que chacun de nous réalise secrètement dans la mémoire de nos relations amoureuses ? Et si je ne peux revenir dessus, si je ne peux modifier cette inscription réalisée à un moment donné, dans un certain état d&#8217;esprit qui peut toujours changer, cela ne voudrait-il pas dire que le récit ainsi fait est inévitable et chronologique ? FB est une certaine modalité d&#8217;inscription autobiographique ou la réalité de ce qui a eu lieu s&#8217;élabore à partir de la confirmation entre plusieurs personnes sur des faits. FB est un récit dont les règles implicites modélisent l&#8217;accès à ce que nous avons été.</p>
<p>Je clique sur « Ignore ». Je ne confirmerais pas ces faits, non parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas eu lieu, mais parce que le fait même de la confirmation n&#8217;est pas neutre, elle serait performative et produirait des effets dont les répercussions me semblent en désaccord profond avec la réalité existentielle de ce qui a eu lieu. Il y a deux boucles : la première est fondée sur l&#8217;inscription confirmée dans une base de données, la seconde est basée sur l&#8217;inscription changeante de notre mémoire. La première est un fantasme d&#8217;un retour intégral de notre existence, car la base de données porte en elle cet absolu fantasmatique et c&#8217;est pourquoi il faut que plusieurs personnes confirment et s&#8217;accordent sur les faits comme pendant un procès. La boucle est un retour du même. Elle est le procès de l&#8217;histoire, au sens hégélien, en train de se faire. La seconde n&#8217;est pas une inscription définitive, d&#8217;ailleurs elle ne s&#8217;inscrit sur aucun support. Elle est inscription si et seulement si je fais et je refais retour vers elle, si par exemple le matin encore somnolent je convoque le souvenir d&#8217;une peau et d&#8217;un désir, un sourire, la courbe d&#8217;une hanche. Elle n&#8217;existe que dans ce temps, ni présent ni passé, dont Proust parlait. La boucle est un retour de la différence, de cet écart du temps entre l&#8217;intimité passée et l&#8217;indifférence présente.</p>
<p><em><span lang="EN-US">Can you confirm these details are <strong>true</strong>?</span></em></p>
<p>Cette question est la forme de l&#8217;inscription existentielle par défaut. Or, on sait bien que l&#8217;inscription et l&#8217;existence même entretiennent des liens forts. La manière dont j&#8217;inscris ma vie, modèle pour une grande part ma vie. Le récit que je réalise performe l&#8217;avenir de ce qui sera raconté. Ai-je le désir que ce que j&#8217;ai vécu appartienne à FB ? Que les règles d&#8217;inscription soient celles décidées par FB ? Ou est-ce que je préfère rester dans la ligne de fuite d&#8217;un problème en disant : « Nous nous sommes aimés ? », question à jamais tenue vers l&#8217;autre.</p>
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		<title>&#171;&#160;Prenez soin de vous&#160;&#187;, Sophie Calle (DHC, Montreal)</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Jul 2008 15:15:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Expositions]]></category>
		<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[différend]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Hier, je suis enfin passé voir l&#8217;exposition Sophie Calle au DHC. Au début, amusé par le propos, j&#8217;ai souvent souri (du fait de ma situation personnelle), puis des questions ont rapidement vu le jour et pour ainsi dire une certaine critique dont je vais lister les points sans vraiment les rédiger. L&#8217;exposition est intéressante par ce qu&#8217;elle suscite.</p>
<p>Le propos de départ est simple. Une lettre de séparation d&#8217;un homme soumise à 3 procédures de traduction :</p>
<p>1/ Demander à des femmes ayant      des <strong>métiers </strong>différents de jeter un coup d&#8217;oeil professionnel à cette      lettre.<br />
2/ Demander à des femmes du      <strong>spectacle </strong>de jouer cette lettre : chanter, déclamer, danser, etc.<br />
3/ Rejouer cette lettre, et      l&#8217;absence de l&#8217;homme, selon un motif <strong>médiatique </strong>: cinéma, interview,      radio.</p>
<p>La polarité homme/femme n&#8217;est jamais questionnée, ou si vous voulez le <strong>différend sexuel.</strong> Ce sont seulement des femmes qui sont interrogées, comme si d&#8217;avance on savait ce à quoi se réfèrait le mot « femme ». Elles y projettent alors leur propre histoire, parfois avec un certain ressentiment. Je suis étonné de la transformation du féminisme actuel passant d&#8217;une identité comme construction culturelle (Simone de Beauvoir) à une identité naturaliste et génétique .</p>
<p>La procédure artistique n&#8217;est jamais questionnée alors même que la méthodologie adoptée semble aller dans cette direction. Je m&#8217;explique : il s&#8217;agit pour Calle de donner la parole à d&#8217;autres sur un événement dont elle ne sait que faire (sans doute parce que la lettre verrouillait d&#8217;avance toutes possibilités de réponses). Or, chaque intervenante répond à la question posée par Calle mais jamais ne lui renvoie une question (qui est d&#8217;ailleurs la seule intéressante) sur <strong>sa propre posture.</strong> Que fait-elle en faisant ce qu&#8217;elle fait ? Quelle est sa typologie ? Sa position ? On pourrait fort bien estimer que cette question est posée en creux, mais ce serait là une rhétorique facile consistant à dire que quelque chose est là justement dans son absence. D&#8217;ailleurs au regard des autres dispositifs (le 3.), je ne pense pas qu&#8217;il y ait même ce désir de retournement sur soi.</p>
<p>Du fait, de cette unilatéralité du dispositif, celui-ci se présente comme autre chose ce qu&#8217;il est. Il se présente comme une élaboration grand public de la mort de l&#8217;auteur : je n&#8217;ai rien à dire donc je suis hanté par la voix des autres. Sauf que finalement je <strong>maîtrise totalement les règles du jeu</strong> qui ne sont jamais déjouées. Or, déjouer le jeu, défier les règles, jouer de la différence entre la mise en pratique des règles et leur défaillance dans un aller-retour permanent est un des motifs fondamentaux de notre esthétique.</p>
<p>Cette posture de maîtrise totale a pour conséquence un ton désagréable qui peut faire rire, mais qui finalement est assez stupide et dire que ce n&#8217;est pas Calle qui parle me semble un faux-argument, c&#8217;est toujours elle qui parle bien sûr, c&#8217;est elle qui choisit, met en scène, décide des règles et du dispositif. En flânant dans cette exposition, j&#8217;ai immédiatement pensé à un autre travail, oh combien plus différentiel et sensible, le livre de<strong> Marcelle Sauvageot</strong> nommé « Laissez-moi », récit autobiographique d&#8217;une séparation. Et c&#8217;est même jusqu&#8217;aux titres entre le « Laissez-moi » et « Prenez soin de vous » qui créé un écart immédiat et intuitif, qui signale deux postures. La première se donne à elle-même, elle s&#8217;ouvre à sa propre possibilité, elle s&#8217;exprime en son nom et elle s&#8217;adresse profondément à l&#8217;autre. La seconde ne fait que citer l&#8217;autre, elle dénigre, tournes-en ridicule non par quelque humour léger, mais plutôt par <strong>ressentiment</strong>, elle est une phrase tournée vers soi-même, vers le « vous » qui est Sophie Calle.</p>
<p>Le thème de la séparation a donné lieu à tellement d&#8217;ouvrages magnifiques, sensibles, émouvants que le travail de Calle me semble bien mince, comme une recette appliquée, malgré les moyens et l&#8217;argent déployés. D&#8217;ailleurs le point de départ même du travail consistant à partir d&#8217;un seul événement, d&#8217;une simple lettre, pour l&#8217;aborder de plusieurs manières avec plusieurs personnes, et ce sont bien tous des personnages puisqu&#8217;ils sont réduits à leurs fonctions sociales (à leurs métiers), est encore un mécanisme très daté. C&#8217;est le <strong>roman naturaliste du XIXe.</strong> Est-ce une découverte qu&#8217;un même événement peut donner lieu à autant d&#8217;interprétations qu&#8217;il y a d&#8217;individus ? Sommes-nous encore dans l&#8217;époque de cette forme de subjectivité ? Mon intuition, qu&#8217;il faudrait sans doute développer, je le sais bien, c&#8217;est qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un motif un peu passé, quelque chose d&#8217;autre arrive aujourd&#8217;hui dans la subjectivité amoureuse.</p>
<p>Il y a comme une atmosphère dans l&#8217;exposition, qui plane de manière diffuse : une certaine haine envers <strong>le langage</strong>, une certaine défiance, et pourtant cette exposition avant d&#8217;être visuelle (j&#8217;avoue que les images sont décevantes et ne tiennent pas vraiment l&#8217;oeil) est textuelle. Ce qui nous fait sourire c&#8217;est <strong>le texte</strong>. Il est d&#8217;ailleurs étrangement mis en scène ce texte, très design, parfois typographié, parfois écrit, avec de la découpe laser, sur du métal, avec un double fond, que sais-je encore. C&#8217;est une véritable revue des manières de mettre en scène du texte dans une exposition. Cela fait un peu catalogue et puis c&#8217;est assez précieux, ça fait vraiment penser à une esthétique méticuleuse du XIXe, un cabinet des curiosités. Les choix subjectifs de Calle sur la mise en scène (ou la mise en boîte) des textes montrent bien qu&#8217;en fait sa posture est un méta-langage, c&#8217;est-à-dire une <strong>autorité</strong>. En effet, un petit détail matériel le prouve : parfois sur la vitre qui est au-dessus du texte, en sérigraphie je crois, il y a un mot encerclé, une note, et ça c&#8217;est le langage de Calle, c&#8217;est elle qui place au-dessus de la parole des autres, sur la vitre, mais aussi hiérarchiquement, son langage. La parole des autres n&#8217;est donc qu&#8217;un prétexte à un métalangage, et c&#8217;est pour cela que l&#8217;exposition manque finalement d&#8217;humour et reste ressentimentale.</p>
<p>Concernant la destination même de l&#8217;exposition, il y a un côté très « <strong>people </strong>» qui consiste à mélanger des gens « normaux » à des « célébrités ». C&#8217;est d&#8217;ailleurs le propre des mass médias actuels de procéder à un tel mélange. Sophie Calle reprend à son compte ce qu&#8217;on pourrait nommer une esthétique de la télé-réalité. On sourit quand on lit la lettre de la petite écolière (c&#8217;est l&#8217;école des fans), on sourit quand on reconnaît Mazarine en normalienne appliquée. Ce sont exactement les mêmes mécanismes que ceux de la télévision. Est-ce une manière de se rapprocher du grand public ? De rendre accessible cette oeuvre ? Mais n&#8217;a-t-on pas alors une idée préconçue et méprisante du public? Ne se soumet-on pas alors de façon précritique aux clichés de l&#8217;esthétique télévisuelle ? Et c&#8217;est peut-être pour cela que cette proposition artistique me semble si ancienne, si datée et comme parler d&#8217;un autre monde disparut. Il parle du monde de la télévision dans lequel nous ne sommes plus, en tout cas c&#8217;est que je crois. <em>Quid </em>des multitudes contemporaines ? <em>Quid </em>de toutes ces singularités indifférenciées qui peuvent s&#8217;inscrire à même le réseau ? <em>Quid </em>des bases de données de tous ces individus, les gardant en mémoire et avec eux les traces de leurs vies ? Il y a ce dispositif un peu médiocre avec une quarantaine de moniteurs et toutes ces femmes qui récitent, chantent, déclament la si fameuse lettre: c&#8217;est un <strong>théâtre</strong>, rien de plus, mis en scène par l&#8217;omniprésente artistique. Les femmes jouent le rôle des femmes, chacun est à sa place.</p>
<p>Pour être convaincu que la posture de Sophie Calle est un peu problématique, il suffit se s&#8217;asseoir dans la salle cinéma, radio et interview et de s&#8217;arrêter devant ce dernier dipositif. Nous sommes sur les chaises de metteur en scène que nous voyons à l&#8217;écran (merci pour la récursivité!). L&#8217;artiste est sur la chaise de gauche, sur celle droite il y a la lettre de l&#8217;homme, et elle va s&#8217;adresser à cette place vacante , à cette lettre comme si elle s&#8217;adressait à lui. Elle parle, je suppose en son nom propre, et il faut entendre ce qu&#8217;elle dit, le petit récit de la séparation, les petites réactions. Il manque quelque chose. Il manque une place vacante, peut être celle de l&#8217;homme qui aurait pu être la nôtre, <strong>il nous manque du néant</strong> pour investir ce jeu, du néant en Sophie Calle, entre les deux. Une incertitude des voix, un indécidable. C&#8217;est simplement une mise en scène, rien de plus, rien n&#8217;effleure.</p>
<p>Pour finir, une image étrangement me reste, c&#8217;est la vidéo du <strong>perroquet</strong>, mangeant la lettre, bruissant de son petit cri de volatile. Je ne comprenais pourquoi cette vidéo, et seulement celle-ci, me semblait juste par rapport à la question de la séparation. N&#8217;est-ce pas parce que justement dans celle-ci le genre (sexuel, génétique, langagier) est dans un rapport indéterminé. Je ne sais pas très bien ce que fait le perroquet, il ne répond pas à un plan déterminé par la mise en scène, il est imprévisible, il y a événement. Comme quoi, il n&#8217;est pas si difficile dans une image, dans une seule image de produire quelque chose qui opère véritablement d&#8217;un point de vue esthétique.</p>
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		<title>Es-tu humain?</title>
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		<pubDate>Mon, 26 May 2008 11:17:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Technologies]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://incident.net/users/gregory/wordpress/wp-content/uploads/2008/05/myspacehumain.jpg" rel="lightbox[2479]"><img class="alignnone size-medium wp-image-2480" title="myspacehumain" src="http://incident.net/users/gregory/wordpress/wp-content/uploads/2008/05/myspacehumain-300x220.jpg" alt="Copie d'écran de myspace" width="300" height="220" /></a></p>
<p>Comment vérifier que l&#8217;interlocuteur est un être humain? Voici la question qui hante l&#8217;informatique depuis Turing et qui provient sans doute du siècle des Lumières. Le doute de l&#8217;Aufklarer se demandant si le chant du rossignol n&#8217;est pas l&#8217;imitation d&#8217;un jeune homme malicieux muni d&#8217;un hapeau (E. Kant, <em>Critique de la faculté de juger</em>, Aubier, § 42, p. 288.).</p>
<p>Cette question qui était théorique devient une pratique sociale généralisée avec le web 2.0 afin de contrer l&#8217;envoi automatisé de post. Comment savoir qui écrit un commentaire sur mon blog? S&#8217;agit-il de mon semblable? Comment vérifier qu&#8217;entre le destinataire et le destinateur d&#8217;un texte il y ait réciprocité? Sans développer on comprend rapidement que ces questions fort complexes en théorie littéraire, trouvent un champ d&#8217;application très concret dans le domaine de la gestion et du contrôle de l&#8217;information.</p>
<p>Pour vérifier l&#8217;humanité de l&#8217;interlocuteur on met en scène sa capacité à entendre, à décrypter une information brouillée, c&#8217;est-à-dire un texte déformé, c&#8217;est le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Captcha">Captcha</a>. Que la vérification de l&#8217;humanité soit fondée sur un tel protocole est symptomatique de ce qui constitue aujourd&#8217;hui l&#8217;inconscient de notre relation à la technique, non pas la rationnalité pure mais une rationnalité tissée de tensions. Lire l&#8217;illisible, passer outre une information mal-formée.</p>
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