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	<title>Gregory Chatonsky &#187; nostalgie</title>
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		<title>Le milieu du vide</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Oct 2009 11:42:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour une certaine génération, la mienne, Internet fut un espace de vide qui permettait de passer outre les structures classiques de validation. Même si le réseau ne fut jamais underground mais toujours pop, parce que le www consistait justement en cette visibilité massive à la différence des circuits privés des BBS, nous n&#8217;étions pas si nombreux entre 1994 et 1999. Ce qui se faisait à ce moment là sur Internet était d&#8217;ailleurs spécifique, plusspécifique que ce qui se réalise aujourd&#8217;hui. On retrouve cette exploration  spécifique du médium dans l&#8217;histoire de l&#8217;art vidéo dans les années 70-80 par exemple. Elle concerne la genèse et la découverte des supports.</p>
<p>Il y avait du vide sur Internet et donc du possible. Nous étions visibles parce que nosu étions peu nombreux. Quelques uns à peine. Nous pouvions donc inventer ce que nous faisions et être à l&#8217;écart, malgré les limitations techniques, de ce que l&#8217;économie imposa plus tard à la perception navigative. Ce fut donc un vide par défaut.</p>
<p>Actuellement, la structure s&#8217;est inversée. Nous sommes noyés dans le réseau. Tout le monde s&#8217;y met, avec de moins en moins de spécificité (et quand il y en a, elle prend d&#8217;ailleurs souvent la forme nostalgique du lowtech, d&#8217;une origine perdue du netart qui doit se décontextualiser de la situation actuelle et sociale du réseau). Il y a une quantité de sites de socialisation artistique, de médiation. Chaque peintre, céramiste, graveur a un site (dont le modèle graphique d&#8217;ailleurs s&#8217;est homogénéisé. Il y aurait toute une étude à faire sur la norme visuelle des sites d&#8217;art contemporain), une image sur Internet. On s&#8217;y perd. On y comprend plus rien par saturation de données. On doit passer d&#8217;un site à un autre, il y a tant de choses à voir, on ne s&#8217;arrête sur rien, on ne prend pas le temps parce que le temps du flux nous prend. De sorte qu&#8217;Internet es devenu, concernant cette question de la transmission esthétique, exactement l&#8217;inverse de ce qu&#8217;il était: un espace  dont il faut échapper, où il ne faut pas être.</p>
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		<title>Quatre-vingt</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Sep 2008 22:44:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;aimerais un jour rendre compte de l&#8217;atmosphère des années 80 qui furent aussi mes années d&#8217;adolescence, de ce qui régnait alors à Paris. Il y a là quelque chose d&#8217;indéfinissable, une odeur, une époque que nulle définition ne peut résumer. Était-ce le temps ou simplement notre temps, l&#8217;adolescence, qui rendait tout si dense? On avait le sentiment de découvrir des mondes, aux frigos du 13ème, les bandes, la musique et les concerts. Avec le recul, il y avait vraiment une étrange atmosphère, chacun avait son style et portait ses couleurs. On pourrait en rire à présent, mais c&#8217;est beaucoup plus profond. Il avait ces territoires, squats et terrains vagues ou tout pouvait arriver, le pire comme le meilleur. Souvent on courait, il y avait le risque de se faire attraper, parfois on faisait courir aussi, pour rire. Et tout s&#8217;articulait autour de la musique, de notre musique, si minoritaire, totalement absente des médias. Sans doute est-ce la dernière période ou l&#8217;underground n&#8217;était ingurgité. Nous avions nos propres circuits, nos propres mondes, tout s&#8217;organisait. Les concerts étaient à 10 ou 30 francs, les lieux étaient louches. Je me souviens surtout du Quai de la Gare et aussi pas loin de Beaubourg, en sous-sol, de cette salle de répétition tenue par je crois le bassiste des WDC. On y venait, on jouait à jouer de la musique, à voir ses copains, on allait dans les appartements, les parents absents ou bien dans une autre pièce. On fumait et on buvait beaucoup, on sortait dans la rue se rire des passants, on pouvait se le permettre.</p>
<p>Parfois une bande de skins, nous voilà courant, mais on s&#8217;esquivait toujours. On se faisait embrouiller par les DB qui vraiment n&#8217;avaient rien d&#8217;autres à faire devant la porte Lescot. Chaque territoire parisien appartenait à une bande, on pouvait les croiser, s&#8217;échapper. Nous nous n&#8217;étions d&#8217;aucune d&#8217;elle, passant simplement d&#8217;un lieu à un autre, d&#8217;une soirée à une autre, écoutant toujours de nouveaux disques, essayant de mimer je ne sais quel modèle vestimentaire. Il y avait les fringues et tout se passait comme s&#8217;il existait un modèle que nous voulions copier, un truc qui nous plaisait chez un autre, un détail. On y était attentif. Étrange mélange de conformisme et de singularité, de conformisme dans la minorité pourrait-on dire. Mais tout ceci ne permet pas de dire, de narrer cette atmosphère brumeuse et industrielle des années 80, si loin du petit revival kitch que nous vivons actuellement. Nous existions alors sur des pistes et des territoires que d&#8217;autres avaient laissés. Personne ne pourra sans doute écrire cette histoire secrète de Paris, pas seulement les bandes, mais les gens inconnus qui étaient pour nous des espèces de célébrité underground et qui sont sans doute mort à présent.</p>
<p>Nous étions ensemble, soudés sans doute par la recherche de quelque chose, et peut-être chacun de notre côté cherchons dans nos activités présentes l&#8217;odeur de cette solidarité juvénile. A 14-15 ans, nous avions pensé à ce moment que nous vivons actuellement de notre trentaine passé et peut-être certains d&#8217;autres nous ont promis une espèce de pacte secret à cette adolescence, d&#8217;en rester proche, intimement, chacun à notre façon, de ne pas s&#8217;intégrer à cet ordre que nous trouvions, et sans doute encore aujourd&#8217;hui, tellement ridicule. Il reste de nombreuses traces dans nos vies de ces expériences passées. Elles nous ont formé de part en part, aménageant la transition entre l&#8217;adolescence et l&#8217;âge adulte.</p>
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