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	<title>Gregory Chatonsky &#187; oubli</title>
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		<title>Docam: Présentation de Grégory Chatonsky (Montréal, CA)</title>
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		<pubDate>Sat, 18 Apr 2009 12:16:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Production, diffusion et conservation des mémoires numériques]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>NOTRE MÉMOIRE<br />
(Production, diffusion et conservation des mémoires numériques)<br />
</strong></p>
<p><strong>INTRODUCTION : L’INEXTRICABLE MEMOIRE</strong><br />
&laquo;&nbsp;Le fait d&#8217;appartenir à ce moment ou s&#8217;accomplit un changement d&#8217;époque (s&#8217;il y en a), s&#8217;empare aussi du savoir certain qui voudrait le déterminer, rendant inappropriée la certitude comme l&#8217;incertitude. Nous en pouvons jamais moins nous contourner qu&#8217;en un tel moment: c&#8217;est cela d&#8217;abord, la force discrète du tournant.&nbsp;&raquo; Maurice Blanchot</p>
<p>La difficulté de notre sujet, la mémoire comme inscription matérielle, tient à son  intrication. En effet, la mémoire est tout autant à son origine qu’a sa fin. Elle boucle sur elle-même : les artistes sont des mémoires, extériorisent celle-ci dans des supports, ceux-ci sont conservés ou oubliés, etc. Existe-t-il une extériorité à la mémoire ?<br />
Nous vivons sans doute une époque majeure de la mémoire, dans le domaine artistique la répartition entre production, diffusion et conservation est bouleversée entraînant une redéfinition du rôle de chacun.</p>

<p><strong>LE FANTASME D’UNE MEMOIRE ABSOLUE<br />
</strong>Le numérique est apparu comme la promesse d’une mémoire exhaustive. Une idéologie s’est dévelopée autour du numérique comme mémoire absolue et sans faille.<br />
1.    L’immatérialité<br />
Une mémoire partout et nulle part.<br />
2.    La duplication<br />
Une mémoire sans origine, cad sans originarité. Il suffit d’acheter du support pour augmenter sa mémoire : augmentation de la densité des supports, course en avant. Mais la question de savoir ce que nous déléguons finalement comme mémoire à l’informatique, reste impensé. Quel type de mémoire extériorisons-nous ?<br />
3.    L’indépendance du support<br />
Les prologues platoniciens (Protagoras) : comment garantir à une mémoire une indépendance par rapport au support d’inscription pour assurer son caractère absolu ? Le numérique réitère la stratégie platonicienne en l’inversant : l’origine se perd dans la fin avec le numérique, parce que ce n’est plus au début que tout se joue mais dans la diffusion.<br />
Cette indépendance créé l’idée d’une mémoire en réseau ou partagée qui peut circuler dans des fils : l’inscription est secondaire, elle est temporaire. Transformation de la notion d’inscription qui n’est plus un phénomène durable, ce qui paradoxalement garantie une meilleure survie de la mémoire.</p>
<p><strong>L’INTEGRITE TECHNOLOGIQUE DES MEMOIRES</strong><br />
Toutefois notre expérience de la mémoire numérique est toute autre et est contradictoire à cette idéologie. Récit de la perte de fichier WORD et de la destruction d’un ordinateur : dépression qui signale une intimité.<br />
La mémoire numérique est périssable pour plusieurs raisons.<br />
1.    Les limites du binaire<br />
Le binaire doit être exhaustif. Si un seul signe manque, tout manque, alors que les anciens supports supportaient bien les erreurs, les repentirs, les effacements. Ceci est lié à la nature mathématique de l’informatique dans laquelle les éléments discrets sont en flux.<br />
Position<br />
2.    La matérialité<br />
La mauvaise qualité des supports d’inscription entraîne un effacement précipité. C’est un phénomène qui est structurellement lié à l’industrialisation : peintures impressionnistes. Quelle relation entre l’externalisation de la mémoire et l’industrialisation ?<br />
My hard drive…<br />
3.    La séparation entre le dur et le mou : le flux liquide<br />
Avec l’informatique la relation lecture/inscription entre dans une nouvelle période : une partie de la lecture est déléguée au support, le support lui-même s’interprète, se traduit de lui-même. Un même message peut être sur plusieurs supports. Récit : on trouve un cd-rom dans 500 ans mais on a pas l’ordinateur, pas le logiciel pour le décrypter. Est-ce une situation analogue aux hiéroglyphes ?<br />
Reconnaissance<br />
</p>
<p><strong>LA MEMOIRE DES SUJETS ANONYMES</strong></p>
<p>Mort et technologie.<br />
Cette transformation dans la mémoire est fondée sur un phénomène plus large dont la dimension est sociologique. C’est l’ensemble de la mémoire de la société qui est bouleversé, et ceci en un sens très concret que chacun, les anonymes, peut inscrire et sauvegarder des signes. Ceci transforme jusqu’à la structure même de l’historialité, cad le critère d’évaluation de la mémoire. Désorientation.<br />
On ne peut comprendre la mémoire des arts que dans ce contexte élargi.<br />
1.    La base de données<br />
La base de données est la structure technologique majeure qui structure la logique des mémoires. Elle est un tableau. Rien de plus. Lev Manovich : narration versus index.<br />
Sous Terre (lagune)<br />
Last life (paradoxe)<br />
My life… (contrat) : video ensuite dont la mémoire est l’œuvre<br />
2.    L’inscription de tous<br />
Le fait que chacun puisse inscrire quelque chose est un phénomème très important. C’est la première fois dans l’histoire que cela arrive. Comment les historiens feront-ils le tri dans quelques années. (cf la passion des anonymes)<br />
Listening Post<br />
3.    Le détournement des mashups<br />
La notion de mashups est très intéressante pour définir la mutation de la mémoire comme copier/coller, non-originaire, replicable. Est-ce encore une inscription ? Peut-il y avoir inscription sans désir de préserver son origine ? Question du droit d’auteur (droit de mémoire comme droit de celui qui a créé la mémoire et comme droit aussi de celui qui reçoit et s’approprie la mémoire).<br />
Le mashup permet de comprendre que la production artistique est de part en part liée à la mémoire. En effet, flux et mémoire : couper le flux, traduire ce qui est coupé (décontextualiser) et le mémoriser pour en faire un nouvel objet.<br />
Hans Haacke, News (1969)<br />
Le mashup met en avant la circulation dans la mémoire : caractère insaisissable de la mémoire numérique que des services comme archives.org essayent de stabiliser.<br />
Le registre<br />
</p>
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<p><strong>LA DIFFUSION DE LA MEMOIRE</strong></p>
<p>Je prendrais appui sur l’exposition à Oboro pour questionner les difficultés propres à la diffusion des mémoires numériques.<br />
1.    L’instabilité des processus connectés<br />
Alors que l’œuvre d’art est fondé sur un désir de stabilité dépassant la finitude humaine, l’œuvre numérique connecté est instable. C’est vrai d’une grande partie de l’art contemporain, mais avec le numérique cela devient une condition sociale.<br />
Quel est le temps et l’espace d’une œuvre en réseau ? Que nous montre-t-elle au juste ? De quoi est-elle la présentation ?<br />
Cette impossibilité à saisir de façon stable les phénomènes est courant dans l’art contemporain :<br />
Dan Graham, Past/Present Split<br />
Par un dispositif technologique on répète selon une hétéroisomorphie les conditions transcendantales de la perception. Cf Peter Campus, Interface.<br />
Raconter quand le flux RSS World State a changé : l’artiste devient observateur de la relation entre son œuvre et le monde des flux. Il faut vérifier, monitering, adapter le code. Question de la durée de vie de l’œuvre et de la relation vivante entre l’artiste et l’œuvre.<br />
Peut-on accepter la finitude de l’œuvre sans renoncer à l’art ?<br />
2.    Le mode d’emploi<br />
La question du mode d’emploi se pose de façon accrue avec les œuvres numériques. Ce n’est pas une question nouvelle que celle de l’immanence de l’œuvre d’art. Quelles sont les conditions de ce mode d’emploi ? Un cartel ? Une documentation transportable ? Un guide ? Il va de soi que ce mode d’emploi constitue la première externalisation forte de la mémoire de l’œuvre et doit servir de modèle à la conservation parce qu’elle intègre une instrumentalité, une valeur d’usage.<br />
Double contrainte : médiation public et découverte.<br />
3.    Le projet Art Farm<br />
L’artiste doit de plus en plus intervenir dans le cours de l’exposition. Alors que les réparations étaient auparavant déléguées aux institutions, la spécificité des logiciels fait que l’artiste doit souvent être derrière son œuvre. Réaction des organismes face à cette place de plus en plus importante et difficulté pour les artistes de tout suivre.<br />
Il faut donc inventer un MONITERING des œuvres d’art. C’est l’objet d’Art Farm.<br />
ZRON, APPMONITOR,WMWARE, etc. Virtualisation des machines, pb de compatibilité.<br />
Bref il devient de plus en plus difficile de distinguer les pôles de production et de monstration. Les artistes doivent intervenir sur les conditions technologiques du commissariat et les commissaires sur certaines conditions de la production. Beaucoup d’organismes réagissent mal à cette interdépendance et estiment que l’instabilité est liée au non-professionalisme des artistes alors que c’est la situation de notre époque.</p>

<p><strong>LA CONSERVATION DES ARCHIVES LOGICIELLE ET MATERIELLE</strong><br />
Instabilité structurelle des mémoires numériques qui sont en réseau : comment concevoir une conservation qui par définition est une stabilisation ?<br />
Indiana Jones<br />
S. LeWitt<br />
Boltanski<br />
Jochen Gerz<br />
1.    Quel avenir pour les musées ?<br />
Les musées sont soumis à des difficultés croissantes de conservation. De plus en plus d’objets à conserver avec des espaces d’exposition restreints. Les œuvres numériques accentuent les difficultés de la conservation car leur fonctionnement (le passage du lieu de conservation au lieu de monstration) exige des connaissances interdisciplinaires dont les musées ne sont pas actuellement dôtés.<br />
Paradoxe : le centre Pompidou a par exemple perdu sa fonction de laboratoire pour devenir un sarcophage. Question de la période laboratoire des musées (The Power of Display: A History of Exhibition Installations at the Museum of Modern Art, by Mary Anne Staniszewski).<br />
Le choix se fera-t-il pas défaut ?<br />
Les musées vont-ils conserver les logiciels, les machines, les compétences ? Qui va faire les mises à jour ? Est-ce qu’il s’agira seulement de capture audio-visuelle à la manière du land art ? La situation est-elle comparable avec le land art, l’art numérique étant des médias dès le début ?<br />
2.    La difficulté de conserver des objets technologiques non-conformes<br />
Le risque consiste à imposer une normalisation des mémoires numériques aux artistes, sans prendre en compte qu’ils produisent des objets non-conformes, qu’ils sont incompétents et doivent le rester. Ainsi, l’imperfection de la production influe sur les conditions de conservation. Risque de faire des expositions très sages avec des œuvres numériques très stables : repenser l’exposition et la production, le laboratoire, l’expérimentation.<br />
On peut rêver de documentation exhaustive des œuvres, de faire des recommendations en tout genre, mais on peut douter de l’efficacité de celles-ci dans le contexte artistique qui est singulier. Le singulier de l’art numérique est différent parce qu’il touche à des opérations langagières définissant des fonctionnements. Ce sont des causalités complexes, cad des comportements.<br />
Le dysfonctionnement fait partie du fonctionnement.<br />
3.    La conservation des processus connectés<br />
Projet catalogue Capture : faire des captures de très longues durées pour simuler l’œuvre complète.<br />
Replay, reactement : conserver les interactions et les générations (Peoples) pour les rejouer.<br />
Cette conservation suppose que les artistes mémorisent dans des bases de données des flux externes à leurs œuvres (Internet et interactions ou autres).<br />
Difficulté de définir l’objet même à conserver : œuvre-monde, œuvre-endogène.</p>

<p><strong>LE RESEAU CULTUREL PERTURBE</strong><br />
Les mémoires sont des typologies (Nietzsche), ce ne sont jamais des données abstraites mais des volontés et des devenirs. Il va de soi que la transformation de la répartition des mémoires implique une redéfinition du rôle de chacun. Qui fait quoi ? Quelle limite d’agir pour chacun ? Comment séparer les tâches des artistes, commissaires, conservateurs, tout en prenant en compte leurs interactions ? Comment le faire dans un contexte pauvre dans lequel la simple documentation d’une exposition pose problème ?<br />
Trouble de l’intérieur et de l’extérieur :<br />
David Rokeby, Daemon<br />
Legrady, Memory full<br />
La mémorisation est prédiction : in my pocket<br />
1.    L’auto-archivage et l’auto-diffusion de l’artiste<br />
Le rôle de l’artiste dans le domaine de l’archivage et de la diffusion s’accroît. Les musées acheteront-ils nos disques durs ? On passe d’une période très institutionnelle à une période auto-gérée. Qui valide ? Comment l’art circule ? Quelle relation entre cette circulation et la conservation ? Les musées deviennent-ils des lieux de passage ?<br />
2.    Que conserve le conservateur ?<br />
On peut bien sûr rêver d’interopérabilité, d’une machine commune à toutes les œuvres, mais ce serait s’introduire dans l’art même de l’artiste et exiger de lui ce qu’il ne peut offrir dans son expérimentation, une norme. A quoi vont ressembler les musées numériques : des musées de machines vintages non-fonctionnelles, de hiéroglyphes illisibles, etc. ? Pour répondre à cette question il faudrait comprendre de façôn profonde l’instabilité structurelle du numérique.<br />
3.    L’émergence d’espaces autonomes<br />
Pour répondre à ces défis, les artistes ont élaborés ces dernières années des espaces autonomes qui ne répondent plus aux normes de l’art classique. Ces espaces intègrent des fonctions qui étaient auparavant séparées : production et monstration.<br />
Cratère de James Turell<br />
Atelier VanLiesout<br />
Makrolab<br />
<a href="http://www.transfert.net/Le-Makrolab-ne-veut-pas-etre-une">http://www.transfert.net/Le-Makrolab-ne-veut-pas-etre-une</a><br />
L’université tangente<br />
<a href="http://utangente.free.fr/">http://utangente.free.fr/</a><br />
Hans Ulrich Obrist, Labotarium à la Serpentine Gallery<br />
Waterpod<br />
4.    Les industries de l’accès et l’obsolescence de la modernité<br />
Les mémoirs numériques sont pris dans un paradoxe : fixer la mémoire et la rendre instable. Mais ce paradoxe est lié au passage d’une l’économie de la propriété à une économie de l’accès. La première est la source de ce que nous connaissons aujourd’hui dans la répartition entre production, diffusion, conservation en art. Comment penser l’art à l’âge de l’accès ? Comment penser le projet originaire de l’art comme stabilité alors que nous sommes dans une obscolence immédiate (vaporware ?). Faut-il espérer stabiliser tout cela (position idéologique) ou s’enfoncer plus encore dans cette incertitude (position expérimentale) ? Il faudra sans doute un équilibre entre les deux.</p>

<p><strong>CONCLUSION : QUEL AVENIR POUR L’HISTOIRE ?</strong><br />
Notre époque est celle de la mémoire : la mémoire ne sépare plus l’inscription du processus.<br />
La mémoire est une question technologique et anthropologique. Hétéroisomorphie entre les deux.<br />
La mémoire est un sujet de l’art, un objet et un projet, ainsi qu’une condition<br />
Third Memory (2000) de Pierre Huyghe : la conservation ne sera-t-elle pas cette 3eme memoire pour le spectateur ?<br />
Jim Campbell</p>

<p><a href="http://www.docam.ca/fr/?p=1439">http://www.docam.ca/fr/?p=1439</a></p>
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		<title>Bloc</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Dec 2008 14:02:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous nous souvenons de certaines personnes qui ont traversé nos vies. Parfois, nous les croisons au hasard des rues: une parole adressée, un regard, la tête se baisse. Ces stratégies d&#8217;évitement exhibent les lagunes de nos existences. Ce ne sont pas des oblitérations, mais des éléments enfouis dont l&#8217;archéologie est toujours à portée de main. Les vestiges affleurent de toutes parts, les pas les abîment. La géographie des villes rythmait ces rencontres non désirées, ces rencontres avortées, ces rencontres détournées. Au croisement des rues, dans les appartements et les bars, on pouvait toujours croiser une femme aimée.</p>
<p>À cette géographie a succédé en un laps de temps très bref la géographie des réseaux qui met à disposition l&#8217;activité sociale des individus. Il y a souvent sur le réseau une page, des pages sur lesquelles cette femme ou cet homme du passé inscrivent certains fragments existentiels. C&#8217;est presque rien, une photo, quelques mots, les relations d&#8217;amitié, mais cela donne le sentiment d&#8217;avoir accès à cette vie qui a été abandonné ou qui nous a abandonné, et ceci sans la réciprocité du regard échangé dans la rue. C&#8217;est une autre réciprocité qui est à l&#8217;oeuvre, elle est impaire: lire ces pages qui ont été mis à disposition de tous (donc de moi) par cette personne. Il y a un avant et un après. Il y a le possible qui met à disposition de façon indéterminée et la détermination très précise de ce rapport là à ce moment là.</p>
<p>Cette mise à disposition de l&#8217;autre dans le réseau a pour conséquence que jamais sans doute on ne s&#8217;échappera de la vie de l&#8217;autre. Nulle séparation ne viendra définitivement fermer l&#8217;accès à ces existences. Souvenons-vous de cet usage secret d&#8217;Internet: par simple curiosité, poussé par un sentiment confus, vous avez recherché les traces des ces femmes, de ces hommes que vous aviez aimé. C&#8217;était cela votre intimité avec le réseau, cette drôle d&#8217;enquête qui ne mène à rien.</p>
<p>Il faudrait sans doute pouvoir décider de boucher certains espaces du réseau, non seulement des pages déterminées mais encore leurs accès, c&#8217;est-à-dire certains mots-clés. Une manière d&#8217;oublier des pans du langage pour organiser l&#8217;oubli, pour en faire une stratégie. Et que cet oubli soit déterminé dans son avenir, en sélectionnant telle ou telle partie et en la rendant inacessible, on décidera que ce soit définitif, qu&#8217;on ne puisse revenir en arrière. Nulle fonction undo, nul possible simplement la promesse à venir de l&#8217;oubli.</p>
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		<title>La disparition</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Oct 2008 17:14:46 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il se disait qu&#8217;il allait disparaître, non par sa propre volonté. Ce n&#8217;est pas lui qui déciderait de cela, mais quelqu&#8217;un d&#8217;autre, sans doute une personne qu&#8217;il avait aimé, le ferait disparaître en l&#8217;effaçant de son existence.<br />
Son existence, la sienne, était le fruit des rencontres et des discussions, de relations et de séparations, de tout un tissu qu&#8217;il était impossible de séparer en mot sans en déchiqueter le réseau complexe et intriqué. Son existence, la sienne, seule, isolée était comme un sable mouvant. Il n&#8217;y avait presque pour s&#8217;y tenir.<br />
Donc on le ferait disparaître en le faisant disparaître de la vie d&#8217;un autre, de cette femme qu&#8217;il avait aimé et qui probablement, à sa manière un peu conventionnelle et simple, l&#8217;avait aimé en lui attribuant un nom. Cette disparition serait progressive et lente. Ce ne serait pas visible, un ralentissement dont le caractère graduel éviterait à un observateur extérieur de même le remarquer. Et c&#8217;est cette absence de marque extérieure de l&#8217;effacement qui constituait la véritable disparition.<br />
Elle prononçait parfois son nom dans le secret de sa chambre. Parfois, elle pensait un peu à lui, non pas aux souvenirs passés, cela lui faisait trop mal, mais à la manière d&#8217;interpréter le fil des événements. Bien sûr, cela n&#8217;avait aucun rapport avec les événements. Elle le pressentait sans le savoir. Elle n&#8217;y pensait pas et c&#8217;est dans cette absence là que la disparition de l&#8217;homme avait pu avoir lieu. Elle ne l&#8217;aimait plus, pas seulement de cet amour charnel, des peaux qui se collent et glissent, mais aussi plus simplement de cet amour humain qui vous fait sentir l&#8217;autre comme un événement singulier et irremplaçable. Elle portait à présent un autre nom donné par un autre homme, par un autre environnement, par d&#8217;autres amis. La disparition avait bel et bien été pour elle un remplacement.</p>
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		<title>D&#8217;une intimité perdue</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jun 2008 22:13:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Donc voilà c&#8217;est fait, mon profil Facebook a changé et c&#8217;est un peu ridicule, car pendant plusieurs jours j&#8217;ai essayé sans y parvenir. Craignant que par cet acte quelque chose de définitif, qui par ailleurs avait déjà eu lieu, se réalise. Il y avait quelque chose de magique dans cette inscription sur Facebook. Peut-être mes scrupules venaient-ils de la socialisation de cette intimité perdue. Peut-être aussi plus simplement n&#8217;avais-je pas fait le deuil de celle-ci. D&#8217;ailleurs, je ne pense pas pouvoir faire le deuil, car pour cela il faudrait effacer le présent des souvenirs qui nous hantent le matin quand nous nous réveillons en l&#8217;absence de l&#8217;autre.</p>
<p>Voici une vie s&#8217;effaçant. C&#8217;est assez étrange et dramatique, mortifère même, des projets s&#8217;effondrent, d&#8217;autres reprennent leur chemin et toujours ce sentiment d&#8217;abandon, que l&#8217;autre, même si vous avez pris la décision, se dégage à une vitesse folle de vous. Distance absolue de cette intimité perdue. Est-ce de la protection ? J&#8217;aimerais y voir encore quelque chose de l&#8217;amour, fut-ce dans la séparation, justement à ce moment précis du dégagement quand l&#8217;altérité revient brutalement. Elle ne vous avait bien sûr jamais quittée, mais là elle est totalement à elle-même puisque vous ne pouvez plus vivre avec elle. Vous ne pouvez négocier avec l&#8217;altérité. Et donc à ce moment précis, vous l&#8217;aimez, pas plus, tout autant de façon différente, comme une légère inclinaison de vos sentiments.</p>
<p>Il y a en moi quelque chose qui palpite à présent, la vibration d&#8217;une vie. Le refus sans doute de subir la colère de l&#8217;autre même s&#8217;il vit bien avec, la volonté éthique de l&#8217;entente comme deux enfants qui se sont trouvé dans une cour de récréation et qui un peu bouche bée commencent à jouer ensemble. La terrible solitude de l’amour parce qu&#8217;au moment de certains départs on sait aimer véritablement.</p>
<p>Rien d’autre finalement que le mouvement de ces vies qui se croisent, de ses frémissements du corps, de ces plaisirs quotidiens, nourriture et lit ensommeillé, le simple plaisir d’une peau rencontrée un matin dans la lueur d’une fenêtre frémissante. La création artistique est un prétexte, puisqu’il faut bien faire quelque chose d’autre, avoir une activité et si possible exigeante. Mais se glisser dans la chaleur matinale, simplement sentir cette bouche qui vous attend jusque dans son sommeil, qui vous appelle, votre main posée sur une courbe qu’elle reconnaît, le hasard absolu de l’amour.</p>
<p>Première nuit sans sommeil.</p>
<p>Je ne veux pas oublier que c&#8217;est elle que j&#8217;ai choisi. Je ne veux pas de cette lâcheté.</p>
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		<title>L&#8217;ère du soupçon</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Feb 2008 12:37:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[oubli]]></category>
		<category><![CDATA[shoah]]></category>

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		<description><![CDATA[On se souvient de l&#8217;affaire Wilkomirski, il y a à présent l&#8217;affaire Misha Defonseca, auteur de &#171;&#160;Survivre avec les loups&#160;&#187; qui a été produit en &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On se souvient de l&#8217;affaire Wilkomirski, il y a à présent l&#8217;affaire Misha Defonseca, auteur de &laquo;&nbsp;Survivre avec les loups&nbsp;&raquo; qui a été produit en film. Defonseca reconnaît quant à elle l&#8217;entrelacement entre sa vie réelle et imaginaire et son identification aux victimes absolues, les Juifs de la Shoah. Comment répondre à ces &laquo;&nbsp;faux témoignages&nbsp;&raquo; dont le nombre augmentera à mesure que les témoins directs disparaitront?</p>
<p>S&#8217;il s&#8217;agit dans un premier temps de déterminer la vérité d&#8217;un témoignage, c&#8217;est-à-dire d&#8217;instruire un procès historique, ces témoins imaginaires entraînent un doute sur l&#8217;ensemble des témoignages au moment même ou les témoins disparaissent. Or d&#8217;une part, le savoir des historiens ne suffira jamais à déterminer avec certitude la vérité d&#8217;une expérience, et en ce sens l&#8217;apport des témoins est indispensable dans la finitude même de leur disparition, mais encore il faut penser que ces témoins imaginaires sont des symptômes de la façon dont l&#8217;Occident a traité la mémoire de la Shoah par une victimologie, une occultation (jusqu&#8217;aux années 80) et ensuite une déferlante d&#8217;identification dont l&#8217;apogée a été la proposition obscène de Sarkozy.</p>
<p>Le fait de s&#8217;identifier aux victimes de la Shoah entretient une certaine complicité structurelle avec ce qu&#8217;elle croit dénoncer. Elle est une forme d&#8217;oubli. Proposition qui semble étrange et pour ainsi dire choquante mais que j&#8217;aimerais expliquer: en s&#8217;identifiant, on passe de la singularité des individus, qui avaient un nom, une vie, un visage qui jamais ne se répéterons, à la généralité d&#8217;un symbole. C&#8217;est ce qui se passe quand par exemple, une personne d&#8217;origine juive explique que ce sont les Juifs qui ont été exterminés, en oubliant par là même qu&#8217;ils n&#8217;étaient tous Juifs qu&#8217;aux yeux des nazis. Un enfant de 2 ans se sent-il Juif? Une personne convertie au catholicisme et ayant un grand-parent Juif, se sent-il Juif? Cette manière de passer de la singularité existentielle à la généralité d&#8217;un symbole, c&#8217;est-à-dire finalement d&#8217;un mot qui concerne toujours plus celui qui parle que ce dont il parle (lorsque je prononce l&#8217;extermination du peuple Juif, je m&#8217;inclue dans ce peuple, je m&#8217;y donne immédiatement une place), oublie la résistance de chaque vie à la subsumation des mots. Cet oubli peut avoir plusieurs formes allant du bon sentiment identificatoire à la folie exterminatoire. Les intentions ne sont bien sûr pas les mêmes, mais les structures sont proches.</p>
<p>C&#8217;est pourquoi chacun souhaite avoir <em>son </em>génocide pour parvenir à déterminer <em>son </em>identité propre. Il y a là un paradoxe, car comment le désir de reconnaissance d&#8217;une disparition peut-il constituer une manière de se définir? C&#8217;est peut-être l&#8217;une des tensions de notre époque, qui fait que les personnes qui ont produits de faux témoignages l&#8217;ont sans doute fait pour se trouver, pour savoir qui ils étaient. Un détour vers soi car donner un nom à la victime disparue, et si possible son propre nom, est une manière de réconcilier cette tension en nous, entre l&#8217;anonyme et la peau, entre le proche et le lointain, entre ce que nous ignorons de nous et ce que nous savons, etc. Bref, la Shoah hante certains parce qu&#8217;ils sont d&nbsp;&raquo;abord hantés par eux-mêmes. L&#8217;identification en ce sens là ne nous rapprocherait en rien du référent (les morts) mais ramenerait ce dernier au sujet que nous sommes.</p>
<p>L&#8217;hypertrophie de la mémoire peut constituer une forme d&#8217;oubli. Dans la mémoire de Shoah il s&#8217;agit sans doute de garder une part d&#8217;oubli, en sachant que nous ne saurons jamais, que quelque chose résiste à notre connaissance. Non une apologie de l&#8217;ignorance ou de je ne sais quel ineffable, mais plutôt le respect, c&#8217;est-à-dire la distance, dû à ceux qui ont disparus. L&#8217;identification consiste souvent à utiliser les morts pour des fins propres. Lorsque le livre de Wilkomirski est sorti, je me souviens de mon émotion, de celle d&#8217;historiens reconnus de la Shoah, de mes amis témoins. Nous avions réussi par ce livre à boucher une lacune, car il contait l&#8217;existence de celui qui justement faisait défaut, un enfant ayant survécu à Maïdanek. Cet enfant, ces enfants sont morts. Ils manquent et si nous souhaitons soulager cette absence ce sera plus pour nous-mêmes que par respect pour eux, ce sera en les oubliant. La seule manière de faire en sorte de ne pas les oublier n&#8217;est donc pas de s&#8217;identifier à eux, de se dire avec pathos &laquo;&nbsp;Si j&#8217;étais né à cette époque&#8230;&nbsp;&raquo;, mais comme l&#8217;a fait Serge Klarsfeld de dresser la liste des noms, des dates de naissance, des lieux d&#8217;habitation et de retrouver une photographie d&#8217;eux, retrouver un visage qui nous regarde plus que nous le regardons.</p>
<p># Stefan Maechler (2001a): The Wilkomirski Affair: A Study in Biographical Truth, Translated from the German by John E. Woods. Including the text of Fragments, New York: Schocken Books, ISBN 0-8052-1135-7<br />
# Blake Eskin: Life in Pieces: The Making and Unmaking of Binjamin Wilkomirski, New York and London: Norton, 2002, ISBN 0-393-04871-3</p>
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