Un serment

septembre 30th, 2008 § 0

Il y avait ce serment muet que j’avais fait sans rien te dire, sans même espérer la réciprocité d’une promesse. Ce serment l’avais-je prêté seulement à moi-même ou t’était-il secrètement adressé?

Je caressais alors ton visage, un matin, dans les rayons de soleil qui commençaient à poindre. Tu dormais encore et je t’observais, frôlant avec ma main ta tempe. Je savais que ce moment était unique et quelconque. Je me disais que peut être nous nous séparerions, même si je ne le souhaitais pas alors, cette possibilité était ouverte. Elle était la possibilité même de notre relation. Je savais qu’alors, malgré toutes les raisons, tu me manquerais, ta singularité, quelque chose de toi auquel j’avais alors accès et que je sentais si proche ce matin-là.

Je me suis imaginé réfutant cette idée et essayant de colmater la souffrance de la séparation par la négation de ce que j’avais partagé avec toi. Toutes ces simplifications que les gens font habituellement pour pouvoir se séparer et qui se disent que finalement ça vaut mieux comme ça car il n’y avait rien, qu’une illusion d’amour, d’intimité, rien de valable. Ils refusent alors de voir la tournure des événements, leurs intrications et de finalement accepter que l’amour peut aussi se séparer. Ils oublient, par obstruction de la mémoire, ces intensités, ces douceurs, ces partages, tous ces petits moments. Ne pas oublier, ce serait peut être insupportable. Et à ce moment, à ce moment précis, ma main posée sur ta tempe et toi aimante, disponible, endormie, présente à mon regard, je me suis promis de ne jamais oublier ces moments, de ne jamais les réduire, les renier. De toujours en garder la mémoire. C’était une promesse de fidélité de ne jamais taire ce silence entre nous.

Tombée de la bibliothèque

septembre 21st, 2008 § 0

Une personne que j’ai connu, qui n’existe plus, plus vraiment, plus tel que je l’ai connu, a laissé des mots dans certains livres de ma bibliothèque. Cherchant une référence sur la Mathesis universalis, un petit papier tombe. Je ne dirais pas ce qu’il y avait écrit dessus: une promesse, une adresse vers cette personne à venir, que je suis à présent. Le serment de l’amour et de la vie. Ce petit papier est tombé au sol, je l’ai ramassé, je l’ai lu, je l’ai glissé dans une petite boîte dans laquelle je range ces différents mots que je trouve au fil du temps. Combien en reste-t-il? Et comment ce passé va-t-il s’écouler dans mon futur? Pourquoi s’est-elle adressée à mon avenir, et comment s’adresse-t-elle à moi maintenant qu’elle n’est plus? Pourquoi ces mots dans mes livres? Mes livres sont-ils ces objets que je manipule de temps en temps, produisant mon avenir? Et que sont ces mots, ces petits mots sans son auteur? Comment des morceaux de papier seuls, peuvent-ils encore s’adresser à moi? Que puis-je y entendre? Quel est donc ce serment fait par elle et qui n’ayant pas été tenu insiste encore?

Where Am I?

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