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	<title>Gregory Chatonsky &#187; schématisme</title>
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		<title>Espèce</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 10:43:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[biologie]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il marchait dans la rue d&#8217;un pas rapide et léger, le monde était à distance, sa distance. Il traverse au feu rouge, brusquement une stupeur le surprend, son corps semble parcouru d&#8217;un frisson venant du dehors, tel un moment d&#8217;arrêt dans le déséquilibre de sa marche.</p>
<p>Quelque chose le freine et pourtant il n&#8217;y a nul obstacle. Il a croisé un regard. Non, le regard lui-même ne s&#8217;adressait pas à lui. Il y a là un groupe de 3 adolescents. A sa gauche,  l&#8217;un d&#8217;entre eux présente une tumeur de grande taille qui déforme son visage. On dirait la surface d&#8217;une lépiote, irrégulière, tâchée de matière sombre, telle des écailles écornées. Comme si la peau n&#8217;était pas humaine. Comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un autre organisme. Il se resaisit, il se dit que c&#8217;est absurde, il se demande à présent pourquoi il a été touché, pourquoi son corps, je ne parle pas de son esprit, a été arrêté si brutalement, par quoi son corps a été saisi dans cette fraction de seconde.</p>
<p>Il n&#8217;a pas reconnu l&#8217;être humain, dans le face à face quotidien d&#8217;une parité que nous oublions &#8211; ton regard et mon regard, ton visage et mon visage, selon une ressemblance inapparente, voilà qu&#8217;il a été rappelé à ce qu&#8217;un visage veut dire par cet incident. Comme si une directionnalité lui échappait: la destination même d&#8217;un visage livré aux regards. C&#8217;était bien sûr humain, il n&#8217;en avait justement jamais douté, mais cela ne lui ressemblait pas, il y avait comme une marge de différence. Il n&#8217;était pas saisi de cet effroi face à une autre espèce, un chien ou un animal sauvage, mais face à ce qu&#8217;il ne reconnaissait pas. L&#8217;effroi de ce qu&#8217;on ne reconnaît pas n&#8217;est pas ce qui est absolument inconnu mais un phénomène qui désaccorde l&#8217;accord des facultés: il y a bien une perception mais elle reste au stade d&#8217;une schématisation, elle se bloque à cet endroit précis comme si elle cognait sur un mur. Et il faut  pour cela que ce soit et reconnaissable et non-reconnaissable, il faut que ce soit l&#8217;un et l&#8217;autre pour que le mouvement de schématisation ait lieu mais qu&#8217;il ne s&#8217;arrête pas, qu&#8217;il continu son processus de réalisation, et que jamais il ne finisse dans la conceptualisation de la raison. Il faut donc un incident dans la figure humaine.</p>
<p>Cette réciprocité des visages, et pourtant chaque visage est différent mais d&#8217;une différence qui permet justement de l&#8217;identifier au regard d&#8217;une moyenne des visages, reste inapparente dans la quotidienneté parce qu&#8217;elle structure dans l&#8217;histoire de chacun jusqu&#8217;à son origine. Le visage que je reconnais comme familier, le  visage que je reconnais comme étranger seront source de communication, de plaisir et de déplaisir.</p>
<p>Ce visage était bien humain mais déformé par une maladie qui semblait s&#8217;intégrer dans sa structure même, une maladie qui inventait un autre visage comme si le visage humain, son visage et mon visage, sortait d&#8217;une fusion avec une autre matière, avec une autre origine, une autre espèce. Ce visage qui s&#8217;exprime, qui parle et voit, ce visage porté par un corps, se déplacant le long des rues, offert aux anonymes que nous ne cessons de croiser et qui nous oublient parce qu&#8217;ils voient dans notre visage l&#8217;invisibilité de leurs visages. La reconnaissance est immédiate, mécanique, elle permet l&#8217;indifférence.</p>
<p>La lisière de l&#8217;espace humaine, sa forme même fait évoluer ses tropismes, c&#8217;est-à-dire l&#8217;ensemble des directionnalités non-intentionelles. Ces directionnalités sont pourtant décodées comme intentionelles, au sens ou c&#8217;est à partir d&#8217;elles que nous allons tisser l&#8217;ensemble des relations autour du monde, des autres et de nous-mêmes. Qu&#8217;est-ce que seraient des humains à la lisière de notre espèce? Qu&#8217;est-ce que serait le basculement d&#8217;une mutation dans l&#8217;humanité, cet instant précis qui est un tournant, ni conservation du passé ni anticipation du futur, mais jointure infime entre les deux? Coexistence donc de deux individuations, de deux principes d&#8217;inviduation dans la même espèce. Que reconnaitrions-nous en eux, et eux en nous, et chacun de nous en nous-mêmes dans l&#8217;échange de ce regard, dans ces visages déformés et monstrueux?</p>
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		<title>Visualisation et schématisme</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Jun 2009 12:13:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anonymes]]></category>
		<category><![CDATA[diagramme]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Ces derniers mois de plus en plus de données sont disponibles sur Internet sous la forme de tableau (.csv) pouvant être transformées en images selon des formes récurrentes (Tag Cloud, Wordle, Word Tree, Phrase Net, Bar Chart, Block Histogram, Network Diagram, Pie Chart, Treemap, etc.). Cette mise à disposition des données a sans été faite dans le sillage de la volonté du président américain de rendre accessible des informations brutes sur data.gov.</p>
<p>La complexité du réseau est pour une part liée au fait qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un medium sur lequel s&#8217;inscrit une quantité importante de singularités. Cette quantité d&#8217;inscription entraîne une transformation dans la constitution même du savoir. Il suffit pour comprendre cela d&#8217;imaginer le travail des historiens dans quelques décennies lorsqu&#8217;ils devront naviguer dans les disques durs comme source d&#8217;archives.</p>
<p>La navigation dans un grand stock d&#8217;informations est une problématique importante de l&#8217;après-coup réflexif du réseau: comment saisir en un coup d&#8217;oeil (le clin d&#8217;oeil chez Nietzsche) une grande somme de données? On propose à cette fin des visualisations, diagrammes et autres graphes permettant de représenter des  tableaux dépassant quantitativement notre capacité de réception. Le passage entre ces données discrètes et ces images continues reste une articulation à penser et à analyser pour comprendre le devenir historique du réseau que nous formons les uns avec les autres.</p>
<p>On retrouve peut être en elle certains traits du questionnement kantien sur le schématisme, c&#8217;est-à-dire sur la présence de schémas préexistants à la perception discontinue des phénomènes, schémas que Kant devait fonder sur une structure transcendantale a priori pour en démontrer la genèse (problème classique de l&#8217;unité du commencement). On peut dès lors s&#8217;interroger sur la relation entre ce schématisme et ces visualisations. Ne doit-on pas les rapprocher de cette fonction de l&#8217;imagination que Kant nommait les diagrammes dans la troisième critique et qui lui permettait d&#8217;aborder, de facon quelque peu obscure, une structure transcendantale de l&#8217;imagination?</p>
<p>D&#8217;un point de vue esthétique, on peut problématiser les présupposés de telles visualisations en distinguant celles qui sont fondées sur le schématisme (comme c&#8217;est la plupart du temps le cas) et celles qui opèrent sur l&#8217;imagination. Ces dernières (par exemple <a href="http://incident.net/works/flussgeist/waiting/" target="_blank">Waiting</a>) ne réduisent pas le fourmillement discontinu des données. On pourrait donc penser qu&#8217;elles ne réalisent pas ce qu&#8217;elles devraient réaliser, c&#8217;est-à-dire une réduction. Mais c&#8217;est le sens même de cette réduction, qui est au coeur de toutes opérations de numérisation informatique, qu&#8217;il faut interroger quant à ses présupposés les plus fondamentaux. Peut-on inventer un art, c&#8217;est-à-dire une imagination entendue comme capacité à produire des images, qui se fondant sur des technologies réductionnistes fonctionnent sur des visualisations non-schématiques? Ou encore: peut-on faire des images qui laissent une place aux singularités, au grondement des anonymes et des insularités? Ne serait-ce pas là une manière d&#8217;envisager le fonctionnement de l&#8217;imagination dans sa singularité sans la soumettre aux opérations de schématisation de l&#8217;entendement? Ce dernier se comporte à la manière d&#8217;une courroie de transmission entre la raison et la perception et de ce fait réduit ce qui appartient singulièrement à elle afin qu&#8217;elle corresponde au jeu de la raison.</p>
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