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	<title>Gregory Chatonsky &#187; séparation</title>
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		<title>Sous peu</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Nov 2009 12:51:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<category><![CDATA[amour]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il est toujours facile après-coup de s&#8217;inventer des raisons et d&#8217;expliquer que c&#8217;était impossible, qu&#8217;il y avait là une contradiction intenable entre les êtres qui aurait finie par éclater un jour ou l&#8217;autre.</p>
<p>Le caractère ridicule de ces justifications est rendu sensible par le décalage entre le sentiment qui nous tient juste après (un manque insupportable, un effondrement de l&#8217;existence) et le détachement qui s&#8217;instaure au fil du temps. Il n&#8217;y avait donc là, dans cet oubli, que de l&#8217;habitude, une répétition du corps, le cerveau prenant forme de cette répétition.</p>
<p>Il y a dans l&#8217;amour, il y a dans la séparation (quel est le mot commun entre les deux?) quelque chose du renversement révolutionnaire et de la résistance du don. Il faudrait avoir le courage (mais est-ce du courage?) de tenir l&#8217;après-coup non pas par l&#8217;oubli indifférent, lorsque le sentiment s&#8217;est évaporé,  mais justement, parce qu&#8217;il ne reste plus rien si ce n&#8217;est quelques images et un vague sentiment, de tenir à tout prix l&#8217;intensité perdue, ce qui nous liait à l&#8217;autre dans le décalage, dans la différence, dans cette dissemblance étrangère. Il faudrait justement au moment où il n&#8217;y a plus rien, tout donner, se souvenir de tout non par quelques désirs nostalgiques de retour mais comme résistance à  l&#8217;oubli.</p>
<p>Ne voir en cela donc aucune nécessité positive ou négative (&nbsp;&raquo;c&#8217;était elle&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;cela ne pouvait pas être elle&nbsp;&raquo;)  mais simplement le libre jeu du hasard, comme si un événement plus grand que tous les événements que nous vivions, planait au-dessus de l&#8217;amas de nos histoires.</p>
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		<title>La déliaison</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Aug 2009 10:49:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous nous sommes liés à des gens, arbitrairement. Ils n&#8217;étaient pas de notre famille, de notre pays, de notre clan, de notre identité. Nous n&#8217;étions de toute façon d&#8217;aucun groupe. Nous nous y sommes liés, fruit d&#8217;une rencontre, d&#8217;un désir, d&#8217;une peau. Il y avait le hasard, le devenir qui engage tout. Nous discutions, vivions avec eux, partagions l&#8217;essentiel, les projets, les possibles, la quotidienneté dans sa médiocrité comme dans sa douceur attentive. Ces gens inconnus nous sont devenus plus familiers. Nous n&#8217;avions jamais pourtant oublié leur étrangeté. Nous ne les avons jamais réduits à être connus. Une infinie distance s&#8217;instaurant dans l&#8217;éclat d&#8217;un regard, dans un mouvement trop brusque de nos corps, dans un éveil matinal. Elles revenaient à elles. Parfois nous nous arrêtions, contemplatifs, de cet étrange mélange entre la proximité et la distance, comme si les deux, la rencontre et la séparation, étaient les deux facettes d&#8217;un même sentiment, plus encore de quelque chose dans l&#8217;existence plus fort que l&#8217;existence même, trop fort peut-être. La seule chose à faire était sans doute, face à cet excès de puissance, une certaine douceur, une certaine apathie, le langage justement parce que celui-ci n&#8217;était pas adapté et qu&#8217;il signalait dans son effort tout le chemin qui restait à parcourir par rapport à l&#8217;autre, la tension vers, qui ne sera jamais réalisée. Nous ne pouvions donc nous rapprocher que du plus distant, de la surprise de cet instant qui nous fait rencontrer quelqu&#8217;un.</p>
<p>Il y eu des départs, des promesses effondrées, des contradictions révélées. Il y eu ces déliaisons. Mais dans le secret du pacte lui-même était contenu la possibilité de cette disparition. Quelqu&#8217;un sort de votre vie, vite, vite, tout est bouleversé. Vous saviez que ce n&#8217;était pas assuré, que les paroles étaient fragiles, la douceur des peaux passagère, et c&#8217;était cela qui vous touchait, cette fugacité sensible. Elle se retourne contre vous. Tout se passe comme si votre vie se vidait d&#8217;elle-même, parce que vous l&#8217;avez exposé  au risque du dehors, à cet autre, à cet inconnu, à cet ami, à cet amour. Il ne reste plus qu&#8217;une peau retournée, un gant dont les faces intérieure et extérieure ont été renversées, comme a été renversé le secret d&#8217;une promesse non faites.</p>
<p>C&#8217;est cette promesse là que vous cherchiez dans l&#8217;art. Un objet imaginé, conçu, réalisé et une personne l&#8217;observant, mélange de défiance et de désir, se sachant elle-même regardé par d&#8217;autres dans un lieu d&#8217;exposition, retournant sa perception comme une peau. Un secret de rien, une promesse irréalisée.</p>
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		<title>L&#8217;invention du récit</title>
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		<pubDate>Wed, 06 May 2009 14:48:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quotidien]]></category>
		<category><![CDATA[affect]]></category>
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		<category><![CDATA[fiction]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://incident.net/users/gregory/wordpress/06-linvention-du-recit/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p>
<p>Chacun se racontait des histoires. Il y avait des séparations, des drames, des trahisons, des serments rompus, des désillusions, le désir à nouveau d&#8217;y croire, tous les ressorts de la narration la plus classique. C&#8217;était une manière de faire passer la douleur, l&#8217;influx nerveux qui dévastait le corps, de lui donner une raison, lui qui n&#8217;en avait aucune. On se répétait ces histoires, essayant sans doute de personne en personne d&#8217;inventer un fil conducteur, des répétitions et des dissemblances, des récurrences. Parfois on en parlait à d&#8217;autres, à ses amis, à sa famille, quand le corps faisait encore mal et que le langage devait s&#8217;incarner en lui. Souvent on en parlait seul, comme si cette parole ne concernait que nous. On laissait passer le temps du corps en se murmurant ces mots, en faisant usage du langage pour se rassurer, présence étrangère de la voix prononcée, et le trouble du corps passait, la secousse s&#8217;émoussait sans jamais s&#8217;arrêter, elle diminuait jusqu&#8217;à devenir notre mémoire. C&#8217;était peut être la première forme de récit: l&#8217;histoire des séparations et des sentiments amoureux. La rencontre de deux corps étaient simplement moléculaires. L&#8217;entrechoc de particules dans une configuration passagère. Il n&#8217;y avait aucune raison lui donnant un sens. Mais nous avions besoin d&#8217;un sens, alors nous répétions tout ce qui s&#8217;était passé, nous le vivions par le langage une seconde fois en le reconstruisant avec des événements, des enchaînements, des causes logiques, d&nbsp;&raquo;autres illogiques, des énervements et des sursauts. La conquête du sens était une invention, l&#8217;invention même du récit.</p>
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		<title>Bloc</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Dec 2008 14:02:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous nous souvenons de certaines personnes qui ont traversé nos vies. Parfois, nous les croisons au hasard des rues: une parole adressée, un regard, la tête se baisse. Ces stratégies d&#8217;évitement exhibent les lagunes de nos existences. Ce ne sont pas des oblitérations, mais des éléments enfouis dont l&#8217;archéologie est toujours à portée de main. Les vestiges affleurent de toutes parts, les pas les abîment. La géographie des villes rythmait ces rencontres non désirées, ces rencontres avortées, ces rencontres détournées. Au croisement des rues, dans les appartements et les bars, on pouvait toujours croiser une femme aimée.</p>
<p>À cette géographie a succédé en un laps de temps très bref la géographie des réseaux qui met à disposition l&#8217;activité sociale des individus. Il y a souvent sur le réseau une page, des pages sur lesquelles cette femme ou cet homme du passé inscrivent certains fragments existentiels. C&#8217;est presque rien, une photo, quelques mots, les relations d&#8217;amitié, mais cela donne le sentiment d&#8217;avoir accès à cette vie qui a été abandonné ou qui nous a abandonné, et ceci sans la réciprocité du regard échangé dans la rue. C&#8217;est une autre réciprocité qui est à l&#8217;oeuvre, elle est impaire: lire ces pages qui ont été mis à disposition de tous (donc de moi) par cette personne. Il y a un avant et un après. Il y a le possible qui met à disposition de façon indéterminée et la détermination très précise de ce rapport là à ce moment là.</p>
<p>Cette mise à disposition de l&#8217;autre dans le réseau a pour conséquence que jamais sans doute on ne s&#8217;échappera de la vie de l&#8217;autre. Nulle séparation ne viendra définitivement fermer l&#8217;accès à ces existences. Souvenons-vous de cet usage secret d&#8217;Internet: par simple curiosité, poussé par un sentiment confus, vous avez recherché les traces des ces femmes, de ces hommes que vous aviez aimé. C&#8217;était cela votre intimité avec le réseau, cette drôle d&#8217;enquête qui ne mène à rien.</p>
<p>Il faudrait sans doute pouvoir décider de boucher certains espaces du réseau, non seulement des pages déterminées mais encore leurs accès, c&#8217;est-à-dire certains mots-clés. Une manière d&#8217;oublier des pans du langage pour organiser l&#8217;oubli, pour en faire une stratégie. Et que cet oubli soit déterminé dans son avenir, en sélectionnant telle ou telle partie et en la rendant inacessible, on décidera que ce soit définitif, qu&#8217;on ne puisse revenir en arrière. Nulle fonction undo, nul possible simplement la promesse à venir de l&#8217;oubli.</p>
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		<title>La vérité de l&#8217;amour</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Oct 2008 23:20:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Peut-être cela peut-il sembler idéaliste de parler de vérité en amour et de distinguer celle-ci des petits arrangements, des lâchetés infimes, des négociations avec soi-même. Car l&#8217;amour est aussi dans ces simulacres, dans ces effets de mise en scène, dans ces drapés. Mais supposons un instant qu&#8217;il y a une vérité de l&#8217;amour, de l&#8217;amour singulier, relation toute particulière à une personne particulière dans un temps et un monde particuliers. Nous ne savons pas ce que signifie vérité. Laissons cela et rêvons un peu de cette utopie.</p>
<p>Au cours de la relation elle-même, il est toujours difficile de distinguer l&#8217;amour du narcissisme, le fait d&#8217;aimer l&#8217;amour ou d&#8217;aimer cette personne en particulier. Pour beaucoup, il ne s&#8217;agit que d&#8217;un support de projection à des envies qui sont sans rapport avec les singularités. Envie d&#8217;être avec quelqu&#8217;un dont on est fier. Envie d&#8217;être soutenu. Envie de faire un enfant comme les autres. Il y a toujours un retour sur investissement: j&#8217;aime d&#8217;être aimé, je suis aimé d&#8217;aimer, etc.</p>
<p>La vérité de l&#8217;amour serait toute autre, une utopie vous dis-je, posons la comme une hypothèse: le désintéressement. Que reste-t-il de l&#8217;amour sans narcissisme? Et quel serait le dehors concret de ce narcissisme? A quoi se rattacherait-il? Sans doute, à la séparation et en ce sens nous comprenons que la vérité de l&#8217;amour est dans la séparation, justement quand il ne reste plus rien, plus d&#8217;intérêt narcissique à aimer ou à être aimé. Que reste-t-il de l&#8217;amour quand c&#8217;est terminé? Que reste-t-il de l&#8217;amour quand il n&#8217;y a plus d&#8217;investissement? Que lui reste-t-il sans l&#8217;amour? C&#8217;est sans doute en ce point qu&#8217;il y a quelque chose qui articule l&#8217;anonyme et le singulier.</p>
<p>Le paradoxe semble évident car comment demander à quelque chose son essence au moment même ou elle disparaît? Nous pouvons tracer là une analogie entre la relation vie-mort et amour-séparation. Il n&#8217;est pas nécessaire de démontrer ici que la mortalité définie notre horizon et notre temporalité, c&#8217;est d&#8217;ailleurs pourquoi la mort approchant le temps semble se raccourcir. Ce qu&#8217;il importe de voir c&#8217;est la fonction révélatrice de la disparition car avec elle on peut voir les traces, ce qui reste, vestiges stratifiées, la vie n&#8217;a peut-être jamais été aussi présente que dans ces ruines. Ce n&#8217;est pas une passion mortifère, un désir de la fin, ce fameux petit mécanisme intellectuel de la relève, de ce qui boucle entre l&#8217;origine et la fin. C&#8217;est bien autre chose.</p>
<p>Nous demandons: que reste-t-il de l&#8217;amour à sa fin? Sommes-nous encore capable d&#8217;aimer au-delà de l&#8217;amour intéressé? Avons-nous cette grandeur, cette distance qui nous place au milieu? Sommes-nous capable de dépasser les blessures narcissiques pour aimer l&#8217;autre sans rien lui demander, en se demandant seulement à nous-mêmes cet amour-là?</p>
<p>Il n&#8217;y a à mon sens rien de plus lâche que de retourner sa veste quand la séparation a eu lieu. Pendant des années une vie partagée, le mot amour répété, les caresses, la douceur et l&#8217;intimité, cette proximité. La séparation a lieu. Une incompatibilité de caractère, ou d&#8217;autres raisons. Passons. On va alors devoir constituer la mémoire de cette relation, son archive, sa classification. La plupart des gens vont alors avoir la politique de la terre brûlée: cet amour ne valait rien, d&#8217;ailleurs la preuve il est fini et ce n&#8217;est pas pour rien! Peu importe qu&#8217;il ait répété à l&#8217;autre, jusqu&#8217;à la fin, je t&#8217;aime, je t&#8217;aime, je t&#8217;aime. Ils l&#8217;oublient puisqu&#8217;il faut survivre et qu&#8217;on ne survit, pour certains, qu&#8217;à coups de colère. Il n&#8217;y a rien de plus lâche, c&#8217;est-à-dire de cette inhumanité qui biffe l&#8217;humain en tant que reste, que d&#8217;ainsi relire l&#8217;amour comme s&#8217;il n&#8217;avait rien été. Second paradoxe: si la séparation est la vérité de l&#8217;amour, elle est aussi ce qui empêche l&#8217;accès à cette vérité parce qu&#8217;elle constitue une archive de l&#8217;amour dédiée au présent de la survie.</p>
<p>Il n&#8217;y a aucune solution dans cela, simplement un problème dont la tension irrésolue doit devenir une éthique: rester proche de ceux qui sont le plus distant, de ceux que nous avons distancés. Mais surtout, amener cette éthique amoureuse de la séparation dans la relation amoureuse elle-même, non pas pour hanter celle-ci de sa fin, mais parce que, tout comme la vie ne se vit que la possibilité de la mort, comme privation et donc urgence, l&#8217;amour ne se gagne qu&#8217;à aimer l&#8217;autre dans la possibilité de la séparation. Savoir que même si tout s&#8217;arrête, tout continu. Bien sûr ceci s&#8217;oppose aux normes sociales qui structurent les flux amoureux selon des postures précises: être avec quelqu&#8217;un ou pas. Mais peu importe, sans tenir cette éthique, la possibilité de cette absence respectée, de ce désamour qui ne détruit pourtant pas son coeur, le sentiment amoureux ne serait qu&#8217;un piètre retour sur soi.</p>
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		<title>La disparition</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Oct 2008 17:14:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il se disait qu&#8217;il allait disparaître, non par sa propre volonté. Ce n&#8217;est pas lui qui déciderait de cela, mais quelqu&#8217;un d&#8217;autre, sans doute une personne qu&#8217;il avait aimé, le ferait disparaître en l&#8217;effaçant de son existence.<br />
Son existence, la sienne, était le fruit des rencontres et des discussions, de relations et de séparations, de tout un tissu qu&#8217;il était impossible de séparer en mot sans en déchiqueter le réseau complexe et intriqué. Son existence, la sienne, seule, isolée était comme un sable mouvant. Il n&#8217;y avait presque pour s&#8217;y tenir.<br />
Donc on le ferait disparaître en le faisant disparaître de la vie d&#8217;un autre, de cette femme qu&#8217;il avait aimé et qui probablement, à sa manière un peu conventionnelle et simple, l&#8217;avait aimé en lui attribuant un nom. Cette disparition serait progressive et lente. Ce ne serait pas visible, un ralentissement dont le caractère graduel éviterait à un observateur extérieur de même le remarquer. Et c&#8217;est cette absence de marque extérieure de l&#8217;effacement qui constituait la véritable disparition.<br />
Elle prononçait parfois son nom dans le secret de sa chambre. Parfois, elle pensait un peu à lui, non pas aux souvenirs passés, cela lui faisait trop mal, mais à la manière d&#8217;interpréter le fil des événements. Bien sûr, cela n&#8217;avait aucun rapport avec les événements. Elle le pressentait sans le savoir. Elle n&#8217;y pensait pas et c&#8217;est dans cette absence là que la disparition de l&#8217;homme avait pu avoir lieu. Elle ne l&#8217;aimait plus, pas seulement de cet amour charnel, des peaux qui se collent et glissent, mais aussi plus simplement de cet amour humain qui vous fait sentir l&#8217;autre comme un événement singulier et irremplaçable. Elle portait à présent un autre nom donné par un autre homme, par un autre environnement, par d&#8217;autres amis. La disparition avait bel et bien été pour elle un remplacement.</p>
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		<title>Champ de bataille</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Sep 2008 17:56:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La traversée avait été longue et sinueuse. Il avait fallu faire des détours, prendre des chemins de traverse, contourner les massifs rocheux et trouver des passages plus étroits à travers les flots. Nous avions traversé des marécages et des tourbillons. Certains nous avaient quittés en cours de route, d&#8217;autres nous avaient rejoints. Il avait fait froid, il y avait eu des brumes profondes, des clartés matinales vite éteintes. D&#8217;autres encore étaient perdus. Puis nous sommes arrivés sur le terrain qui devait servir de champ de bataille. Nous ne savions pas très bien pourquoi nous étions là, comme à une réunion, qui nous avait fait passer le mot, quel avait été l&#8217;ordre qui avait entraîné tout ce périple.</p>
<p>Il n&#8217;y avait personne en face, le terrain était vide. Nos corps étaient balayés par le vent qui tourbillonnait de façon imprévisible. Nous avons donc attendu des jours et des jours, espérant l&#8217;affrontement, le sang et la guerre. Nulle fumée, nulle trace, nulle forme se dessinant au lointain, simplement la terre boueuse de l&#8217;automne qui gardait nos pas. Nous nous étions pourtant préparés à ce moment. Face au monde et à nous-mêmes. Nous avions déjà lutté les uns contre les autres. L&#8217;univers nous entourait de sa menace et nous lui avions aussi résisté. Nous nous sentions si forts.</p>
<p>Le champ de bataille est resté vide, il n&#8217;y avait personne d&#8217;autre. C&#8217;est à ce moment-là, dans le frémissement d&#8217;une confrontation à venir, que nous nous sommes perdus, que je t&#8217;ai perdu, que tu m&#8217;as perdu. Pourtant, nous l&#8217;attendions. Le paradoxe c&#8217;est que nous étions si bien préparés, nous avions tant lutté l&#8217;un avec l&#8217;autre, nous avions tant discuté nerveusement de ce temps, qu&#8217;il était inimaginable que ce soit justement à ce moment-là, que nous nous perdions de vue. C&#8217;est cet instant donc que tu as choisi pour déserter. Tu as totalement disparu, ton corps est devenu une ombre, ta voix un souffle, ton regard je l&#8217;ai perdu, entièrement. Il ne me restait plus que la mémoire de cette attente que nous partagions, et je n&#8217;avais pas même la possibilité de m&#8217;imaginer ce que tu étais à présent, je ne voulais pas prendre ta place même si elle était vacante. J&#8217;imagine parfois que c&#8217;est en fait moi qui aie déserté, te laissant dans cette terre boueuse et muette, seule. Sans doute, y sommes-nous restés, l&#8217;un et l&#8217;autre, côte à côte, mais sans nous voir, habitant encore cette terre, proche, sentant encore sa gravité désespérée et froide, mais devenant aveugle l&#8217;un à l&#8217;autre, comme si nous étions le seul fragment de l&#8217;univers manquant. Voici donc la faille, ce qui peut rester et ce qui peut faire défaut. Nous nous sommes manqués, au moment même de livrer la bataille décisive qui nous aurait permis de savoir enfin ce que nous devions vivre.</p>
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		<title>Tombée de la bibliothèque</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Sep 2008 14:30:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une personne que j&#8217;ai connu, qui n&#8217;existe plus, plus vraiment, plus tel que je l&#8217;ai connu, a laissé des mots dans certains livres de ma bibliothèque. Cherchant une référence sur la <em>Mathesis universalis</em>, un petit papier tombe. Je ne dirais pas ce qu&#8217;il y avait écrit dessus: une promesse, une adresse vers cette personne à venir, que je suis à présent. Le serment de l&#8217;amour et de la vie. Ce petit papier est tombé au sol, je l&#8217;ai ramassé, je l&#8217;ai lu, je l&#8217;ai glissé dans une petite boîte dans laquelle je range ces différents mots que je trouve au fil du temps. Combien en reste-t-il? Et comment ce passé va-t-il s&#8217;écouler dans mon futur? Pourquoi s&#8217;est-elle adressée à mon avenir, et comment s&#8217;adresse-t-elle à moi maintenant qu&#8217;elle n&#8217;est plus? Pourquoi ces mots dans mes livres? Mes livres sont-ils ces objets que je manipule de temps en temps, produisant mon avenir? Et que sont ces mots, ces petits mots sans son auteur? Comment des morceaux de papier seuls, peuvent-ils encore s&#8217;adresser à moi? Que puis-je y entendre? Quel est donc ce serment fait par elle et qui n&#8217;ayant pas été tenu insiste encore?</p>
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		<title>Le ralentissement d&#8217;un échange</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Sep 2008 10:02:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a un commencement, un moment infime. Les emails s&#8217;enchaînent les unes aux autres, parfois séparés de quelques minutes ou de quelques secondes.</p>
<p>Je replonge mon regard dans les archives de mon compte Gmail. Plus de 400 messages en moins d&#8217;un mois. Est-ce la séduction ou simplement la disponibilité ? Une ferveur de répondre tout de suite, un enthousiasme de savoir l&#8217;autre tout proche, nous envoyant une lettre sans le temps passé à parcourir la distance qui nous sépare. Il y a cet aller et cette venue ; ce jeu de ping-pong, peu importe d&#8217;ailleurs le contenu de la communication, il est anodin et périssable, ce que nous retenons c&#8217;est la brièveté du temps écoulé entre la question et la réponse, c&#8217;est cette brièveté même qui rejoue sur la scène technique la vitesse du commencement amoureux, c&#8217;est elle encore qui est l&#8217;écho de cette distance immédiate du réseau numérique.</p>
<p>L&#8217;échange est sans fin, chaque message produit un nouveau message, parfois il ne contient qu&#8217;un mot, qu&#8217;un émoticon, parfois c&#8217;est simplement le bruissement qui feuillette le temps écoulé d&#8217;un message à l&#8217;autre qui importe. Dans cette vitesse de l&#8217;échange, il y a donc une force très formelle, à la limite de l&#8217;abstraction, qui se tient toute proche de la ligne de fuite du désir. Car ce que je désire ce n&#8217;est pas tel ou tel objet, ce n&#8217;est pas elle en tant que le mot « elle » devient l&#8217;objet de mon désir, c&#8217;est tout un monde, c&#8217;est sa manière de se déplacer, d&#8217;ouvrir les rideaux de la chambre, de fermer délicatement une porte comme une attention trop grande à ce qui l&#8217;entoure et la dépasse, c&#8217;est aussi cette façon qu&#8217;elle a de me répondre immédiatement; totalement, comme pour me dire par cette vitesse sa disponibilité, sa vulnérabilité à mes effleurements. Elle s&#8217;excède, elle est ce désir.</p>
<p>La vitesse n&#8217;apparaît comme telle qu&#8217;a posteriori, quand elle prend fin. La relation amoureuse cesse. On se promet comme des adultes raisonnables ayant déjà assez souffert de rien, de rester en bon terme, c&#8217;est-à-dire de désintriquer ce qui ne l&#8217;est pas, le facteur humain et le facteur amoureux. On se quitte avec ce beau serment auquel on tient plus même à présent qu&#8217;à l&#8217;amour. On reste droit à l&#8217;égard de ce serment, malgré l&#8217;ambivalence, la tristesse et la souffrance de l&#8217;absence, on y tient comme à une promesse faite à soi, faite à l&#8217;autre, on y tient comme ce qui peut encore dans ce désert nous servir de fil d&#8217;Ariane. On joue le jeu. On envoie un email, les heures passent, les jours parfois, rien ne vient, plus aucune réponse. Le message qui était anodin et aimable, on le sait, on le suppose, a été lu. Il a été réceptionné, mais il est sans réponse, et cette destination ainsi suspendue nous place face à un mur froid et opaque, sans doute autrement signifiant que les rapides échauffourées de l&#8217;amour. Il y a du suspend, du silence, le retrait du langage, peut-être cela nous rend-il infiniment triste parce qu&#8217;auparavant le langage n&#8217;était pas fonction du contenu de la communication, mais de la vitesse de l&#8217;échange.</p>
<p>La réponse vient, mais trop tard. Deux jours se sont passés. Elle est anodine, mais que pourrait-elle être d&#8217;autre ? En fait, ce n&#8217;est pas ce contenu explicite qui est en jeu, c&#8217;est la vitesse ralentie, la vitesse devenue délai, trop tard, attente. On est diminué à n&#8217;être que le réceptacle de cette attente. La vitesse du débit est-elle fonction de l&#8217;instrumentalisation dont nous sommes l&#8217;objet dans le champ social ? Ce ralentissement n&#8217;est-il pas fonction de l&#8217;objectivation du désir quand on croit qu&#8217;on désire telle ou telle personne et qu&#8217;ainsi on peut passer d&#8217;une personne à une autre, comme si elles étaient des mondes clos ? Il faudrait se représenter le réseau électronique avec ses fils et ses serveurs, tout cet appareillage, traversé par les rétentions, les anticipations, les prétéritions, les coups et les contre-coups des affects. Les fils sont plus courts ou plus longs selon la matière variable de ces affectivités. Un message met une éternité à arriver à son point de réception parce que le destinataire souhaitait mettre en pause cet échange. On ne saurait mettre de côté la question intentionnelle, car il s&#8217;agit bien d&#8217;une visée quand une personne met en pause un message et introduit une différence entre le moment de la réception et le moment de la réponse renvoyée. Il produit un écart et tente par là même, d&#8217;une manière complexe et paradoxale, de produire du sens à destination de l&#8217;autre. Ne pas répondre immédiatement à un message n&#8217;est pas une attitude neutre. Cette réponse qui n&#8217;a pas eu encore lieu, signale son caractère différé et constitue donc un envoi sans envoi vers le destinateur. Bref, une manière de dire par le silence, justement parce que dans la relation amoureuse passée la vitesse des messages était la rythmique du silence amoureux. Les amoureux qui n&#8217;ont rien à dire, qui se tiennent et se retiennent à ce silence qui n&#8217;est pas un malaise, pas une absence de langage, mais plutôt leurs corps. La réponse est un autre silence, un silence qui est un instrument de pouvoir sur les affects de l&#8217;autre et qui dit: tu as été l&#8217;objet de mon désir qui s&#8217;est à présent retiré.</p>
<p>La variation de vitesse des échanges électroniques est le symptôme de nos écarts sociaux et affectifs. Je te réponds si vite que je n&#8217;ai même pas à y penser. Je diffère ma réponse, voyant chaque jour ce message laissé sans réponse, je te signale ma retenue, mon pouvoir sur toi à te différer, c&#8217;est-à-dire à produire ton attente. Quant à l&#8217;attente du destinataire qui voit le message sans réponse, elle est active au sens où elle est le suspend d&#8217;une action à venir dont le sens est dépendant entièrement de son caractère différé.</p>
<p>Représentons-nous les fils du réseau. Les points d&#8217;entrée et de sortie sont fixes, ce qui varie c&#8217;est la longueur des fils et leurs flexions. Ils sont courbes puis se tendent, se laissent à nouveau tomber et reviennent à la droite. Chaque point donne du mou ou tire le fil selon le rythme affectif.</p>
<p>Peut-être faudrait-il alors explorer, en prenant tout le temps nécessaire qui est sans doute le temps d&#8217;une vie, la proximité entre le commencement amoureux et l&#8217;oubli de l&#8217;amour. Tout semble les opposer et pourtant on pressent déjà cette étrangeté, ce ne sont pas deux moments chroniques qui se suivent l&#8217;un après l&#8217;autre. Il n&#8217;y a pas d&#8217;abord l&#8217;amour puis la séparation, car chacun se reconstruit par rapport à l&#8217;autre. L&#8217;amour est un souvenir retravaillé de fond en comble par la séparation, tandis que cette dernière conditionne la rencontre, elle est tout ce qui précède l&#8217;amour, ce qui en est en même temps la négation et la possibilité : pour aimer, il faut avoir cessé d&#8217;aimer quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p>
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		<title>S&#8217;effacer</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Sep 2008 13:25:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jeu de rapprochement et de distance affective est paradoxal.</p>
<p>La rencontre nous rapproche de quelqu&#8217;un. Hasard de la rencontre et du désir. Hasard de la peau et d&#8217;une présence, façon dont deux corps s&#8217;agencent en deçà de tout langage. Il n&#8217;y a pas de raison à de tels rapprochements. Est-ce une décision arbitraire ? Des mondes ressemblants ? Ou simplement adjacents ? Des lacunes compatibles ? Le téléscopage de deux temsp qui sont aussi deux désirs ? Peu importe, la proximité est là, intimité et solidarité. On se rapproche d&#8217;un corps, on le touche, apporter du plaisir, encore et encore, pour fixer ce regard qui mélange la jouissance et la détresse, cet appel à l&#8217;autre qui est si proche, mais dont la limite des corps rend la proximité distante. Plus on se rapproche, plus l&#8217;inframince devient palpable, matériel, sensible. Il n&#8217;y a aucun mot juste à mettre sur cette proximité. On peut tout juste raturer avec le langage et espérer que dans l&#8217;écart de ces ratures on pourra sentir la différence entre ce qu&#8217;il est dit et ce qu&#8217;il y à dire.<br />
Voyons cette proximité.</p>
<p>Peu importe les raisons de la séparation. Simple incompatibilité de caractère venant progressivement. Simple mésentente. Simple attirance vers un(e) autre. Ou encore retour d&#8217;une relation passée. Il y a toujours des raisons factuelles pour en finir avec cette proximité. Il faut alors se séparer, couper ce lien qui n&#8217;était pas fusionnel, mais insistance d&#8217;une distance, résistance de l&#8217;autre permettant le contact des peaux. On dit des mots définitifs. On se sépare. Puis le silence, on prend de la distance. On peut s&#8217;y faire. On doit s&#8217;y faire. Chacun se fait une raison de ce nouvel état.</p>
<p>Mais entendons la séparation. Au coeur de celle-ci quelque chose résiste. Ce n&#8217;est pas raisonnable de dire cela même si nous le vivons. Nous devrions plutôt le taire, faire comme si de rien n&#8217;était et dire : « C&#8217;est bien fini ! ». Mais voilà, ça insiste au coeur même de la distance. Peut-être est-ce lié au fait que la distance était aussi au coeur de l&#8217;intimité et que perdant l&#8217;autre, se séparant de lui, on retrouve cette distance, et nous en somme étonnés. Je ne suis pas sûr qu&#8217;on ait pensé cette proximité monstrueuse, cette ressemblance informe pour reprendre la formule de Bataille, entre l&#8217;intimité et la séparation.</p>
<p>Il y a la constellation d&#8217;un instant entre la rencontre et la séparation, le sentiment qui nous saisit quand nous nous rapprochons de quelqu&#8217;un, en un clin d&#8217;oeil, et celui qui nous capture quand nous devons nous en éloigner et prendre nos distances. Que se passerait-il si de telles distances n&#8217;étaient pas prises ? L&#8217;intimité continuerait-elle à persister au-delà de son seuil social, nous ne sommes plus ensemble et pourtant&#8230;? Ce serait un autre silence des corps tout aussi précieux et intense que celui qui nous faisait nous rencontrer.</p>
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		<title>Seule avec la passion</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Aug 2008 23:28:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La séparation entre la passion et l'amour.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les derniers jours, une distinction est apparue au premier abord anodine puis étonnante parce qu&#8217;elle rejouait sur la scène de ma vie quelque chose qui structure de part en part le discours théorique. C&#8217;est<strong> la séparation entre la passion et l&#8217;amour.</strong> On prend souvent l&#8217;un (la passion) pour l&#8217;autre (l&#8217;amour). On attend de ce dernier un bouleversement de soi, une exaltation, un trouble indécidable entre la joie et la peur, joie de la trouvaille et peur de l&#8217;abandon, degré d&#8217;intensité qui serait autant d&#8217;échelles amoureuses. On attend finalement de l&#8217;amour, l&#8217;intensif de la passion. On prend l&#8217;un pour l&#8217;autre dans un marché de dupe.</p>
<p>Mais le paradoxe va plus loin, car par ce tour de passe-passe ou on nomme amour la passion, on obtient bien sûr cette dernière, mais avec les attentes de la première. Quand on parle d&#8217;une histoire d&#8217;amour, on s&#8217;imagine quelque chose qui se réalise dans la durée, on pense à une relation fondée sur une certaine sérénité et compréhension, quelque chose se construit. Quand on parle d&#8217;une histoire passionnelle, on se représente plutôt quelque chose de bref, dont l&#8217;instantanéité de l&#8217;apparition est proportionnelle à la brutalité de sa disparition. Tant et si bien qu&#8217;on peut même entendre dans une histoire passionnelle, comme le veut le sens commun, quelque chose qui mène au meurtre. C&#8217;est dire qu&#8217;en échangeant les rôles de la passion et de l&#8217;amour tout se passe comme si on croyait avoir la durée pour en fin de compte se retrouver, avec beaucoup de déception, dans la brièveté.</p>
<p>Quand j&#8217;ai entendu dire que « le quotidien tue l&#8217;amour », j&#8217;ai immédiatement eu un doute, aimant la quotidienneté comme l&#8217;espace même ou se déploie le sentiment amoureux. Mais ce qu&#8217;il fallait entendre c&#8217;était plutôt « le quotidien tue la passion prise pour de l&#8217;amour », car face aux mouvements agités et perturbants des passions le quotidien nivelle ces changements d&#8217;intensités, il relativise tout, transforme le mouvement d&#8217;humeur qui serait sublime dans un autre contexte en ridicule petite agitation égocentrique. « Le quotidien tue la passion », au bout de 2 ans, au bout de 3 ans, c&#8217;est fini, les hormones ont sécrété ce qu&#8217;elles devaient sécréter, la passion s&#8217;effondre, les couples se séparent parce qu&#8217;ils ne leur restent pas d&#8217;amour. Ils n&#8217;avaient que de la passion. Autre stratégie: mener en bateau une personne, jouer de ses affects en la retenant et en la laissant, pendant une certaine durée, pour maintenir en attente le désir et sauvegarder ainsi une certaine durée de la passion.</p>
<p>Pourquoi privilégie-t-on donc la passion contre l&#8217;amour ? Pourquoi remplace-t-on l&#8217;un par l&#8217;autre ? Ceci peut s&#8217;expliquer par la fragilité apparente de l&#8217;amour, c&#8217;est un sentiment vague et infime, qui ne fait pas beaucoup de bruit, simplement une certaine relation à l&#8217;autre qui semble fondée sur la nécessité, peut-être est-ce plus encore l&#8217;humaine solidarité qui trouve dans le sentiment amoureux une place pour se développer dans sa singularité. L&#8217;amour semble même un peu indécidable comme si le mot excédait sa possible définition. On préfère à ce petit sentiment, la grandiloquence de la passion, parce qu&#8217;on veut traiter le début de l&#8217;amour comme une maladie avec des symptômes. Si on a les symptômes (battements de coeur, attachement, sentiment fusionnel, palpitations en tout genre), c&#8217;est qu&#8217;on est amoureux. Mais la difficulté c&#8217;est que le médecin est aussi le malade, il cherche finalement une emphase, c&#8217;est une affaire de style, de discours.</p>
<p>Certaines personnes ne ressentent pas au moment de la rencontre, dans les semaines qui suivent, ces symptômes de la passion. Ils estiment alors, n&#8217;étant pas agités, troublés, captés, absorbés totalement, qu&#8217;ils n&#8217;éprouvent finalement pas de sentiment amoureux. Et quand ces mêmes personnes vont enfin trouver l&#8217;amour, c&#8217;est-à-dire la passion, ils seront fort étonnés que ce sentiment si fort, si puissant qui submerge tout, disparaisse si aisément dans la vie amoureuse d&#8217;un couple. C&#8217;est que la puissance induit un épuisement rapide et la fragilité implique un développement plus progressif. La passion délivre une certitude ambivalente (on se sent un peu perdu). L&#8217;amour un doux attachement sans doute plus conscient, moins viscéral.</p>
<p>Attendre du début de l&#8217;amour, l&#8217;intensité de la passion c&#8217;est finalement convoquer la fin de l&#8217;amour parce qu&#8217;il n&#8217;aura jamais eu lieu, on l&#8217;aura pris pour autre chose. La passion quant à elle agite, elle disparaît et elle est indépendante de son objet. Elle peut donc se déplacer d&#8217;une personne à une autre. L&#8217;amour quant à lui garde sans doute la singularité de la rencontre. On oublie jamais ceux, celles qu&#8217;on a aimées parce qu&#8217;ils ne sont pas interchangeables, ils sont d&#8217;une rareté inépuisable. C&#8217;est ce sentiment si diffus et intime du réveil matinal, lorsque le rideau de la fenêtre s&#8217;agite un peu et qu&#8217;on reste là avec tous ses fantômes, toutes ces personnes pour lesquelles on a éprouvé de l&#8217;amour. L&#8217;urgence passionnelle est factice tandis que l&#8217;amoureuse, parce qu&#8217;elle est fondée sur la singularité irréductible, permet de trouver une relation nécessaire entre le sentiment et l&#8217;objet de ce sentiment. Cette relation est si intriquée qu&#8217;on ne peut même pas dire qu&#8217;on aime telle personne puis telle autre. Ce n&#8217;est pas le même amour parce que ce n&#8217;est pas la même personne. On ne devrait peut-être pas utiliser le même mot.</p>
<p>Sans doute, en attendant de l&#8217;amour les symptômes de la passion, se prépare-t-on de grandes et répétitives désillusions. Il y a là quelque chose de dépressif, la forme de l&#8217;amour rentre en dépression parce qu&#8217;au départ on l&#8217;a échangé avec de la passion et elle retrouve progressivement la mémoire de cette forme. Ainsi, on s&#8217;emporte, on idéalise, c&#8217;est un ravissement, le commencement est brutal, il a de la superbe, mais quelques années plus tard, tout s&#8217;éteint dans une médiocrité qu&#8217;on ne pouvait prévoir et qui est celle de la passion. On est alors étonné, blessé, mortifié parce qu&#8217;on ne comprend comment l&#8217;amour, qui devrait être du singulier et de la rareté, se transforme en quelque chose d&#8217;indifférent et de commun. On est vite remplacé. La passion a rempli son rôle, elle s&#8217;est déplacée d&#8217;un corps à un autre corps, selon la figure du vampire.</p>
<p>Cette distinction entre amour et passion dont les champs bien sûr ne cessent de s&#8217;entrecroiser, est fonction d&#8217;une certaine maturité affective qui nous rend plus sensible et attentif aux petits sentiments, même médiocres, qu&#8217;au roulement de tambour passionnel.</p>
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		<title>Une enquête amoureuse</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jun 2008 02:30:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grégory</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a une expérience propre à la séparation et qui dépasse de loin notre petite dramaturgie personnelle. C&#8217;est ce passage si intense et délicat, infime, presque intenable, entre la relation amoureuse et la séparation amoureuse. Tout se passe comme si l&#8217;autre disparaissait. Le corps n&#8217;est pas habitué à cette distance. Il lui manque quelque chose, parfois son souffle est court, son rythme cardiaque change, un étourdissement, on se reconnaît à peine. Dans cette disparition il y a une brutalité à chaque fois singulière. Ce n&#8217;est pas Autrui qui manque. C&#8217;est une personne en particulier avec son tissu de sentiments, d&#8217;attitudes et de gestes, irremplaçable peau.</p>
<p>On se demande bien naturellement ce que l&#8217;autre devient. Il a disparu si vite. On s&#8217;interroge non par jalousie, mais par proximité des vies. Mais on ne sait rien, l&#8217;autre se tient à distance encore tout vibrant du choc de la séparation, et soi-même on ne dit rien, respectant cette absence que l&#8217;on tente d&#8217;apprivoiser puisqu&#8217;il faut faire avec.</p>
<p>L&#8217;imagination fonctionne à plein. Elle tente de boucher cette béance de l&#8217;absence. On se raconte des histoires. On se remémore les moments passés. On se dit que tout cela est impossible. On tient à peine debout. On fait bonne figure. On ne sait rien puisqu&#8217;on est passé en l&#8217;espace de quelques jours de la profusion des percepts à leur raréfaction extrême. Il n&#8217;y a plus rien sur quoi se tenir. Est-on détective de cette absence ? Comment sauvegarder un lien, un lien humain, quand on se sépare ?</p>
<p>Facebook a un rôle étrange dans cet événement. Combien de couples inscrits sur ce site se sont défaits ? Restent-ils « amis » ? Et que veut dire alors l&#8217;amitié ? Partagent-ils encore leurs informations ? La question technique se fait ici toute affective et sensible, jusqu’au ridicule, car comment expliquer que ce qui nous reste, dans la destruction même d&#8217;un « nous », est ce partage public, dédié à tous ses « amis » ? Comment comprendre que les dernières nouvelles que j&#8217;ai de toi soient destinées à tout le monde, sauf à moi et que je deviens ainsi le contrebandier de notre présent ? Il y a cet étrange renversement du public et du privé, de l&#8217;intime et de l&#8217;anonyme.</p>
<p>Être ami sur Facebook alors que nous avons été amants. Plusieurs stratégies existent: effacer l&#8217;autre de ses amis, éditer ses mini-feeds pour qu&#8217;il ne voit rien, se mettre en retrait de Facebook et ne plus inscrire sa vie dessus, faire comme si de rien n’était, etc. Positivement ou négativement toutes actions a alors un sens, l&#8217;effacement en est un parmi d&#8217;autres. Si on voit l&#8217;activité <em>facebookienne </em>de l&#8217;autre s&#8217;effondrer un doute nous prend, aurait-il restreint notre accès ? On retrace alors les événements grâce aux commentaires laissés sur les photographies, l&#8217;activité indirecte par exemple en allant chercher du côté de ses amis (qui sont devenus les nôtres par simple voie de conséquence), on tente de traquer, de pister, mais quoi au juste ? La vérité de l&#8217;amour ? Et de la séparation ? La confirmation que c’est terminé pour le bien de chacun ? Ce qui reste de nos vies entrecroisées à présent délaissées ? Il y a une enquête de la séparation amoureuse par laquelle on tente de retrouver ce qu&#8217;on a irrémédiablement perdu, un lien, un contact quand les peaux se touchaient et que le monde était là, à nouveau ouvert et possible.</p>
<p>Il faudrait raconter l&#8217;histoire de cette enquête, de fils tendus par ces fictions, de ces moments de vide, de ces signes techniques devenus signes existentiels, et voir combien de vies sont ainsi affectées par un processus de publication du privé. Imaginez les classeurs dans lesquels vous rangiez vos photographies de couple devenus à présent obscènes. Le récit a changé, il n&#8217;est plus d&#8217;amour, mais de nostalgie, ces images appartiennent au passé maintenant, faut-il elles aussi les effacer ? Et pourtant, tout cela a eu lieu, la rencontre, la reconnaissance, le désir de vivre ensemble, de construire, de se sentir, jour après jour. Vous savez que cela ne suffit plus. Vous imaginez encore le pouvoir de Facebook dont les bases de données contiennent à n&#8217;en point douter tous vos échanges, tous les mots prononcés de l&#8217;un à l&#8217;autre, c&#8217;est un morceau de votre vie, de vos vies qui a été enregistré et qui ne vous appartient pas. Cette archive de l&#8217;amour, pièce à conviction majeure pour démontrer que tout ceci a bien eu lieu, que vous avez aimé et qu&#8217;elle vous a aimé, appartient à une entreprise privée. Contactez-les et demandez-leur ces souvenirs d&#8217;amour. Que vous répondront-ils ? Vous le savez déjà, inutile d&#8217;essayer.</p>
<p>Je suis sur le bord d&#8217;un lac. Des enfants jouent dans l&#8217;eau. Il y a des rires lointains. La jeune fille essaye de rattraper la balle prêt de la rive, elle s&#8217;en rapproche avec une démarche étrange comme poussant de ses frêles jambes un poids trop lourd. Vous observez l&#8217;eau, les petites vagues du vent balayant la surface. Il fait chaud sur vos épaules. Vous vous prenez la nuque comme dans un film avant de relever la tête et d&#8217;observer plus précisément encore la surface réfléchissant le soleil, éclats blancs trouant la surface, effaçant le relief, un aplat lumineux. Vous vous mettez à penser à un monde au soleil mort, au lac dans une nuit éternelle que nul ne pourrait voir, à cette terre plongée dans une obscurité si intense qu&#8217;aucun volume ne pourrait apparaître. Vous imaginez vos mains, vos pieds tâtonnants dans le vide, cherchant une voie dans cette nuit si brutale, si absolue. Il n&#8217;y a plus que le contact d&#8217;objets évanouis, vos yeux sont des organes inutiles. Vous savez qu&#8217;à présent vous êtes entrés dans cette nuit..</p>
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