Archive pour 'Textes pour matrice'

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Samedi, mars 17th, 2007

02h40. Après la neige, les pelleteuses. Dans la nuit, je sors. La nuit est déserte, la rue est désertée. Les bruits et les lumières floues des pelleteuses. Au bout de la rue, c’est le règne des machines. Un ballet rythmé de bip-bip. De gros tracteurs CAT, aux formes de type science-fiction. Ils se succèdent très efficacement. Presque cyniquement, les machines repoussent la nature sur le bord de la route. Les paquets de neige sont stockés là, sur le trottoir. Les machines font de la place pour le passage des machines. Les piétons creusent leurs propres tranchées, étroites, en plusieurs passages, et la neige stockée devient une ligne de démarcation physique entre deux univers temporels. Celui de la lenteur obligée, et celui de l’impatiente.
Je marche jusqu’au complexe méduse. Je ne croise personne. Je lève les yeux vers le ciel : la neige tombe toujours. Je ferme les yeux. Je les ré-ouvre : les bretelles d’autoroute se rejoignent toutes en ce point…. Elle ressemble effectivement à une méduse avec sa tête, de long bras.

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Jeudi, mars 15th, 2007

Je poursuis ma route dans le lab. En direction de la porte se trouve une table où s’entasse bols et tasses à thé et café vides ou pleines. on y trouve aussi un paquet de mouchoirs de ceux qui ont servis à envelopper les vis de mon ordinateur lors de son autopsie.
Encore quelques pas. Je dépasse l’ordinateur avec le scanneur et l’imprimante. je tourne la tête. Je referme la porte, j’avance dans le couloir vers ma chambre. la voila.

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Jeudi, mars 15th, 2007

02h46. Il est tard. D’abord il y a le fauteuil orange, celui que j’avais vu sur le site. Le site qui m’a conduit ici. Juste à côté du téléphone. Puis viennent les rangées d’ordinateurs. Là où je suis assise. Je regarde autour de moi : en hauteur il y a deux vasistas que je n’avais jamais remarqués. Mon regard poursuit sa route : l’étagère avec les manuels techniques. Le mur peint en bleu canard.
Puis la table pour bricoler et rapiécer les ordinateurs. Enfin un temps de matériel, un tas de matériel, enceinte, pieds, câbles, disposé par terre jusqu’à la porte du placard étroit où sont entreposés les caméras, appareils photos, je me lève pour aller voir, des rangées de câbles suspendus à des clous, quelques cartons fermés sur un sol recouvert de planches en bois, du sapin.
Le lab, le soir. Le ronronnement et la chaleur des ordinateurs. je viens m’y réfugier après la journée. Ainsi parfois j’y retrouve ma solitude avec plaisir. Après la pluie et le brouillard. Après une longue marche pour oublier la disparition. Une disparition ridicule et aussi peu tangible que celle de ma propre mémoire.
Perdre des données, c’est perdre une de ses parties extensibles… J’ai perdu un peu de mémoire. Je suis donc ce soir en deuil de mémoire. De mémoire morte.
Comment oublier ce qui a disparu ? Les efforts pour la retrouver sont-ils justifiés?
Les efforts d’aujourd’hui pour retrouver ma mémoire constituent eux aussi de la mémoire. Ça s’accumule ou bien cela prend-il la place de? Qu’est-ce qui reste?
Par exemple. Le seul souvenir que j’ai de cette journée, c’est le parc entr’aperçu par la fenêtre embuée du bus.

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Mercredi, mars 14th, 2007

La chambre blanche, c’est tout d’abord un bâtiment en briques rouge foncé, qui se situe à l’angle de deux rues calmes. L’une d’entre elles monte un peu. Des portes et d’immenses fenêtres entourées de vert. De loin on remarque tout de suite l’inscription un peu effacée, réchappée d’un décor de Western : Heel & Co. Quebec…Limited. Je rentre pour la première fois par la porte de la façade principale, que j’utiliserai presque tout le temps. Rarement celle du côté. L’entrée donne accès sur la gauche à la porte de la galerie, une vaste surface vide lorsque j’arrive.
Sur la droite, par la vitre de la porte, on aperçoit la bibliothèque, les bureaux avec sa grande table au centre de la pièce. En face, les escaliers en bois gris conduisent aux chambres, à la chambre. Ma chambre au premier étage. Avant d’y arriver, il y a une porte fermée à clé. La clé est dans la poche de mon manteau, accroché à un porte-clés rose fluo. On me l’a donnée quand je suis arrivée.

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Samedi, mars 10th, 2007

Il neige. Le ciel est blanc. Le ciel est gris clair. Le ciel est jaune. Sur le toit en face, la neige gelée se recouvre d’une pellicule de neige fraîche. Plus blanche, plus plate. En tombant sur le toit, une légère fumée : la neige dévoile un courant d’air chaud qui sort du mur de brique à droite. Ça tombe sans arrêt. Et de plus en plus fort.
Le tuyau rouillé fonce sous l’effet de l’humidité. Je dois me pencher un peu pour le voir. À chaque fois que je me penche, je perçois mieux la neige par contraste sur le mur gris de gauche.

Je remarque que des câbles électriques passent à hauteur de mes fenêtres. Des câbles noirs, épais. La neige s’accumule sur le dessus, et il en dégoulinent de gouttes d’eau.

Ca, c’est ce que je vois au premier plan. Ensuite, il y a un empilement. Une perspective étriquée et rassurante. D’abord, il y a le bâtiment récent en brique et sur sa gauche le toit plat, avec le tuyau. puis une haute cheminée, le toit d’une petit maison, avec une minuscule fenêtre qui supporte une antenne. Dans le fond, frontalement, le haut d’un immeuble avec ces 2 portes entourées de fenêtre qui donne sur un balcon. Puis un bout de building de couleur claire. Et enfin, la perspective finit par une masse sombre. Des fenêtres horizontales. Des bureaux? En cette fin d’après-midi, il y brille quelques lumières.
La neige s’intensifie. La fumée aussi. Le silence de la neige. Pas un bruit de pas. Pas un son de voiture.
La nuit tombe prématurément. Je m’en aperçois au cause de reflets orangés qui commencent à s’agglutiner sur ma vitre. Ma vitre devient un miroir sans teint où je distingue mon rideau de douche, le frigo et la lueur du plafonnier.
Et puis, la pièce commence à se rafraîchir.

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Samedi, mars 10th, 2007

14h19. 1°c. La ville dégouline, elle ruisselle. l’eau coule le long des pentes, en petites cascades, parfois boueuse. l’eau entraîne avec elle les graviers et la poussière, les mégots accumulés alors que la neige recouvrait tout.

Je suis les petits affluents le long de la pente. Je descends jusqu’au St. Laurent.

Les gens sortent. Des joggers apparaissent. Ils sortent de nulle part. Je les croise à chaque coin de rue. Les gens se souviennent de leur corps. Ils disent “je m’en rappelle”. “Je me souviens”. Par leur course, ils évoquent le beau temps, la douceur, la chaleur. Ils courent entre deux tempêtes. Ou en direction de la prochaine. Ils accélèrent, ils s’accélèrent. Ils circulent. Ça. Comme des électrons. Avec l’eau, c’est une véritable électrolyse.

La ville prend un nouveau visage. Sale, plus rugueux, plus angulaire, mais plus nette.
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Vendredi, mars 9th, 2007

10h du matin, ici. 16h en France.

> midi ici, 18h en France.

Un post-it qui traîne sur le bureau.

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Vendredi, mars 9th, 2007

Vers la porte. l’interrupteur vers la droite, 2 boutons, l’un relevé, l’autre baissé. Puis sur la droite le portemanteau, un vêtement de pluie. Il était déjà là quand je suis arrivée. Avec un sac à commission, un parapluie. Puis il y a les choses que j’ai suspendues. Mon manteau, vert. Mon bonnet et mon écharpe, blanc tous les deux.
Sur la droite encore.
Le balai, la poubelle, le frigo qui n’est qu’un bruit dans la pénombre. Mon sac à main obstrue le passage.

Sur la droite encore.

La salle de bain. Je rectifie. La salle de douche. Un petit meuble en bois avec des tiroirs. Je n’ai jamais ouvert ces tiroirs… dans le premier tiroir, quelques médicaments, dans le deuxième, une éponge, celui du bas est vide. Un petit meuble en bois où poser ces affaires. Un miroir. Le paravent en bois, à trois panneaux, qui sépare les deux pièces. Le tapis de bain beige. Le rideau de douche orange. Tout à une couleur! Tout objet possède une couleur. Sur la tablette, les draps de bain blanc et bordeaux. Sentent-ils bon la lessive ?
Oui ils sentent bon la lessive.
Les blancs sentent plus que les bordeaux… la texture des draps blancs retiendraient-elle mieux les odeurs de lessives ? Non, ils n’ont pas été lavés en même temps.
Ou ils sont plus vieux que les autres ? non, on ne dirait pas qu’ils sont plus vieux.

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Jeudi, mars 8th, 2007

Je parcours le studio. En deux étapes : dix enjambées de long, six de large… un peu plus de 60m2 ?

Sûrement deux fois plus haut que moi, environ de 3 mètres de haut ?

Six persiennes, cinq d’entre elles fermées, une remontée, la deuxième en partant de la gauche par rapport à la porte. La troisième en partant du mur opposé. Celle qui est à droite du lit. Celle qui est à gauche du bureau. Celle qui se situe sur le mur Est.

La porte ouverte, la porte entre-ouverte, la porte que je referme à nouveau.

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Mercredi, mars 7th, 2007

Je me réveille. La lumière est déjà franche : six fenêtres. deux au sud, quatre à l’est. Malgré les murs jaunes et orangés, la pièce est blanche. Par les persiennes, le ciel bleu. j’ai encore dormis en travers du lit, sa grandeur le permet. Un peu perplexe, je souris. Ah oui, je suis ici. C’est ma semaine d’adaptation : le froid et l’espace, 2 éléments auxquels je ne suis plus habituée. le lit, le bureau, les deux lampes vertes, le canapé bleu, la table avec 4 chaises, l’évier en plastique, l’énorme cuisinière, le meuble de cuisine en bois, le sol brun, une armoire, la table basse, le fauteuil, une ventilateur débranché. Au vieux réveille matin, General Electric, 07:04. Le bruit du frigidaire. Irrégulier, intermittent, discontinu.
J’ouvre une des persiennes. Tout est immobile. Quelle que soit l’heure, tout est immobile. Les toits plats, les cheminées et le tuyau massif rouillé. La neige. Laiteuse, transie, figée. -32°c.
Ça débute, ça commence, je reviens à moi, je redeviens consciente : je redeviens moi . Très rapidement, je suis réveillée.

Écrire

Mardi, mars 6th, 2007

Écrire. C’est le premier mot en haut à gauche sur la page du tableau de bord de mon blog, c’est aussi la première chose que j’ai apprise à faire avec un ordinateur. c’est drôle de dire “avec” un ordinateur, et pas sur mon ordinateur…
C’est donc ce que j’ai choisi de faire ici. une conversation avec mon ordinateur, ou plutôt avec la personne qui hier écrivait ici, à ma place, à ce bureau, en face de la fenêtre. Mon moi d’hier. En conversation avec mon moi d’aujourd’hui, et qui attend celui de demain. Une variation autour de la chaise et de la table. Autour de la chambre. Avec ou sans musique. Avec ou sans narration, de l’écriture à la décriture.

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Lundi, mars 5th, 2007

J’entends les sirènes du bateau. une, deux, trois fois. Ou alors ce sont les sifflements du train ? quatre fois. Tout à l’heure, au bord du St. Laurent, la sirène du ferry était similaire.
Ça, et le bruit de la glace qui craque, presque facilement, à son passage. Je n’ai pas eu le courage de monter à bord pour la traversée. J’avais froid, envie de rentrer.
Mais, je ne bougeais pas. J’étais hypnotisée. Fascinée par les tonnes de glaces charriées par le fleuve.
Un flux continu. Des milliers de fragments bleutés passent devant moi à grande vitesse. En tourbillon, des blocs plats qui se brisent et coulent pour remonter plus loin, affaiblis, diminués, nettoyés. Puis peu à peu disparaissent, et laissent leur place à d’autres bouts qui dérivent.